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chronique du 28/11/2011
Impossible Spaces
Sandro PERRI
Label/distributeur : Constellation/Differ-ant
Epris d’innovation autant que de beauté, l’explorateur pop canadien Sandro Perri poursuit toujours plus avant sa quête de l’inconnu avec Impossible Spaces, album superbement buissonnier.
Après avoir donné libre cours, avec les projets Glissandro 70 et Polmo Polpo, à son penchant pour une électro à la fois dansante et tarabiscotée, Sandro Perri défriche, depuis quelques années, des paysages sonores où il règne seul en son royaume. La surprenante versatilité du Canadien n’est pas sans rappeler celle de son modèle, l’insaisissable Arthur Russell, qui sut se réinventer avec constance au cours d’une trop brève mais prolifique carrière. La première raison de se réjouir ici, la plus évidente en tout cas, vient du fait que Sandro Perri rejoint avec Impossible Spaces le cercle très restreint des musiciens capables d’accoucher d’une pop innovante mais parfaitement intelligible. Ne pas se fier à un titre trompeur : ces « espaces impossibles » sont en réalité ouverts à un large public, où se croiseront avec bonheur amateurs de beautés éparses et autres auditeurs désireux d’élargir leurs horizons. Les topographes, quant à eux, repasseront.
Chacun des sept titres de l’album se présente comme une sorte de déambulation poétique uniquement rythmée par les contingences propres à toute forme d’errance – ou d’improvisation. Il est loisible d’y entendre un équivalent musical à la psychogéographie – mais une psychogéographie appliquée à des îles vierges plutôt qu’aux rues interlopes chères aux situationnistes. Généreuse de ses moyens, la musique de Perri marie une large palette instrumentale – guitares acoustiques et électriques, clarinette basse, saxophone, flûte, contrebasse, claviers et percussions – à des textures électroniques délicatement agencées. Mues par une sorte d’énergie exploratoire, les étranges mélopées qui en découlent n’ont pratiquement plus rien à voir avec l’antique notion de chanson.
Les licences que prennent ici Perri et son groupe avec les lieux communs du songwriting sont telles que l’auditeur en est désorienté, mais pas moins enchanté, comme il le serait de son passage de l’autre côté d’une toile du Douanier Rousseau. Doué d’un sens pictural aigu (c’est lui qui a conçu la pochette de son disque), Sandro Perri est aussi un champion de l’onirisme mis en musique. Derrière une volonté affichée de brouiller les repères se cache la ferme détermination de celui qui sait exactement où il va : vers l’inconnu, avec la rigueur d’un funambule qui ne s’autorise jamais un pas de côté.
Afsan FELLAG |
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