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Images-mouvements

Exposition au Grand Palais

Jesùs Rafael Soto / Marcel Duchamp / Anish Kapoor
10/04 > 22/07/2013 -LE GRAND PALAIS

Quand les artistes prennent mouvement, espace, lumière et vision pour matières... 

Par Guillaume Gesvret | publié le 22 mai 2013
Jeppe Hein, Rotating Labyrinth, 2007. Courtesy of Johann König, Berlin and 303 Gallery, New-York/Keizo Kioku, © ADGAP.

Impliquer, immerger, envahir le regard : les œuvres regroupées sous l’enseigne de l’art « perceptuel », qu’il soit lumineux, cinétique ou optique, revendiquent pour la plupart cette volonté de libérer l’œuvre d’art de son carcan pour mieux jouer avec les perceptions du spectateur. Contre l’approche distanciée du tableau classique, peut-être faudrait-il dire qu’elles radicalisent plutôt ce qui fut justement l’enjeu de toute une modernité picturale depuis au moins Cézanne : transformer la contraignante frontalité du tableau en implication du regard et en participation de l’œil aux vibrations des forces et à l’immobilité mouvante et convulsive d’une incarnation colorée. Contre la peinture, et tout contre elle donc, l’exposition Dynamo au Grand Palais réunit près de 150 artistes de cet art de la perception et de l’expérimentation interactive des XXe et XXIe siècles. Autour des thèmes du mouvement et de la lumière, de l’espace et de la vision, Dynamo propose un large échantillon d’œuvres modernes et contemporaines et un choix étendu d’artistes ou de mouvements hétérogènes : l’occasion de faire résonner Duchamp, Dan Flavin ou James Turrell avec les œuvres contemporaines d’Anish Kapoor, Xavier Veilhan, Jeppe Hein ou Jesús Rafael Soto. Autant de démarches singulières que réuniront deux grandes parties, « Vision » et « Espace », elles-mêmes divisées en autant de sous-catégories prouvant la variété des questions soulevées par ces thèmes. Certaines œuvres renvoient en effet à la recherche quasi mystique d’une expérience purement immersive conduisant à la perte de tout repère. D’autres laissent agir au contraire des interférences plus déstabilisantes, interrogeant le rapport des œuvres à l’espace d’exposition qu’elles viennent hanter et perturber. Ainsi du jeu entre les deux et trois dimensions, comme chez François Morellet, en route vers la quatrième dimension, immatérielle et mentale, celle de rémanences plus insaisissables encore. L’hypnose et le vertige font alors parfois du spectateur le cobaye d’une déambulation, comme dans le labyrinthe du G.R.A.V. (le Groupe de Recherche d’Art Visuel) reconstitué pour l’occasion tel qu’en 1963. Entre lumière et mouvement, séduction visuelle et ironie radicale, ces formes sans support stable posent toutes différemment la question du regard et de son espace : qu’est-ce que regarder quand tout l’espace du visible perd sa stabilité et sa présence tangible ? Car ces œuvres dématérialisent aussi la matière rassurante où accrocher notre regard. Pour mieux le mettre en mouvement ?

 

Dynamo, un siècle de lumière et de mouvement dans l’art 1913-2013, jusqu’au 22 juillet au Grand Palais, Paris.