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COMPTE RENDU
Free land
Un festival dédié au free-rock

date de publication : 21/07/2010 // 5206 signes

Autel marin et festivalier, dédié au free-rock et dérivés dans toutes ses incidences, le festival Mimi a sanctifié encore davantage cette année le cadre préservé de son écrin des îles du Frioul. Grâce notamment à un sens de l’ouverture qui a emprunté les chemins intrigants du land art.

Un long caillou posé sur la mer. Quelques milliers de goélands en guise d’hôtes. Et la Méditerranée bleue brillante, qui vient découper les calanques sous un soleil de plomb. Nul doute que si Chateaubriand avait été parmi nous aujourd’hui – et s’il avait aimé les musiques de traverse – il aurait succombé au charme des îles du Frioul et de ce festival véritablement à part qu’est le Mimi.

Ici, à quelques encablures de bateau du Vieux- Port marseillais et de l’effervescence grouillante de la cité phocéenne, le festival porté depuis 24 ans par Ferdinand Richard, l’ancien musicien des cultissimes Etron Fou Leloublan, et son équipe a trouvé un fantastique terrain d’expression. Un îlot de calme et de liberté qui a su supplanter dans la mémoire des habitués les environs de Saint-Martin de Crau et le théâtre antique d’Arles où le festival avait grandi.

L’édition 2010 du MIMI n’a pas dérogé à la règle. Bien au contraire, puisque cette année le festival avait décidé de se fondre encore davantage dans l’environnement naturel qui est le sien. Dès la descente du bateau, le public invité qui a effectué à pied les deux kilomètres jusqu’au site de concerts de l’Hôpital Caroline se voyait proposer un certain nombre d’installations land art. Une manière de rendre à l’île cette capacité d’intégration dont elle a su faire preuve avec le festival sans doute.

Des promenades floues conçues par Mathias Poisson et Manolie Soysouvanh pour des spectateurs chaussés de lunettes plongeant dans l’abstraction les paysages alentours à la Locustream, promenade du laboratoire de recherches sonores Locus Sonus, file de parapluies sonores diffusant en temps réel des streaming de captations, les audios provenant de différents points du globe. Le spectateur se voyait convier à faire fonctionner son imagination en même temps que ses rotules. Un peu plus loin, les éoliennes de Jérôme Abel et Colin Ponthot, couplées au logiciel Pure Data et produisant en permanence et de façon autonome leur synthèse sonore, semblaient rendre hommage à un mistral finalement fort discret. A la nuit tombée, le laser de la harpe étrange de Nicolas Reeves s‘élevait dans le ciel et chassait – plusieurs kilomètres plus haut – les nuages, afin de produire du son. Le ciel dégagé en décida le plus souvent autrement. Même le départ des derniers bateaux, au milieu de la nuit, était accompagné, au-delà du port, de l’autre côté de l’île, par l’installation lumineuse et hypnotique Fenêtre arctique du collectif suisse fabric.

Après un tel balisage sonore, atteindre le site perché au bout de la route de l’Hôpital Caroline avait des allures d’arrivée d’étape. Passées les chemins intermédiaires, on pouvait donc se laisser griser aux plaisirs conviviaux de la scène nocturne labellisée sous d’étranges patronymes comme « nuit anti-plumes » ou « nuit des gratte-ciel qui s’écroulent dans la mer ». En ce qui concerne cette dernière, les fameux « gratte-ciel » incarnés par la présence annoncée de Blixa Bargeld, illustre mentor d’Einstürzende Neubauten, dans le cadre de son duo fantasque avec Alva Noto, en restèrent à l’état d’esquisses. Le duo annula en effet au dernier moment sa venue, installant une déception légitime dans une partie du public. Une défection qui fut comblée au pied levé par une escouade de musiciens marseillais (parmi lesquelles Jean-Marc Montera) venus démontrer le sens du mot solidarité, et surtout par la prestation loufoque et grandiose du couple Double Nelson. Noise et théâtral, le rock de Double Nelson se nourrit autant à l’électro bricolée qu’à l’humour électrique. Et démontre avec outrecuidance qu’on peut être créatif sans céder au rigorisme de la mégalomanie.

La singularité des groupes proposés reste d’ailleurs l’une des marques de fabrique de MIMI. Et dans ce rayon, les meilleures prestations scéniques de cette cuvée 2010 furetèrent dans toutes les alcôves musicales. Qu’il s’agisse de la musique répétitive d’Arnold Dreyblatt, ancien archiviste de LaMonte Young et élève de Pauline Oliveiros et Alvin Lucier, transposée ici dans un trio électrique et krautrock (aux côtés du guitariste Joachim Schültz et du batteur Jörg Hiller), de la réflexion post-exotique du trio Cannibales & Vahinés (renforcé pour l’occasion par les textes et la présence vocale de l’ancien chanteur de The Ex G.W. Sok), ou encore du rock tropicaliste et psychédélique du sémillant trio Zun Zun Egui, le festival démontra que le rock a encore des choses à creuser aux marges de ces incidences free. Avec une tendance à l’ouverture de plus en plus affirmée – au-delà des expériences land art, une soirée entière fût consacrée à l’image, et plus spécifiquement à la performance live audiovisuelle avec la présence des trublions anglais d’Addictive TV -, il est indéniable que le festival MIMI a encore quelques belles traversées devant lui.

>Le festival MIMI du 7 au 14 juillet, sur les îles du Frioul (départ de Marseille)

>Photos : © DR

Laurent Catala
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