COMPTE RENDU Perditions polaires L’exposition Esthétique des pôles. Le testament des glaces à Metz.
date de publication : 15/01/2010 // 3474 signes
Fascination des glaces, réchauffement climatique et enjeux politiques des pôles sont au c½ur d’Esthétique des pôles, jusqu’au 7 février au Frac Lorraine, à Metz. D’autres manières de voir la banquise.
49° Nord, 6° Est : c’est la nouvelle position du Pôle Nord, ou du moins de la concentration de ses flux artistiques. C’est avant tout celle du Frac Lorraine, à Metz, où Esthétique des pôles. Le testament des glaces présente jusqu’au 7 février une vision à la fois politique, écologique et artistique de nos banquises.
Sol blanc. Murs blancs. Plafond blanc. Par terre, une aiguille imaginée par Jean-Jacques Dumont cherche le Nord au rythme des secondes. « Elle tourne de manière gentiment dangereuse », note Béatrice Fons, directrice du Frac. Elle tourne, tout comme fond la banquise, symbolisée à l’étage par Tip of the Iceberg, de Marijke van Warmerdam, bloc de glace renouvelé régulièrement. Elle tourne, au milieu du hall, pour qu’« on ait l’impression d’avoir quelque chose dans les jambes », comme une conscience écologique gênant les gestes quotidiens. Une sensation de gêne présente tout au long de l’exposition. Ici, impossible au visiteur d’occulter le propos politique. « Les baleines échouées sont si polluées qu’elles sont incinérées dans des centres réservés aux déchets dangereux », rappelle l’installation de Dominique Auerbacher. Fonte des glaces, pollution… On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.
Poussant à la prise de conscience écologique, Esthétique des pôles explore également la fascination qu’exercent sur nous les pôles et leur immensité blanche. Certains artistes expriment cette magie (Evariste Richer et Dove Allouche avec leurs aurores boréales artificielles), créent des histoires, ou font, comme Julien Lousteau, resurgir celles d’explorateurs. D’autres font tomber l’aura. Ainsi l’Ile de la déception cartographiée par David Renaud, qui montre une île en anse, menant l’aventure dans l’impasse. Darren Almond prend quant à lui à revers l’image idyllique de la pureté en nous plongeant dans la nuit polaire à la lueur d’une lampe infrarouge. Crissements de la neige, noir absolu… Angoisse et exaltation se mêlent.
Dans son exploration atypique, Esthétique des pôles n’oublie pas que la plupart des expéditions polaires se sont terminées en catastrophes. A cause des conditions climatiques, mais aussi du décalage de cultures. C’est ce que rappelle Bertrand Lozay dans La Marche à ne pas suivre, où il part caméra au poing sur la banquise, tout droit, sans but, conduite suicidaire dans ce milieu. « Le premier mot que j’ai appris au Groënland, raconte-t-il, c’est "Imaka" : "peut-être". » Aux Pôles, rien n’est sûr, des durées de trajets à la météo. La dangerosité est là, mais elle est sensée. On traverse les monts pour chasser, se nourrir, se vêtir, alors qu’en Occident, les pôles matérialisent une démarche philosophique, une quête.
Milieu en péril, porteur d’espoirs et de mort, la banquise sert de métaphore du monde. La dernière image de l’exposition, signée Guido van der Werve, est assez emblématique. Intitulée Everything will be alright, elle montre un homme marchant sur la banquise. Dans son sillage, un brise-glace avance, inéluctablement.
>Esthétique des pôles. Le testament des glaces, jusqu’au 7 février au Frac Lorraine, Metz.
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