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Affinités Musique

Ideal Trouble

Après son départ de Villette Sonique, le programmateur Étienne Blanchot crée Idéal Trouble, à la Station Gare des Mines. Un festival qui tourne le dos au mainstream avec quatre soirées défricheuses, tous genres confondus : rock expérimental, musique industrielle, krautrock, cold wave et hip-hop féministe. Revue des troupes de la soirée du 18 mai.

Par Julien Bécourt

 

Ramleh

Contrairement à d’autres formations post-industrielles portée sur le bruitisme électronique pur et dur, le duo Ramleh s’est illustré dès le début des années 1980 par un rock expérimental rêche et irradiant qui a influencé des groupes tels que The Dead C, Brainbombs, Wolf Eyes ou Sister Iodine (ça n’a rien d’un hasard s’ils partagent aujourd’hui l’affiche ensemble). Avec leur mythique label Broken Flag monté par Gary Mundy (moitié du duo), ils sont devenus les porte-étendards du power electronics et du noise-rock à l’anglaise, sans une once de compromis. Comme une version misanthrope du punk, leur musique conjure la part maudite de l’humanité à coup de longues plages incantatoires, lorgnant depuis quelques albums vers une ambient quasi liturgique. De leur magma d’électricité naît un psychédélisme où répétition et saturation agissent de concert, comme un poison sourd. Une musique violemment hallucinogène, shoegaze avant la lettre. Faites le grand saut dans l’inconnu : endormez-vous avec ça et ne vous réveillez plus jamais comme avant !

 

 

Sister Iodine

Puissant comme une fusée au décollage, le rock de Sister Iodine a longtemps été associé à la no wave et au noise. Leur musique dépasse pourtant toutes les étiquettes qu’on a pu lui accoler, modelant avec un instrumentarium « classique » (guitare, basse, batterie) une musique électronique extrême qui n’a plus grand chose de rock, hormis l’énergie dévastatrice qui s’en dégage. Inécoutable pour les petits joueurs, inoubliable pour ceux qui ressentent l’appel du large, Sister Iodine ne fait pas dans la demi-mesure et c’est ce qui fait leur force. Leur dernier forfait, un double LP intitulé Venom, est un sommet de brutalité intransigeante. D’un tableau de film d’horreur post-apo et d’Autoroute du Soleil sous les bombes, Sister Iodine extirpe une musique paradoxalement régénérante et plus enivrante que jamais. Une expérience à vivre en live.

 

 

Low Jack

Faut-il encore présenter Low Jack ? Omniprésent sur la scène techno post-industrielle qui a connu un regain de hype ces dernières années, Philippe Hallais enregistre à tour de bras EP et LP’s qui l’ont fait connaître partout dans le monde. Sa plus grande qualité (ou serait-ce son défaut ?) réside dans sa versatilité à tout crin. Insatiable bouffeur de musique autant que producteur, il passe selon son humeur de la techno au hip-hop, du dub à l’IDM. Mais c’est lorsqu’il largue les amarres et se laisse griser par le sabordage des genres que Low Jack excelle en premier lieu. Il en apportera la preuve avec un live ambitieux, s’aventurant dans les contreforts du dub à la On-u-Sound et du noise, sans jamais se laisser scléroser par l’esprit de sérieux.

 

 

> Festival Ideal Trouble, du 17 au 20 mai à la Station Gare des Mines, Paris.