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Affinités Musique

Sonic Protest 2020

D’année en année, Sonic Protest s’impose comme le festival européen de référence en matière de musiques non conformes, qu’elles soient électriques, électroniques ou électro-acoustiques. Eclectisme et iconoclasme sont les devises de leurs fondateurs Franq De Quengo et Arnaud Rivière, deux activistes bien connus de la scène expérimentale.

Par Julien Bécourt

 

Dans l’auberge espagnole de Sonic Protest, tout le monde est bienvenu, à condition de ne surtout pas rentrer dans le rang et de passer sous le radar de festivals plus établis – au point parfois d’y déceler un soupçon de complaisance pour une bizarrerie forcée et forcenée. Mais ne crachons pas dans la soupe et disons-le franchement : Sonic Protest est un événement unique et précieux pour sa singularité, et l’on ne va pas se plaindre de voir rassembler autant de drôles d’oiseaux d’un seul et même tenant. Chez ces musiciens qui marchent en crabe, gambadent en claudiquant ou sautillent de traviole, l’important est de s’émanciper des modes d’expression balisés par l’industrie, que ce soit de manière consciente et militante ou totalement intuitive et spontanée. À ce titre, le festival s’illustre chaque année en conviant des musiciens en situation de handicap (on y célébrera les 4ème Rencontres internationales des pratiques brutes de la musique) comme des légendes de la musique expérimentale, et l’on se réjouit de voir tomber les digues séparant jusqu’à présent des genres musicaux qui se regardaient en chien de faïence.

 

 

Riche en découvertes, la foisonnante programmation de cette nouvelle édition (on ne saurait même plus les dénombrer) est aussi intrigante qu’alléchante. Tête d’affiche du festival, le prophète du dub jamaïcain Lee Scratch Perry se produira exceptionnellement en duo avec Adrian Sherwood, fondateur du label culte On-U-Sound. Une fois n’est pas coutume, la scène hexagonale sera à l’honneur avec des groupes aux noms plein de promesses comme Astra Zenecan, We use cookies, Me Donner, Fleuves Noirs, Foudre Rockeur ou Bonne Humeur Provisoire...

 

On y découvrira aussi les roulements amplifiés du percussionniste Will Guthrie accompagné de l’Ensemble Nist-Nah, les hymnes dark-punk de l’italienne Maria Violenza, le métal ethno-mystique des indonésiens Senyawa, le dub technopop et tribal des japonais Waqwaq Kingdom, l’électronique minimaliste de la colombienne Lucrecia Dalt, la techno virulente de Container ou encore le « bouzouk granulaire » de Jerusalem in my Heart, partagé entre Beyrouth et Montréal. Enfin, le tandem sauvage Russell Haswell / Powell, entre EBM déconstruit et extreme computer music, promet quant à lui de faire des étincelles. Un marathon de la dinguerie internationale qui, de toute évidence ne manquera pas de faire valdinguer les repères.

> Sonic Protest, du 6 au 22 mars en Ile-de-France