Le chanteur Cheb Aziz © Manuel Obadia-Wills, pour Mouvement
Reportages Musique

100% Raï en France

On le pensait échoué sur les rivages de la world music, grillé par les errances politiques de Faudel ou les déboires juridiques de Cheb Mami. Pourtant, plus de 30 ans après son arrivée en France, le raï poursuit son aventure sous les radars médiatiques. Des cabarets parisiens aux chichas de banlieue, le style oranais est plus underground que jamais.

Par Thomas Ancona-Léger

 

« Salem et bienvenue dans Power Raï, ici Dj Kim qui vous accompagne jusqu’à minuit avec le son de Wahran, le son staifi. En mode claquettes-chaussettes, c’est la guerrrre ! » 22 h 02 à l’horloge du studio de Beur FM. Dj Kim n’a pas pris l’antenne depuis deux minutes qu’il gueule déjà dans le micro. En plus de fêter la fin du ramadan, il diffuse en avant-première quelques morceaux de Welkim 4, sa dernière compilation qui réunit « rap commercial plutôt festif et raï fusion rebeu plutôt grand public ». L’animateur et producteur, originaire de Nantes, a été l’un des pionniers du mélange de raï et de Rn’B, ce courant musical que l’on imaginait perdu dans les limbes des années 2000. Dans les couloirs de la radio, un disque d’or dédicacé́ par la chanteuse Leslie côtoie l’affiche du film Il reste du jambon ? un navet avec Ramzy Bédia qui célèbre le « vivre ensemble » à la française. Profitant d’une pause musicale, il discute avec deux rappeurs grenoblois d’un Cheb Hichem à l’identité floue. « C’est celui de Cergy, celui de Paris ou celui qui est au hebs ? Il y en a plein des Cheb Hichem ! se marre Dj Kim. De toute façon on est en 2018, y a un chanteur à chaque coin de rue. » Qui a dit que le raï avait déserté la France ? Il suffisait peut-être de traverser la rue.

Celle du Roi-d’Alger, par exemple, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où l’on poireaute dans un bar sans nom en attendant un rendez-vous fixé aux alentours d’une heure du matin. Accoudé au comptoir en bois, un vieil homme fait glisser le goulot de sa Heineken entre ce qu’il lui reste de chicots. Puis il gratte une pièce, lance « Aïcha » de Khaled sur le jukebox, et dédie la chanson à Dounia, la serveuse qui persiste à lui tourner le dos. Une centaine de mètres plus loin, l’employé fatigué d’un restaurant passe l’éponge sur une journée de graisse sans prêter attention à la file de jeunes gens qui s’engouffre derrière lui par un escalier dérobé. À l’étage, l’odeur sucrée du tabac monte à la tête. Dans une fumée bleutée transpercée de lasers, un homme en minishort à fleurs débite un flow ultra-autotuné sur le beat ternaire que lui balance le claviériste déchaîné. Bienvenue au Marrakech, kebab le jour, chicha lounge la nuit. On y retrouve Hicham, un ami de Dj Kim, qu’il assiste parfois à la radio en débitant des choses comme « Ouais ouais », « Gra gra », « Maroc, Algérie, Tunisie », pour mettre l’ambiance pendant un morceau. Affalé sur une banquette en Skaï avec des potes, il profite du spectacle en sirotant une grenadine servie dans une bouteille de Cristaline. « Tu vois, ici tu peux voir des pédés chanter, y a aucun problème. C’est comme ça frère, la tolérance », lance-t-il en pointant le tuyau de son narguilé vers le groupe de filles qui entoure le chanteur. Il monte sur scène, un type vient lui glisser 20 euros en lui soufflant quelque chose à l’oreille. Sans attendre, il entame « Va bene », un tube de Reda Taliani qui parle d’ennemis indéfinis qui finiront par se dévoiler et dont il se vengera un jour. Hicham rigole. « Un jour dans un cabaret d’Alger, j’ai vu un mec claquer tellement de thune qu’il a fini par lâcher les clefs de sa voiture au chanteur. » Lui, quand il est vraiment chaud, ne lâche jamais plus de 500 balles, « question de principes ».

 

 

« On brasse du cash et ça fait des jaloux »

Des chichas comme le Marrakech, où se réunissent les « raïmen » et les « raïwomen », il y en a des dizaines en Île-de-France ; plus ou moins officiels, plus ou moins sélects, ces établissements souvent mal référencés restent difficilement accessibles au profane. Ce qui n’est pas le cas du XS, quai d’Ivry, l’un des clubs à chicha les plus branchés de la capitale, notamment détenu par le footballeur Samir Nasri. À l’entrée, une monumentale porte en bois, un valet de parking et deux physios en costard qui tuent le temps en dansant le limbo avec le cordon de sécurité. « Notre porte est assez dure »reconnaît Ilyès Monfort, le manager. Depuis quelques mois, chaque jeudi soir, il programme les « soirées orientales » où viennent se produire des chanteurs de raï et de chaâbi. Côté public : des footballeurs avec leur cour, des rappeurs et des anonymes venus en couple ou entre potes. « Une clientèle plutôt jeune, aisée, et presque exclusivement originaire d’Afrique du Nord », résume le trentenaire antillais, entre deux gorgées de Red Bull, avant de confier sans raison apparente sa récente conversion à l’islam. « Le XS, c’est la grande classe », renchérit Cheb Aziz qui y chante chaque semaine. Perfecto violet et chemise à fleurs, ce Franco-Algérien de 60 ans s’est formé à l’ancienne, dans les mariages et les cabarets d’Alger pendant les années 1970. « Maintenant, ce sont les chichas les nouvelles écoles du raï », constate-t-il. Celui qui jure seulement par le courant « sentimental » – représenté par Cheb Hasni, Cheb Akil ou Mohamed Lamine – a dû s’adapter au fil des modes pour continuer à vivre de sa musique. Après avoir connu l’arrivée des synthétiseurs et de ces boîtes à rythmes qui « ont cassé l’esprit de groupe », il s’engage sur les chemins hasardeux du raï fusion, allant jusqu’à faire des featurings avec Freeman, rappeur oublié et ex-membre d’IAM. On l’a même entendu, plus récemment, camper le daron aux côtés de chanteurs à peine pubères sur un titre d’urban pop produit par Dj Kim.

 

« Dans un cabaret d’Alger, j’ai vu un mec claquer tellement de thune qu’il a fini par lâcher ses clefs de bagnole au chanteur. Moi, je ne lâche pas plus de 500 balles, question de principes »

Hicham

 

« Aujourd’hui l’Auto-Tune est partout. Ça donne une voix robotique et ça permet à n’importe qui de se faire passer pour un chanteur », lâche-t-il un peu amer, alors qu’il roule plein sud vers Athis-Mons, dernière destination de la soirée. Devant un magasin de pneus réhabilité en cabaret, le gérant de l’Ottoman Pacha accueille ses clients, juché sur une palette de transport : « Tu peux pas rentrer en claquettes, mec, tu t’es cru à la plage ou quoi ! » Ancien poissonnier au marché de Rungis, il s’est reconverti en promoteur de soirées raï. « Je n’aime pas ce genre de musique mais il y a une vraie demande du public et plein de fric à se faire », explique son associé Kurshad, pragmatique, qui n’en est pas à sa première affaire. À l’intérieur, quelques michetonneuses trimardent entre des groupes de gueules cassées, tout droit sorties d’un polar melvillien. « Il faut faire attention dans le business de la nuit, on brasse du cash et y a toujours des jaloux »confie-t- il. Depuis une altercation avec des jeunes de Melun, il sort toujours « calibré ». Pas de quoi impressionner Cheb Aziz, qui déroule son set, empoche son cachet et reprend la route. Dans l’autoradio, Francis Cabrel conjugue l’amour à tous les temps de l’indicatif. « Monsieur Cabrel » comme l’appelle Aziz, qui ne cache pas son admiration pour la variété française. « Je voudrais que ma musique parle à tout le monde... Mais les Français se sont désintéressés du raï »soupire-t-il tandis que l’aube blanche s’étend sur la banlieue.

 

Jusqu’au sourire de Khaled

Souvent laissé pour mort sur le champ de bataille de la world music, le raï a connu plusieurs soubresauts dans son histoire. Apparus dans les faubourgs d’Oran en pleine colonisation française, les pionniers du style sont les héritiers diaboliques du melhûn, une poésie populaire et très codifiée originaire du Maroc et de l’Ouest algérien. Accusés de pervertir la tradition avec leurs références au sexe et à l’alcool, les chanteurs de raï sont, ensuite, critiqués pour leur ambiguïté vis-à-vis des autorités coloniales françaises : exalter la mélancolie et la débauche nuirait à un véritable sursaut nationaliste. Le Front de Libération Nationale (FLN) s’appuie pourtant sur le réalisme social des paroles pour faire passer son message politique. Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, les choses ne s’améliorent pas pour les cheb. Encore moins pour les cheba, ces chanteuses exclues des cabarets au nom du puritanisme qui marque les premières années de l’ère Boumédiène. Bannis des médias officiels, le raï poursuit son expansion sous les radars. Le nombre de cassettes vendues explose et, petit à petit, l’accordéon, la batterie et la guitare électrique font leur apparition ; les rythmiques se métissent avec le rock, la java et même la rumba, donnant naissance au raï moderne.

En Algérie en 1985, alors que le raï a déjà pénétré tous les foyers grâce à un célèbre télécrochet où le jeune Cheb Mami s’est incrusté (littéralement, en escaladant les grilles du bâtiment où se déroulait l’audition), le genre musical est enfin reconnu officiellement lors d’un premier festival organisé à Oran. Seulement un an plus tard, lors de quatre soirées d’anthologie à Bobigny, le raï débarque en France. Nous sommes à l’orée des années 1990. Alors que l’Algérie s’apprête à plonger dans la guerre civile, les Français découvrent à la télé un sourire qu’ils ne sont pas près d’oublier. Celui du chanteur Khaled, qui fait entrer la musique oranaise dans le Top 50 avec son clip de « Didi », tout droit sorti du fantasme orientaliste d’un fan d’Eurodance.

 

« Début 1990, le rock était en perte de vitesse et le rap n’avait pas encore émergé. Si la nature a horreur du vide, ce vide effraie encore plus les maisons de disques »

Francis Dordor, vétéran du journalisme musical

 

Trois rebeus dans le vent

Derrière cette éclosion du phénomène raï en France, Francis Dordor, vétéran du journalisme musical, devine la volonté conjointe de trois personnalités de l’industrie musicale : Emmanuel de Buretel, Pascal Nègre et Laurent Bouneau, alors respectivement directeurs des éditions Virgin, de Barclay et des programmes de Skyrock. « Les deux premiers avaient des liens personnels avec l’Algérie. Ce sont eux qui ont voulu sortir cette musique de l’underground. Début 1990, le rock était en perte de vitesse et le rap français n’avait pas encore émergé. Si la nature a horreur du vide, ce vide effraie encore plus les maisons de disques ! », analyse celui qui était rédacteur en chef du magazine Best avant d’intégrer les Inrockuptibles. « Le raï a donné à la musique algérienne et à la langue arabe une exposition qu’elles n’avaient jamais eue dans l’histoire de l’industrie française du disque. »

Durant les années 1990 qu’il a vécu « sur le front », le journaliste rencontre le jeune Faudel dans son quartier de Mantes-la-Jolie, accompagne Cheb Mami à Alger pour un « concert de la réconciliation » organisé par le président Abdelaziz Bouteflika et sympathise avec Rachid Taha, acclamé comme une rock star à Beyrouth. C’est même son interview croisée de ces trois chanteurs, publiée dans les Inrocks, qui aurait donné à Philippe Nègre l’idée de monter le groupe Un, deux, trois soleils, mais en remplaçant Cheb Mami par son poulain, Khaled. Un trio éphémère de trois garçons, un double album et un concert unique à Bercy en 1998, deux mois après la victoire des Bleus : du marketing de génie. « Ya Rayah » est un carton populaire et propulse Faudel au rang de « petit prince du raï », alors même que le titre est une reprise du chanteur chaâbi Dahmane El Harrachi. Qu’importe, l’heure est à l’optimisme. Après la Coupe du monde, les Français se délectent d’un exotisme de proximité « thé à la menthe » et célèbrent Zidane, leur joueur de foot d’origine kabyle. La fin du monde est pourtant proche : le 11 septembre 2001, les attentats contre le World Trade Center mettent brutalement fin à cette « parenthèse enchantée ».

 

 

Du raï de supermarché

« Après le 11 Septembre, les salles de concerts ont simplement cessé de programmer des artistes originaires du Maghreb. Beaucoup de chanteurs se sont retrouvés sur le carreau », se souvient Dj Kim. À cette soudaine interruption, s’ajoute la déliquescence du « réseau ghetto Barbès », un ensemble de disquaires spécialisés du Nord-Est de Paris. « C’était un réseau de producteurs made in bled nettement plus crédible que les maisons de disques. Les bandes algériennes arrivaient par cartons, puis étaient dealées à d’autres réseaux de distribution à Marseille ou à Lyon. » L’animateur et producteur, qui y dénichait la plupart de ses instrumentales, se souvient avoir vu les espaces dédiés à la musique de ces boutiques se réduire comme peau de chagrin. Au point de finir comme un bac de disques noyé au milieu d’artisanat, de fringues et d’articles pour chicha. «  Barbès, il n’y a plus que l’Étoile verte qui vend encore du raï, mais même à trois euros les CDs ne partent plus. »

Pour Sofiane Saidi, le désintérêt du public et des médias pour le raï est à rechercher dans l’évolution de la musique elle-même. « Un, deux, trois soleils est à la fois son apogée en France et son achèvement », assène-t-il. À 45 ans, il vient de sortir un nouvel album, El Ndjoum (2018) et se présente comme « le prince du raï 2.0 », authentique rescapé des années 1990. Arrivé à Paris à 17 ans avec deux valises, « l’une contenant des fringues, l’autre remplie de cassettes », il précède de peu la vague de musiciens algériens exilés en France après l’assassinat de Cheb Hasni, « le chanteur de l’amour », exécuté de deux balles dans la tête par le Groupe Islamiste Armé (GIA). Entre-temps, il est embauché comme chanteur dans un cabaret de Clichy. Il squatte les loges et mène une vie de noctambule : « Je me levais à 18 heures puis je zonais jusqu’à l’ouverture du cabaret, à minuit. À partir de six heures, on s’enfermait dans le cabaret avec le noyau dur des clients. Un jour, on a même fait un couscous à huit heures du matin ! » Sofiane Saidi finit par connaître les drag-queens de Pigalle par leur prénom, et croise dans ce monde de la nuit des personnalités comme Daniel Darc, Plastik Bertrand ou Jacques Higelin. Pris dans une embrouille, il quitte la capitale du jour au lendemain pour s’installer dans le Loiret. « Instinctivement, j’ai décroché. J’étais fatigué par ce rythme, la vie de chanteur de raï, la drogue, l’alcool... J’aurais pu mourir d’overdose mais je suis toujours debout. »

 

Le chanteur Sofiane Saïdi. p. Manuel Obadia-Wills, pour Mouvement

 

Depuis Montargis, où il occupait un poste de technicien dans un collège, Sofiane Saidi observe de loin le raï se « franciser » jusqu’à devenir un « produit de supermarché surgelé, tout juste bon à être consommé par des minettes de 15 ans ». Il détaille : « Les mecs reprenaient “Comme d’habitude” et Faudel chantait “Je veux vivre”... Toute cette période ne ressemblait à rien ! » Lui préfère s’engager sur les chemins d’un raï plus alternatif, se rapproche des scènes trip-hop, jungle et électro. À l’image de son titre « Gasbah Ya Moul Taxi », Sofiane continue de défendre une attitude sulfureuse. « La plupart des stars étaient égoïstes, ils se sont servis du raï pour faire de l’argent, sans aucune générosité en retour », continue-t-il. Rachid Taha serait pour lui le seul chanteur à avoir conservé un lien avec l’Algérie et les nouvelles générations, sans renier pour autant les origines de cette musique « rebelle mais pas politique, dont la seule revendication serait celle de vivre tel qu’on l’entend ». Encore marqué par le décès du chanteur en septembre 2018, Sofiane Saidi évoque leur dernier contact avec émotion. « Il voulait m’accompagner à mon concert à Petit Bain, à Paris. Mais je ne lui ai pas répondu... Rachid c’était un punk, j’avais peur qu’il fasse scandale. Il est mort trois jours après. Si j’avais su, je l’aurais laissé mettre le bordel sur scène une dernière fois. »

 

Des billets de 10 comme s’il en pleuvait

Depuis la disparition de Rachid Taha, Sofiane avoue se sentir seul dans sa musique. Pour autant, il voit d’un bon œil l’apparition d’une nouvelle tendance, marquée depuis quelques années par une utilisation extrême de l’Auto-Tune. « Les rythmiques sont accélérées, la voix du chanteur est tellement transformée qu’elle en est presque saturée, ça donne un côté agressif super intéressant ». Ce style apparu dans les cabarets algériens en 2014, nommé « way way » ou « hey hey », est associé à la consommation d’ecstasy, et les textes font parfois référence au helou, le bonbon. D’abord cantonné aux bas-fonds, le way way a fini par envahir les cours de récré algériennes où l’on s’exerce à une danse particulière, surprenante association de raï et de tecktonik, consistant à mimer les paroles d’une chanson à grand renfort de moulinets. Une danse qui n’a pas forcément fait d’émule en France, mais dont la bande-son a déjà colonisé les chichas de l’Hexagone.

L’une de ses stars se nomme Mohamed Benchenet. Pour sa venue ce samedi soir au Club 31 de Pierrelaye, dans le Val-d’Oise, la salle est comble. Parmi les clients, Samir, 29 ans et une jambe en vrac après un rodéo à moto un peu trop sauvage, n’a pas hésité à faire le déplacement. « Je suis sorti de l’hôpital ce matin mais je ne voulais pas rater ça ! », déclare-t-il en enchaînant les gobelets d’une vodka sûrement coupée aux amphétamines. Amicalement, il nous dresse une sociologie sommaire du club : « En haut, tu as les dealers, je te conseille de ne pas trop les déranger. Mais les gens près de la scène, ils sont là pour la mala, tu peux y aller sans problème. » Popularisée par le rappeur Gradur, la mala consiste à claquer un maximum d’argent en un minimum de temps, et ce dans un but purement ostentatoire. Un rituel qui s’accommode parfaitement au raï et à sa tradition des dédicaces. Vers quatre heures du matin lorsque Mohamed Benchenet entre en scène, la mala peut commencer. Sous les hourras du public, il s’approche d’un homme exhibant une liasse de billets et le défausse consciencieusement, une dizaine d’euros après l’autre. Une scène étrange où le client, sourire extatique aux lèvres, semble hypnotisé par les paroles du chanteur penché sur son épaule. Samir, lui, a lâché ses béquilles. Il danse les bras écartés, le diable au corps au milieu de la piste. À l’observer, on se dit que ce genre musical est loin d’être mort. Ce soir-là, en bordure de l’autoroute A15, le raï aurait même fait un miracle.

 

Texte : Thomas Ancona-Léger 

Photographie : Manuel Obadia-Wills, pour Mouvement