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COMPTE RENDU
Traversée musicale contrastée
Le festival Club Transmediale à Berlin

date de publication : 14/02/2012 // 5262 signes

En parallèle de la 25e édition de la Transmédiale, manifestation dévolue aux arts numériques, s’est déroulé à Berlin, du 30 janvier au 5 février, la 13e édition de Club Transmediale, festival naviguant dans des eaux musicales parfois (très) calmes, parfois plus agitées, mais toujours expérimentales.

Disons-le d’emblée : ce Club Transmediale (CTM) 2012 n'a pas soulevé en moi des vagues d'enthousiasme incontinent. Il me faut cependant admettre ne pas avoir tout vu, loin s’en faut. La soirée d’ouverture, lundi 30 janvier, a été marquée par l’éphémère exhumation du Zodiak Free Arts Lab, ce séminal labo musical de la fin des années 1960, qui fut le berceau (enfumé…) d’où allaient naître la kosmiche musik et le krautrock de la décennie suivante (Ash Ra Tempel, Tangerine Dream, Cluster et consorts). Ce soir-là, au HAU 2, le coup d’envoi fut donné par le Free Arts Lab, un ensemble de musique improvisée, à géométrie variable, qui nous a servi un free-jazz mâtiné d'électronique brillamment exécuté mais d'une excessive politesse. Tout cela n’avait hélas que peu à voir avec les élongations infinies et les saturations défoncées du Zodiak de la grande époque. Rémanence d'une certaine idée de la liberté plutôt qu'expérience authentique de celle-ci.

Pionnière de la musique dite de drones, Eliane Radigue (voir portrait dans Mouvement n°53) était la principale figure tutélaire de cette édition spectrale. L’hommage que lui ont rendu les organisateurs de CTM s’est traduit notamment par la présentation, mardi 31 janvier, d’une de ses pièces les plus rares (Psi 847, 1972) dans le très beau cadre du HAU 1, Lionel Marchetti étant aux manettes pour la diffusion. Longues et infimes modulations de fréquences aigues (très peu de basses) qui baignent l'auditeur dans un quelque chose d'océanique. La lenteur assez pâteuse de la musique invite à une progressive reconnexion de l'esprit avec le grand tout : à chacun de se concentrer sur la musique (sur scène, il n’y a rien à voir, hormis un cercle de lumière se déplaçant lentement) et de faire un effort pour dépasser la passivité de la pure sensation. Effort récompensé par une légère euphorie contemplative.

Vendredi 3 février, dans l'impressionnant auditorium de la Haus der Kulturen der Welt, avait lieu la rencontre a priori très intrigante entre Oneohtrix Point Never et le Joshua Light Show  – le premier s’occupant de la musique, tandis que les seconds, vétérans de la scène californienne psychédélique des sixties, prenaient en charge la partie visuelle. Annoncé comme le nouveau Messie de la musique au laptop, Oneohtrix Machin Truc nous a servi un brouet sonore de la pire espèce, laborieuse resucée de ce que Fennesz pouvait faire au début des années 2000 – l’accompagnement visuel, aussi laid que daté, du Joshua Light Show n’arrangeant rien, bien au contraire…

Les hostilités se poursuivaient au Berghain, où, armé d'une guitare et d'un mur d’amplis, officiait en particulier le toujours aussi patibulaire Mika Vainio (l’un des deux membres de Pansonic). Le moins que l’on puisse dire est que son métal caverneux, saturé de réverbérations et de distorsions, n’a pas déchaîné les passions. Le Berghain était aussi rempli qu’assoupi… Basculant progressivement mais sûrement vers le côté dancefloor de la force, le reste de la soirée/nuit n’a rien amené de particulièrement original ou excitant.

Le lendemain, entre autres nombreuses possibilités, avait lieu un concert de Tim Hecker à la Passionskirche (l’église de la passion, en vf). Fidèle à ses bonnes habitudes, le Canadien a enchaîné des saynètes bruitistes à la beauté étrangement intimiste, comme sorties tout droit d'un film existentialiste mis en musique par My Bloody Valentine. Hecker a une manière bien particulière de laisser les choses en suspens, de présenter la beauté comme un instant fugace prélevé dans la trame sonore du monde. Un lyrisme échevelé pointe le bout de son nez, pour aussitôt s’en aller. Musique sans rythme, sans résolution définie, sans mélodie, dont on ne peut donc jamais rien attendre de précis. A ces étranges caresses musicales et spirituelles, la Passionskirche a offert sans conteste un écrin idéal.



Le festival Club Transmediale a eu lieu du 30 janvier au 5 février à Berlin.


Crédit photo : 
Une : Qluster, © Eelco Borremans.
Article : Joshua Light Show, © Eelco Borremans.

Guillaume Ollendorff
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