<i>Dao Khanong</i> de Anocha Suwichakornpong Dao Khanong de Anocha Suwichakornpong © D. R.
Reportages cinéma festival

Punk in Lucca

Dans une petite ville Toscane envahie par le cinéma, le LFFEC (Lucca Film Festival et Europa Cinema) nous plonge dans un monde fait de manque, de contestation et de solitude. 

Par Irene Panzani publié le 9 mai 2017

De la solitude de Glenn Gould à celle d’un jeune pédophile, du désespoir d’une veuve serbe, à la rage d’un gamin de l’Arkansas, des films engagés de Stone à la psychologie alchimique de Padre de Colagrande, la programmation du LFFEC nous met face aux grandes questions contemporaines : le manque, l’incommunicabilité, les monstres personnels et collectifs, l’envie de tout détruire pour tout recommencer. Voici un aperçu des films peu distribués, contestataires, idéalistes et indépendants de la programmation.

 

Punk

Alessandro Romanini, curateur de la Fondazione Ragghianti (qui participe au LFFEC dans le but de renouer le lien entre le cinéma et les autres arts) a amené le punk à Lucca. À l’étage de la Fondazione Ragghianti, ancien couvent, une petite exposition avec les photos et toute une série de collages et dessins du graphiste Jamie Reid. Le public a aussi pu voir gratuitement plusieurs films documentaires de Julien Temple dont La Grande escroquerie du rock'n'roll. Le film traite de l’ascension des Sex Pistols, des années difficiles du Royaume-Uni à la fin des années 1970, de la rage d’une génération réprimée, déprimée et sans travail. Un film actuel, qui nous amène à nous demander si le punk est mort et si la rage est toujours là.

On se rend compte, suite à la projection en présence de Julien Temple et John Tiberi, le photographe des Sex Pistols, qu’ils n’ont rien oublié de leur passé et semblent plus à l’aise avec les jeunes fans de punk présents dans la salle, qu’avec les autorités. L’occasion de parler du punk, de son côté bricolé et de son manque de moyens, et de pousser les jeunes à agir, développer leurs idées sans trop se soucier des instruments à leur disposition. Détruire pour bricoler et reconstruire.

 

 

Long métrages, longs temps de solitude

Qu’elles viennent de Sundance ou de Locarno, les œuvres présentées au LFFEC affrontent les thématiques propres à notre époque : la crise de liens sociaux et surtout familiaux, la crise économique d’ici et d’ailleurs, les discriminations raciales et sexuelles, toujours actuelles.

Butterfly Kisses de Raphael Kapelinski parle d’adolescence, de ce moment de questionnement de découverte de la sexualité. Le protagoniste est un jeune de 16 ans dont on comprend petit à petit sa perversion pour les enfants plus jeunes : il est pédophile. Mais ce n’est pas le seul sujet du film qui traite autant du manque de dialogue dans le cercle familial, amical du manque d’amour et de la perversion du système social. La pédophilie n’est qu’un des monstres cachés dans le film, renforcé par un noir et blanc cauchemardesque. Le personnage principal de Dayveon de Amman Abbasi est lui aussi un jeune, de 13 ans qui a perdu son frère et se met à faire partie, il ne se pas très bien comment, d’un gang nommé Blood. Le réalisateur nous restitue une périphérie américaine encore plus désolée et nerveuse de celle présentée par Xavier Dolan dans Juste la fin du monde. « Tous les grands films parlent de solitude, soyons honnêtes. La solitude est une maladie de nos jours, surtout dans les grandes villes où l’on est entouré par des millions de personnes, mais où l’on peut être la personne la plus seule du monde. » - Raphael Kapelinski

 

 

Enfin, Dao Khanong de Anocha Suwichakornpong nous replonge dans le massacre du 8 octobre 1976 à l’Université Thammasat : la police d’extrême droite thaïlandaise réprime la protestation étudiante qui se termine dans un bain de sang. En évoquant ces faits, la réalisatrice Anocha Suwichakornpong construit un film qui met en abîme le cinéma lui-même et réfléchit les cycles de la vie. Parmi les films en concours, Requiem for Mrs. J du serbe Bojan Vuletic et Tamara y la Catarina de la mexicaine Lucia Carreras ont également été remarqués. Le premier aborde le suicide d’une manière presque tragicomique, mais pas pour autant légère, avec une photographie très touchante. Le deuxième nous plonge dans la banlieue de Mexico, questionne ce qu’on entend par famille et par normalité. Une grande épreuve pour l’actrice Angeles Cruz ! 

 

 

 > LFFEC a eu lieu du 18 mars au 9 avril à Lucca, Italie