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chronique du 03/11/2009
Goodbye
KOUDLAM
Label/distributeur : Pan European Recordings/Module

Koudlam n’a pas de passé et s’invente son avenir, à grands renforts de synthétiseurs et de poésie urbaine : avec son premier album, Goodbye, il compose un univers glacé et postmoderne qui le place d’emblée en-dehors de la course au succès. Bile et nonchalance, fulgurances rock et chant fatigué comme un blues de la Petite Ceinture, ce nouveau « beau bizarre » condense son époque.

Koudlam organise la collision entre deux mondes. Alors que l’histoire s’accélère et n’en finit pas de glisser sans fin le long des tuyaux numériques, il reste quelques Apaches pour documenter ces mutations que nous ne faisions qu’envisager jusque-là. Koudlam est un Indien des villes au sabir étrange. Quand tout le monde récite sagement son bréviaire new-wave, il préfère évoquer les flamboyances Maya. Personnage qui entretient le mystère, brouilleur de pistes, à la manière frondeuse du Dylan d’avant la mue, il fantasme à pleins tubes sur les pistes de la Sierra Madre, qu’il mixe aux barres de la Courneuve destinées à la poussière. Les « Chiens de paille » pissent sur les Point P : deux mythologies se frottent, s’attirent et se repoussent. En effet, ça gratte de partout sur Goodbye. Des flûtes de Pan façon « la RATP aime la musique » et des synthétiseurs hors d’âge exhalent des mélodies fatiguées, qui n’y croient plus. Les légendes ne sont belles que si on les bâtit soi-même et Koudlam, en Alan Vega du RER D, donne un coup de latte aux petits maîtres électro et rock de la génération Google. Il plante ses crocs dans leurs mollets, sans se départir de son sourire à la fois narquois et fatigué. Comme si la bataille ne servait plus à rien, comme si la musique n’était plus un combat valable. Sur la vidéo de See You All (au départ un projet de l’artiste post-land-art Cyprien Gaillard, avec qui Koudlam travaille régulièrement), on suit, pétrifié, la baston opposant deux groupes de hooligans ukrainiens : comme soutenues par les rondes synthétiques et une voix caverneuse, les deux vagues humaines s’écrasent les unes sur les autres, dans un environnement de cataclysme urbain. See You All est le soundtrack nonchalant de l’abîme, du sang qui gicle et des immeubles qui ne vont pas tarder à s’écrouler. Koudlam fait dans le dispositif, en conviant l’oreille à une fête païenne dont on ne saurait deviner l’issue. Solitaire contrarié, il convoque pourtant bien des spectres : après avoir collaboré avec le franc-tireur Turzi (les deux ont en commun le goût vif pour l’aventure, eux qui soutirent la bile plus que le vernis des époques qu’ils réenvisagent, du krautrock au post-punk), le Zazou sous mescaline connecte son disque dur au côté obscur de Tangerine Dream et surtout John Carpenter. Les machines sanglotent, on passe des soirées tout seul dans des chambres d’hôtel aux murs jaunis par le tabac, le Fog envahit le cortex. Tout au long de Goodbye, l’indolence peine à dissimuler un suc vénéneux, à déguster à petites lampées. Puis surgit au milieu du disque un refrain entendu mille fois, et qui résonne ici avec une nouvelle rage. Love Song, détournement du brûlot de PIL, démarre façon 8bit avant de subir une attaque en règle : un riff limite heavy glace l’ambiance. Comment aimer dans un paysage de ruines ? La plus flippante des chansons d’amour revisitée par Koudlam, c’est Nouvelle Vague envoyé aux piranhas dans un éclat de rire. Il y a du Ballard dans cette manière de caresser avec amour le métal et le ciment. Ailleurs, on perçoit des échos de pluie, des bruits d’animaux. Avec Eagles of Africa, Koudlam signe le El Condor Pasa du Web 2.0, quand Middle envoie Suicide valdinguer en altitude, d’une pichenette, réfrigérant encore plus une musique taillée comme un bloc de glace. Lunettes noires pour nuit blanches, le nouveau night-clubbing est là, sautant par dessus les murs et s’injectant (pour mieux s’en protéger ?), des doses massives de paranoïa et de no-life. Un album à s’infuser avec précaution, tant il recèle de chausse-trappe (et une arrogance des faubourgs qu’on se désespérait de voir déborder du tout-venant rock).

Benoît Hické
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