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chronique du 07/09/2010
Spirit Youth
THE DEPRECIATION GUILD
Label/distributeur : Kanine Records

Le bien nommé Spirit Youth serait-il l’album de l’été 2010 ? Projet solo d’un membre de The Pains Of Being Pure At Heart, cet opus palpitant, qui colle à la peau comme rarement, pioche en tout cas avec une rare acuité dans le stock des virtuosités soniques préexistantes, de l’indie-pop au shoegaze. A suivre sur scène, au Point Ephémère, le 22 septembre.

The Depreciation Guild, c’est avant tout le projet de Kurt Feldman, batteur des sympathiques et très hype The Pains Of Being Pure At Heart, basés à New-York. Si les deux groupes ont en commun de revisiter l’indie-pop des années 1980 (notamment quelques-unes des meilleures parutions du label Sarah Records) et la vague shoegaze du début des années 1990, Feldman (ici guitariste et chanteur) se refuse pour autant à souscrire à la tendance actuelle au revivalisme tous azimuts. Plutôt que de les mimer de manière un peu simpliste – comme c’est le cas dans le premier opus-catalogue, par ailleurs fort agréable, de The Pains Of Being Pure At Heart. Ensemble –, il préfère embrasser pleinement la galaxie de ses références.
Epaulé par les frangins Hochheim, il a choisi de mettre l’émotion au centre d’un album où le songwriting joue un rôle fondamental, laissant quelque peu de côté les pistes abordées sur Her Gentle Jaws, premier album autoproduit et très brut (passé assez inaperçu, celui-ci incluait néanmoins quelques pépites, comme le miraculeux Sky Ghosts). Et avec l’aide de Joshua Eustis (Telefon Tel Aviv), il a clairement pris le parti d’un certain raffinement esthétique, dont témoigne le travail sur l’espace et les traitements sonores.
D’entrée, My Chariot pose ainsi les bases de ce Spirit Youth: boucles musicales aussi douces que claustrophobiques, ajout de drum machines, nappes synthétiques et guitares shoegaze. Des passages angéliques y côtoient sans transition un entrebâillement mélancolique, rendant notre fragilité candide et toute échappée illusoire. Dans cet univers, chaque geste, chaque son acquiert une importance vitale, exigeant de l’auditeur à la fois candeur et concentration. Plus loin, l’épique Crucify You impose ces ambiances si particulières, ces délicats traitements sonores auxquels on a donné les moyens d’exister. Ainsi The Depreciation Guild épouse tout d’un seul et même mouvement, transfigurant sa nostalgie des années 1980 par la grâce d’une production électronique très contemporaine (évoquant les productions du label américain Plug Research).
Pris dans l’extase, on ne sait alors plus si ce sont les Pale Saints, Cocteau Twins, Chesssie ou Lush qui nous chahutent autant les sens de leurs capiteuses cordes électriques. Dream About Me, la plage la plus pop, avec ses claviers synthétiques un peu cheap, inocule les structures traditionnelles du shoegazing dans une ballade midtempo parcourue de brefs frissons soniques. Evitant les vaines prouesses épigonales, privilégiant un geste retenu mais éclatant, Spirit Youth atteint même parfois à une sorte de nirvana musical et impose son statut de disque jubilatoire, prenant la forme d’un enchevêtrement indifférencié de sons, de mélodies et d’images qui vibrent d’un même élan. Blue Lily et surtout November lorgnent implicitement du côté de The Durutti Column, notamment à travers ces notes de guitares que Feldman et Christoph Hochheim, en virtuoses, égrènent tour à tour avec nonchalance ou frénésie. Trace revient sur les territoires jadis habités par les Pale Saints : la voix de Feldman y est plus que jamais séduisante, dont l’androgynie assumée rappelle celle de l’éminence grise des Pale Saints, Ian Masters. A l’instar de quelques-uns des sommets de l’histoire du shoegazing, elle s’apparente alors presque à un voile climatique qui vient se fondre admirablement dans les strates sonores jumelles. Sous une telle impulsion, les brusques accès d’euphorie comme les tourments mélancoliques jaillissent avec la même véhémence déstabilisatrice que les bouffées sentimentales (« When feelings fade I will retrace and I will stay with you all the time… »). Dans ces moments-là, cette pop rêveuse et noisy se rapproche également de My Bloody Valentine. Un White Moth déchirant et élégiaque conclut cet opus qui impressionne par sa capacité à transcender les genres, par la justesse et la précision avec lesquelles il modèle la matière pour réinventer les formes. Sidérant et astral.


> En concert le 22 septembre à Paris, Point Ephémère.

Frédéric FOREAU
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