chronique du 16/12/2009 Playtime REAGENZ Label/distributeur : Workshop/Hardwax
Quinze ans après Reagenz, premier disque né de la rencontre – sous l’égide d’Autechre – de David Moufang et Jonah Sharp, le duo réitère sa miraculeuse recette. Entre deep house épique et ambient aux teintes jazzy, entre Heidelberg, Tokyo et Frisco, Playtime est une petite merveille intemporelle.
Depuis le début des années 1990, l’Allemand David Moufang a produit de la musique sous un grand nombre de pseudonymes différents, et son goût pour les collaborations l’a amené à signer des albums aux côtés de Jonas Grossman (dans Deep Space Network), Pete Namlook (patron du label Fax), Roman Flügel, Jamie Hodge ou, plus récemment, Benjamin Brunn ou Thomas Meinecke. De ses nombreuses rencontres musicales, la plus hasardeuse aura sans doute été celle avec Jonah Sharp, boss du label californien Reflective. En 1994, Sharp et Moufang se croisent à un concert d’Autechre et décident de collaborer. Les deux artistes ont en commun une poignée d’amis musiciens, ainsi qu’un goût pour la musique ambient, l’improvisation et le jazz qu’ils vont exprimer à l’époque sur quelques maxis publiés par leurs labels respectifs sous le nom de Reagenz, et compilés par la suite sur un album éponyme. En mai 2008, c’est à un nouveau concert d’Autechre, mais cette fois à Tokyo, que Sharp et Moufang se recroisent alors qu’ils ne se sont pas vus depuis treize ans. L’Allemand est dans une période d’hyperproductivité tandis que l’américain n’a rien publié depuis près de dix ans. Ils se remettent aussitôt au travail. Deux des sept morceaux de Playtime ont ainsi été enregistrés dans le studio d’un Japonais collectionneur de synthétiseurs analogiques. Le reste de l’album a été conçu à Heidelberg et San Francisco. Dès Dinner With Q, le duo articule ses rigoureux arrangements autour d’un pied funky rachitique qui, doublé de claps, appuyé d’une basse et de quelques notes de guitare acoustique, étoffé de bleeps et habillé de modulations analogiques, installe une house fluette et profonde. DJ Friendly durcit gentiment le ton en proposant un format plus ouvertement rythmique évoquant la house de Chicago, que Moufang agrémente de nappes synthétiques et des accents jazz joviaux d’un Rhodes, tandis que Keep Building voit Fred P. de Black Jazz Consortium ombrager de sa voix retravaillée un groove sec et infatigable tout bonnement redoutable. S’ouvrant sous des allures martiales et hydrauliques très « kompaktes », Confidence s’étoffe progressivement de détails rythmiques et de riches textures avant de s’effondrer en une ambient dense. D’abstraction, il est un peu plus question tout au long de Du bist hier!, périple conclusif d’une vingtaine de minutes, dont les éboulements analogiques et les nappes à perte d’oreille donnent l’impression d’écouter un Autechre aux traits exagérés dans une échelle sonore surdimensionnée. En alternant semi-improvisation et rigueur progressive, Reagenz prouve qu’il est encore possible de construire un album de musique électronique instrumentale équilibré et passionnant de bout en bout.
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