Gregor Schneider expose à la Maison Rouge, à Paris
Gregor Schneider, exposition jusqu’au 18 mai à La Maison rouge, Paris.
Espaces clos, tunnels sans fin et personnages à la tête enfouie dans des sacs plastiques… Gregor Schneider compose un environnement oppressant et aliénant. L’artiste et son univers investissent la Maison rouge. Panique jusqu’au 18 mai.
Pendant une quinzaine d’années, Gregor Schneider s’est consacré entièrement à la maison familiale de Rheydt, sa ville natale. Véritable work in progress sur le modèle du Merzbau de Kurt Schwitters (1919-1937), l’artiste a transformé, reconstruit et métamorphosé l’espace intérieur sans que le moindre de ces changements ne soient visibles depuis la rue ; comme si une vie parallèle et mystérieuse se tramait derrière ces murs. Parfois infra-minces, ses interventions ne s’offraient au public que graduellement. D’un intérieur banal, familier même, les rares invités de passage glissaient dans une sensation d’étrangeté et d’angoisse en découvrant les fenêtres aveugles, l’isolation phonique et les espaces disproportionnés. Gregor Schneider transforma ainsi sa maison en un labyrinthe appelé Haus u r (« la maison u r »), véritable territoire mental ou « cellule » sur le modèle de celles d’Absalon. Dans la maison de Rheydt, les murs blancs et les fausses vitres peintes selon l’exacte intensité lumineuse, créaient un univers dépouillé, froid et inhospitalier. Cette architecture de contraintes répondait aux strictes nécessités vitales. Elle traduisait le comportement schizophrénique de l’art, tel qu’il avait pu être éprouvé par les performeurs des années 1960. Dans Get out of my mind, get out of this room (1968) de Bruce Naumann, le public était à la fois acteur et témoin du malaise de la condition humaine. Il n’était cependant jamais mis en danger comme c’est le cas dans la dernière installation de Gregor Schneider à la Maison Rouge.
Pour Süsser Duft (« Doux parfum »), l’artiste invente un parcours labyrinthique avec comme point de départ les coulisses de la galerie. Très vite, l’expérience artistique vire au cauchemar. Une porte que la curiosité première contraint à pousser engage le spectateur dans une expérience de non-retour. Les portes se ferment irrémédiablement chaque fois qu’il prend la décision de franchir le seuil. Digne des films de science-fiction, l’installation de Gregor Schneider transforme le lieu en un gigantesque espace de distraction soumis à aucune règle, pas même à celles de l’institution. L’artiste a volontairement modifié la taille des portes et revu les normes de sécurité, ce qui contraint la Maison rouge à faire signer une décharge à chaque visiteur. Dans Süsser Duft, tout est laissé au hasard : les déplacements, la capacité du public à gérer ses émotions, à réagir aux stimuli sensoriels. Dans la dernière salle, la sortie ne peut être découverte que par tâtonnements comme dans Weisse Folter (« Torture blanche », 2007), une installation inspirée de l’univers carcéral de la prison de haute sécurité de Guantanamo.
(Lire sur notre site : http://www.mouvement.net/index.php?idStarter=204196)
Artiste(s) :
Gregor Schneider artiste
Alexandra Fau rédacteur
Publié le 01/04/2008 00:00
Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)