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COMPTE RENDU
Lumineux éclats de Bernard Heidsieck
Exposition sonore à la Villa Arson
Bernard HEIDSIECK
date de publication : 21/06/2011 // 4427 signes
En complément de la lettre ouverte adressée par Patrick Beurard-Valdoye à Bernard Heidsieck dans le n°60 de Mouvement, évocation en mots et en sons de l’exposition Poésie Action organisée tout récemment par la Villa Arson.
« La poésie sonore, pourquoi ? Je n’en sais rien. Et après tout je m’en fous. C’est comme ça ! Mais ce que je sais, par contre, le ressentant physiquement comme tel, comme une évidence et comme un besoin, c’est que passe ou doit passer à travers elle, la vie, charriée, intense, bourbeuse ou planante. » Bernard Heidsieck (novembre 1975)
Ce fut une grande première. Du 18 février au 22 mai, à l’initiative de son directeur, Eric Mangion, la Villa Arson a consacré une exposition entière à Bernard Heidsieck. Intitulée Poésie Action, cette exposition s’apparentait à un véritable défi : comment, en l’absence du corps du poète lui-même, parvenir à rendre sa parole aussi palpable et jaillissante que lors de ses performances publiques ? Ce défi aux allures de gageure, Eric Mangion a su le relever avec brio, en concevant, avec le concours de Bernard Heidsieck, un dispositif d’une épure presque janséniste et d’une clarté proprement lumineuse – un dispositif auquel les contours labyrinthiques de la Villa Arson conféraient un relief supplémentaire. Ainsi, l’auditeur/visiteur pouvait-il avoir le sentiment de dérouler un imaginaire fil d’Ariane, tendu/bandé sur les (vibrantes) cordes vocales de Bernard Heidsieck, en traversant les 17 salles qui composaient l’exposition et dessinaient un parcours (non chronologique) à travers l’œuvre d’Heidsieck. Dans la quasi-totalité de ces salles en gris et blanc, agencées de manière identique, il n’y avait apparemment rien à voir, du moins rien qui ne vienne perturber l’écoute des pièces sonores diffusées – dont seul un discret cartel, apposé sur un coin de mur, indiquait le titre et la date de création. Surtout, ce qu’il y avait à voir, et en abondance, c’est la lumière qui emplit si intensément le bâtiment et constitue pour le son le plus naturel – et le plus cristallin – des écrins.
Deux salles, toutefois, faisaient exception à la règle, en proposant au(x) regard(s) des vidéos de deux performances : Encoconnage et Vaduz. Empruntant son nom à la capitale du Lichtenstein et semblant pouvoir durer à l’infini (car autour, tout autour de Vaduz, il y a le monde, si vaste, et ceux, si divers et nombreux, qui le peuplent…), Vaduz est l’une des pièces maîtresses d’Heidsieck (1). Aujourd’hui âgé de 82 ans, il a eu l’occasion de l’interpréter en public de nombreuses fois, notamment à Berlin le 16 novembre 1989 – soit quelques jours après la chute du Mur – et au Centre d’art et de littérature de L’Echelle le 28 avril 2007 (cette lecture restant sa dernière en date). Enumération échevelée d’ethnies plus ou moins répertoriées, à laquelle fait irrésistiblement écho le fameux Salut à toi de Bérurier Noir, Vaduz résonne comme une ode tourbillonnante au genre humain. De fait, Bernard Heidsieck n’apparaît pas uniquement comme un (ré)inventeur de la langue, dans la lignée d’un Céline autant que d’un Schwitters, mais aussi, et avant tout, comme un fervent humaniste, ayant toute sa vie durant cherché le meilleur moyen de dialoguer avec ses semblables.
1. L’indispensable maison d’édition Al Dante a publié en 2007 la version intégrale de Vaduz sous la forme d’un livre/CD.
L’exposition Poésie Action a eu lieu à la Villa Arson, à Nice, du 18 février au 22 mai.
Ecoutez quelques extraits en cliquant sur "En écoute" en haut à droite de cette page.
A lire aussi, « L'Adresse à Bernard Heidsieck » dans Mouvement n°60, en kiosque le 23 juin.
Photos :
Vues de l'exposition. Crédit : Villa Arson-Jean Brasille.
Jérôme Provençal |
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