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A chacun son point de vue

Réouverture du CNEAI à Chatou

CNEAI / Sylvie Boulanger
29/09 > 21/12/2012 -CNEAI
Pour sa réouverture, le CNEAI (Centre national édition art et images) a opté pour un parcours de « points de vue ». Une manière de placer l'expérience de l'art au centre de son fonctionnement.
Par Pascaline Vallée | publié le 17 sept. 2012
CNEAI, maison flottante La Maison flottante, Chatou 2007. © Paul Tahon
En rouvrant après un an de travaux, le CNEAI (Centre national édition art et images) n'affiche pas seulement une mue physique, mais surtout une pratique de l'art profondément différente. Avec huit salles en plus de sa résidence d'artiste, le lieu, situé sur l'île des impressionnistes, à Chatou, propose désormais une promenade en dix propositions artistiques, appelées « points de vue ». Renouvelé totalement trois fois par an, un scénario réunira, chaque fois autour d'un thème, œuvres, films ou travaux de recherche. La volonté de Sylvie Boulanger, la directrice : parier « sur l'intelligence et la curiosité du visiteur plutôt que sur la consommation culturelle ».


Construire ensemble

Le parcours commence par la Maison flottante des frères Bourroullec, pour ensuite diriger le visiteur vers Le Musée de rue de Yona Friedman. Comme à son habitude, l'architecte et artiste propose à chacun de s'impliquer dans son œuvre en déposant dans une des boîtes en plexiglas quelque chose qui, seule consigne, doit être en lien avec l'abstraction géométrique. Yona Friedman a par ailleurs fait don au CNEAI de nombreuses maquettes, parce qu'il veut « un public qui fait quelque chose de ce qu'il voit ». Et de fait, cette vision d'une architecture politique et participative rejoint bien celle du CNEAI envers l'art. Celui-ci n'est pas ici vu comme une production vouée au profit, mais comme un travail collectif guidé par et pour l'expérience. « Il n'y a a pas de raison de continuer à produire à outrance des œuvres qu'on ne voit qu'une fois », poursuit Sylvie Boulanger.

Pour produire et faire circuler les œuvres, le CNEAI met également en place une coopérative avec une trentaine de partenaires (San Francisco Art Institute, CNDC d'Angers, écoles d'art et éditeurs...). Ainsi la réactualisation cet automne d'une célèbre exposition du Museum of Contemporary Art de Chicago, Art by Telephone, n'est pas anodine. En la créant en 1967, Jan van der Marck voulait mettre en avant la place grandissante du discours et de la conceptualisation dans l'art. Chaque jour, les artistes transmettaient oralement leur pièce au musée, posant, en plus des œuvres, des questions comme : est-ce le discours ou l'objet qui fait œuvre ? Lequel est le plus important ? Qui fait l'art ? Est-ce l'artiste, le technicien, le commissaire, le visiteur ? Au CNEAI, 35 artistes, certains issus de la première exposition, auxquels s'ajoutent d'autres plus actuels et des jeunes diplômés d'écoles, vont participer à Art By Telephone... Recalled.

Dans la suite logique de ce travail collectif, le CNEAI n'impose pas de discours sur ce qu'il présente. En lieu et place du traditionnel guide de visite, le livret remis au visiteur est davantage un récit, celui de l'expérience du « scénario » par un auteur. A chacun de construire sa propre interprétation et d'explorer les pistes ouvertes. Ateliers et actions sont également au programme.


Œuvres vivantes

Réamménagé par Philippe Bona et Elisabeth Lemercier, l'intérieur du lieu est recouvert d'un gris léger. Seuls marquages forts : les O.B.U., étuis d'acier qui peuvent servir à peu près à tout, et les néons. L'espace peut ainsi accueillir toutes sortes d'installations. Pour le Scénario d'automne, centré sur l'expérience de l'art, Publish or Perish présente les livres de la collection, rassemblés en piles, en fauteuils ou en sculptures diverses, tandis que plus loin Christophe Lemaître propose une exploration du Jeu de Go, ou que Julien Carreyn montre les résultats de son travail avec les patients du Centre hospitalier de Montesson.

L'art comme déambulation, à la fois physique et mentale : tel pourrait être un bien trop rapide résumé d'une visite au CNEAI. Pour appuyer ce mode de pensée, le lieu a également décidé de remplacer les vernissages par des festivals, qui auront lieu trois fois par an, même si une partie des œuvres présentées seront renouvelées plus régulièrement. Au programme des deux jours, entièrement gratuits, des concerts, performances et interactions en tout genre.
 

> Festival Island #1, les 29 et 30 septembre ; Scénario d'automne, du 29 septembre au 21 décembre au CNEAI, Chatou. 

Crédit photo:
Gérard Colin-Thiébault, L’Inextricable Ouvrage, volume 1, éd. CNEAI-colonne – CNEAI Chatou 2012. Photo : CNEAI.
Yona Friedman, Sans titre - Maquette. Photo: CNEAI.