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chronique du 20/07/2010
Gravitoni
PAN SONIC

Annoncé comme leur dernier album, Gravitoni propulse les Finlandais de Pan Sonic dans un écrin de noirceur sublimée où balisages rythmiques traumatisés, bribes électro-acoustiques vrillées et esthétique black metal transfigurée compose une ode ultime. Une célébration dark qui clôt (provisoirement ?) l’un des plus beaux chapitres de l’histoire des musiques électroniques actuelles.

En seize ans d’existence, le duo finlandais Pan Sonic n’a jamais été du genre à faire dans la demi-mesure. Depuis sa première parution, le sobrement intitulé Panasonic Ep – à l’époque où le groupe n’avait pas encore subi les foudres de la multinationale néerlandaise pour usurpation patronymique –, il a progressivement façonné les cassures oxydées d’un genre power electronics dont il a été l’un des chantres les plus remarquables. Et si leur album précédent, Katodivaihe, avait offert quelques plages plus aérées, par l’entremise des courbes sonores plus affinées de la violoncelliste Hildur Gudnadottir, ce Gravitoni, annoncé comme la dernière publication du groupe, renoue sans conteste avec le caractère obsessionnellement sombre des Scandinaves. Epilogue mortifère à une carrière sans temps mort ? Gravitoni exacerbe en tout cas les tonalités les plus rampantes de leur crû. Tout au long du disque, une noirceur implacable se dégage à l’écoute, prenant incontestablement le pas sur les rituelles mécaniques froides et autres salves de violence électronique à hautes fréquences qui ont fait la marque de fabrique Pan Sonic. Sans renier pour autant les infrabasses vibrantes et les loops étouffantes, Gravitoni affiche ainsi une coloration plutôt midtempo et laisse peu de place aux beats techno rugueux qui impulsent souvent leurs performances live – pour ceux qui ont encore en mémoire notamment leur éblouissante prestation en première partie de Throbbing Gristle lors de Villette Sonique 2008. A l’image de Radio Qurghonteppa, l’ambiance générale se situe plutôt dans un balisage rythmique souffreteux, renvoyant à une version digitalisée des trames traumatisées de Suicide, ou même à des inspirations cold-wave remaniées, comme en témoigne l’intrigant morceau terminal, Pan finale, où une boucle (piochée chez le Cure des débuts ?) s’évanouit progressivement dans un bourdonnement sournois. Disque de l’instant davantage que synthèse d’une carrière, Gravitoni porte au pinacle deux tendances assez représentatives des goûts actuels de Mika Vainio : une approche électro-acoustique dark – largement développée dans ses projets solos et notamment dans ses sets live comme ceux, récents, au festival du GRM Présences électronique ou au festival Elektra de Montréal – symbolisée par des titres claustrophobiques et organiques tels que Väinämöisen Uni/Väinämöinen Dreams, et une esthétique black-métal qui vient transfigurer des pièces comme Trepanointo/Trepanation ou Hadès d’une lourdeur sonique et spectrale poignante. Sur ce dernier titre, des ch½urs de sirènes grégoriennes viennent même ponctuer les mesures d’une férocité élégiaque, donnant à l’ensemble des allures de vaisseau fantôme voguant vers un horizon aussi lointain qu’incertain. Si ce disque se veut une épitaphe de Pan Sonic – ce dont il est quand même permis de douter étant donnés les précédents –, c’est en tout cas dans le marbre le plus précieux qu’il a été taillé. Mais si le tombeau se rouvre, ce sera pour notre plus grand plaisir.

Laurent Catala
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