COMPTE RENDU Avignon : où sont les artistes ? 64e Festival d’Avignon
date de publication : 21/07/2010 // 4144 signes
Festival In, Off, Contre-courant, débats et rencontres informelles… Dans la fourmilière avignonnaise, les rédacteurs de Mouvement ont repéré pour vous quelques artistes aux démarches singulières ou déroutantes. Découvrez ici un bref tour d’horizon à mi-parcours, et des comptes rendus tout au long du festival sur le blog mouvementavignon.wordpress.com.
Où sont les artistes ? Pas en très grand nombre à la manifestation pour la défense de la culture du 15 juillet, où les organisateurs (CGT spectacles+CFE-CGC+ SYNDEAC+SYNAVI) ont généreusement comptabilisé 2000 participants. Chiffre même pas assez conséquent pour que la police ne trouve nécessaire d’y opposer sa propre comptabilité.
Au bar du In, le soir, gardé par des vigiles, accessible sur présentation d’une contremarque, construisant ainsi un lieu coupé du monde, à rebours de ce que l’on pourrait attendre d’un festival de théâtre. A moins de voir dans ces barrières l’ultime moyen d’édifier la mythique communauté.
Dans les rues, les ruelles, sur les places, dans les venelles et les salles d’Avignon, bataillant sans relâche pour attirer spectateurs et programmateurs, dans un système qui au nom de la liberté justifie la mise en place d’un grand marché dérégulé.
Perdus à Shanghai, théâtre de l’exposition universelle, où Falk Richter envoie les personnages des deux spectacles qu’il présente (1). Shanghai, c’est la métaphore d’un monde où les lois du commerce soumettent la culture. S’y retrouvent fictivement Richter, Nordey, et les personnages isolés et neurasthéniques de Trust. L’auteur allemand brosse les portraits d’hommes et femmes en crise : économique, de couple, de la quarantaine, ne parvenant plus à tisser de liens durables entre eux, effacés par les mouvements fugitifs des flux d’une société mondialisée. L’incapacité à se saisir et à se ressaisir envahit son univers, il y a deux ans si mordant, qui paraît de plus en plus désespéré.
Sur scène, sur les écrans, dans les enceintes, démultipliés, de plus en plus souvent filmés et sonorisés. La banalisation de la technologie infuse régulièrement le théâtre depuis pas mal d’années déjà, multiplie les procédés exploités avec plus ou moins de bonheur. Au moins, n’entend-on plus que rarement des discours dénonçant là un effet de mode. C’est désormais acquis, la représentation de l’homme contemporain passe par la technologie. Acté.
De retour. Après un crochet par l’île de la Barthelasse pour le festival contre-courant, Aude Lachaise réintègre le théâtre de la Condition des soies pour un Marlon, paraît-il, de très bonne qualité (2).
Dans l’air, les bouches et les oreilles. Au festival, on échange ses bons plans, ses coups de c½ur dans les files d’attente, aux terrasses des cafés, sous la tente réfrigérée de la Maison du Off, etc. Et toujours la même difficulté à s’exprimer, à dire la qualité, à partager sans ennuyer, à convaincre sans raser. Accords, désaccords, regards hagards et sourires en coin, plus que ce qui se dit, la manière de parler d’un spectacle trace les frontières entre les cultures, les univers, sépare et réunit les gens. Personnellement, j’ai rencontré une coiffeuse niçoise adepte des spectacles de la Manufacture. Elle vient au Festival chaque année. Sur le chagrin des Ogre (3), elle m’a dit que le spectacle l’avait remuée. J’étais d’accord. _ Et Esse que quelqu’un sait où on peut baiser ce soir ?..., j’ai demandé (4). Elle est partie sans rien ajouter.
> Festival d’Avignon, jusqu’au 27 juillet. Le Off, jusqu’au 31 juillet.
1. My secret garden et Trust de Falk Richter. 2. Marlon d’Aude Lachaise, tous les jours à partir du 22 juillet, au théâtre de la Condition des soies à 10h. 3. Le chagrin des Ogres de Fabrice Murgia, à la Manufacture, tous les jours à 14h40. 4. Esse que quelqu’un sait où on peut baiser ce soir ? J’ai répondu au bois, d’Eric Da Silva, à la Manufacture, tous les jours à 20h05.
> Crédits photos :Papperlapapp de Christoph Marthaler. Photo : Christophe Raynaud de Lage.
A lire d’ores et déjà sur le blog, les comptes rendus de Papperlapapp de Christoph Marthaler, La casa de la fuerza d’Angelica Lidell, Black Monodie de Philippe Ménard et Anne-James Chaton, Macbett de la compagnie des dramaticules, Laurent Sauvage n'est pas une walkyrie de Christophe Fiat…
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