© Mikaël Serre.

Hors-saison [CONTINUER…]

Créés dans un appartement berlinois ou dans une ancienne chambre d’ado à la campagne pendant le confinement, les courts-métrages de [CONTINUER…] ont pour point commun cette même esthétique du peu de moyens. Bien loin du grandiose écrasant que l’on prête d’ordinaire à la création lyrique, les grandes œuvres du répertoire subliment avec simplicité les bribes de temps suspendues de ce printemps 2020.

Par Agnès Dopff publié le 6 oct. 2020

Faute de pouvoir monter sur scène, c’est la scène qui s’invite à la maison : caméra au poing ou les deux mains dans les albums de famille, les artistes choisis par l’Opéra de Lorraine n’hésitent pas à réquisitionner leurs proches pour maintenir coûte que coûte le mouvement créatif. Pour quelques semaines, la sphère domestique, chef-lieu de l’enfance, semble donc avoir retrouvé son potentiel d’inspiration : bercée par Offenbach, Pauline de Tarragon, musicienne et illustratrice, raconte un rêve de scène à travers un film d’animation fait de collages enfantins. La metteure en scène Caroline Guiela Nguyen fouille dans les archives familiales pour porter avec Monteverdi l’intensité d’un chagrin de gosse à son paroxysme. Associées à l’intimité d’une balade entre père et fille, un repas de famille filmé à la dérobée ou la syntaxe adorable du petit cousin, les œuvres lyriques s’invitent humblement dans les scènes du quotidien.

Plus portés sur les montages qui remuent les méninges, les metteurs en scène César Vayssié, Mikaël Serre & Sébastien Dupouey, et le directeur musical David Marton s’amusent des superpositions et mettent en dialogue des extraits de vieux films ou d’archives de spectacles, le tout tenu par la tension dramatique des grandes œuvres de l’opéra. Mené par la voix de Maria Callas, Chutes de César Vayssié use des plans longs pour faire entendre les prouesses vocales de la célèbre cantatrice. Un jeu de montages mêle la grâce du chant et celle des cut de répétitions à la vision crue d’une femme mendiant au milieu d’une rue passante, ou celle de notre président en plein meeting. En projetant des extraits de vieux films sur les écrans publicitaires d’un Paris désert, le tout mêlé aux images oniriques de la vie des abysses, Mikaël Serre et Sébastien Dupouey redonnent vie à l’espace public et invitent à la contemplation. David Marton, soucieux d’enrayer l’angoisse des flux d’infos télévisées, préfère quant à lui cultiver le charme des atmosphères cosmiques en composant une fiction surnaturelle sur un air d’Alban Berg.

Images glanées du rebord de la fenêtre par des artistes confinés aux quatre coins du monde dans la création de David Geselson, grandiose sortie de scène d’une diva en survet satin chez Jonathan Capdevielle, ou encore tragédie à hauteur de Playmobil pour Claudia de Serpa Soares, la scène condamnée se réinvente depuis l’isoloir, magnifiée par les œuvres de Mahler, Puccini, Purcell ou Schumann.

 

[CONTINUER…] Espace de création visuelle, programme hors-saison présenté par L’Opéra de Lorraine, intégralement disponible en ligne