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L'illusion créatrice

Exposition collective Mandrake a disparu

Julien Prévieux / Olivier Marboeuf / Maïder Fortuné / Badr El Hammami
21/03 > 25/05/2013 -ESPACE KHIASMA

L’Espace Khiasma poursuit sa réflexion sur le régime d’apparition des images. En convoquant la figure de Mandrake, célèbre super-héros magicien, l’exposition interroge la notion d’illusion. 

Par Aïnhoa Jean-Calmettes | publié le 21 mars 2013
Badr El Hammami, Sans titre, 2012, Badr El Hammami, Sans titre, 2012, © Badr El Hammami.

Le sens commun veut que l’illusion soit une réalité factice cherchant à camoufler la vérité. On parle d’illusion comme on parlerait de leurre ou de tromperie. On souhaite s’en libérer pour, enfin, atteindre le vrai. L’intuition d’Olivier Marboeuf prend pourtant ces présupposés péjoratifs à rebours. Le directeur de l’Espace Khiasma considère que, loin d’être la victime de l’illusion, le spectateur en est le principe actif. C’est avant tout parce qu’il l’accepte et y croit que l’illusion fonctionne. L’apparition visuelle dont elle est porteuse reposerait donc sur la connivence, voire la croyance, du public. L’hypothèse de départ s’inverse ici, puisque l’illusoire ne cache plus. En devenant créateur d’images, il permet au contraire de voir. Il en est ainsi du Carrousel de Maïder Fortuné, œuvre vidéo qui, jouant du flou et de la netteté, devient une machine à « faire surgir » en appelant à la faculté du visiteur à reconstituer les fragments qu’on lui montre.

In fine c’est bien la notion de réception – considérée ici comme un acte de co-création – que le thème de l’illusion vient questionner. Ainsi, dans Sans Titre de Badr El Hammami, le spectateur, se révèle être autant le témoin d’une ville à feu et à sang que l’acteur de la commémoration de cette tragédie. A lui, revient de rendre effective la superposition temporelle, présente uniquement à l’état de latence dans l’installation. La Timeline de Claire Malrieux, elle, est une « sculpture fantôme » : sa matière est celle de la lumière, elle apparaît seulement dans la mesure où les spectateurs croient en son existence. Alexander Schellow explore les limites de l’espace de la réception. Dans Ohne Title, il s’interroge, à partir de l’expérience limite qu’est la maladie d’Alzeihmer, sur la possibilité de l’échange lorsque les canaux traditionnels de communication ne sont plus praticables.

Mais puisque le célèbre magicien Mandrake a disparu, c’est aussi sur les modalités de l’illusion sans illusionnistes que les artistes invités se penchent. Sans prestidigitateur, on entre dans le régime de la simulation et de l’algorithme. Film de Ismaïl Bahri, établit le sens selon un protocole. Au contact d’un liquide, des rouleaux de papier découpés dans des journaux se déploient et dévoilent les écritures qu’ils portent.

L’œuvre de Julien Prévieux vient compléter ces propositions par une nouvelle inversion des présupposés. Il expose ici le résultat des ateliers de dessin qu’il a organisé avec les policiers du 14e arrondissement à partir des formes et des couleurs des diagrammes de Voronoï, ces logiciels qui permettent de faire une simulation en temps réel de la spatialisation de la criminalité dans les villes américaines. Ces ateliers lui ayant permis d’établir des relations de confiance et d’échange avec les gendarmes, il donne à voir la manière dont un travail sur les procédés de simulation peut créer une situation de confiance et de connivence.

 

Mandrake a disparu, du 22 mars au 25 mai à l'Espace Khiasma, Les Lilas. 

Des rencontres avec les artistes seront également organisées dans le cadre de l’exposition :

Samedi 13 avril à 18h : Carte blanche à Julien Prévieux
Samedi 20 avril à 18h : Carte blanche à Alexander Schellow
Samedi 25 mai à 18h : Présentation de l'atelier organisé par Julien Prévieux à l'Antenne du Plateau (dans le cadre d'Hospitalités) et carte blanche à Claire Malrieux