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COMPTE RENDU
A la croisée des chemins
Avec En transit, Panorama 13 expose les travaux des élèves du Fresnoy
date de publication : 06/07/2011 // 6733 signes
Chaque année, Panorama expose le résultat de l'intense activité pédagogique qui réunit au Fresnoy une cinquantaine d'étudiants et une dizaine d'intervenants. Dans ce cadre privilégié de rencontres, d'accompagnement critique et technique, des formes s'expérimentent, des récits se construisent à la croisée du cinéma, de l'installation, de la vidéo et d'une recherche sonore.
En transit. Par ce titre, Bernard Marcadé a clairement énoncé son positionnement de commissaire : il ne s'agit pas ici de faire un choix pour construire une exposition, mais de rendre visible des parcours individuels qui se sont depuis un ou deux ans construits au Fresnoy. L'espace est ponctué par des boîtes fermées en tôle, rappelant l'architecture éphémère des contenaires, affirmant ainsi l'importance d'un lieu où des travaux se mettent en place, se construisent et se finalisent dans l'espace de l'installation ou de la projection. C'est sur les œuvres installées dans l'espace que nous avons choisi de nous arrêter ici.
Un première impression s'affirme rapidement au fil de la visite, celle d'être plongé dans des expérimentations sur la perception optique et sonore. Les recherches techniques permises par des collaborations avec des équipes de recherche universitaires ouvrent des pistes pour des pièces jouant avec les sens des spectateurs. Les dispositifs interactifs mettent le corps et ses déplacements au centre de la réception de l'œuvre, l'engageant dans des expériences troublantes. Avec Monumentum002, Thomas Duquet fait émerger un frisson lumineux d'un cube de diodes, lui communiquant un semblant de vie organique. Jean-Michel Albert et Ashley Fure jouent eux avec le gigantisme d'un ballet de dix-huit cordes qui s'illuminent devant nos yeux, dans des mouvements de rotation libérant des formes optiques captivantes, mélange de vidéoprojection et de diffusion sonore prenant en compte la présence des corps dans l'espace. Le Damassama de Léonore Mercier nous met en situation de chef d'orchestre au centre d'un cercle de bols tibétains libérant des sons lorsque nos mains les désignent. Une pièce qui profite de la proximité avec une installation de Robert Cahen, Le Maître du temps, qui met en scène l'intensité des gestes de Pierre Boulez dirigeant une de ses œuvres, « Mémoriale » (1985). Robert Cahen fait là un très bel hommage à l'intensité de la relation qui lie les gestes du chef d'orchestre à ses musiciens, ici invisibles, et retrouve le regard fasciné du public plongé dans les mouvements de son dos. Le double fantomatique de Christian Rizzo poursuit cette réflexion sur le spectacle vivant : dans l'obscurité du vide, une petite figure vaporeuse se meut, disparaissant à mesure qu'elle laisse la trace de ses mouvements lumineux. Un saisissant portrait de l'insaisissable, éveillant l'émotion tout en s'évanouissant aussitôt.
Derrière une porte munie d'une sonnette, un rendez-vous est donné avec le reflux nostalgique de l'enfance : c'est là que Mathieu Almaric a reconstitué l'appartement de sa professeure de piano à Moscou. Un de ses amis russes a accepté d'y jouer le rôle de gardien et d'y vivre tous les après-midi, résistant vaillamment à un dur enfermement dans le passé simplement rompu par le flux continuel de la télévision et par les images projetées dans les fenêtres qui laissent apercevoir des vues de Moscou aujourd'hui. Mathieu Almaric sort du cadre du cinéma et construit un décor à vivre, transposant l'interactivité du virtuel très présente dans ce Panorama dans le réel de la rencontre. Une manière de participer à une quête collective sur les moyens de faire pénétrer le spectateur dans un imaginaire, de lui transmettre d'autres états perceptifs. On peut, comme Simon Leibovitz-Grzeszcak, solliciter pour cela fumée et assemblages grotesques de sons et projections, en prenant le risque de ne pas en faire émerger autre chose que du divertissement. Alexandre Maubert s'est lui lancé dans une entreprise bien plus convaincante: Monade est une installation vidéo projetée sur deux écrans positionnés dos-à-dos. L'image nous fait parcourir un très grand quartier fermé au nord de Buenos Aires, micro-société où vivent 30 000 personnes dans une protection optimale. La caméra avance dans un travelling le long des routes et chemins qui le traversent, nous immergeant dans une atmosphère méditative qui se rompt lorsqu'un geste de la part du spectateur libère le son de discussions, d'aboiements, ou nous fait entendre le bruit du vent dans les arbres. Pour quelques secondes, on rentre plus intimement dans ce que l'on regarde. Régulièrement, la caméra rencontre un jeune homme qui marche d'un bon pas devant elle, et qui se met à évoquer ses réflexions en voix-off lorsque le spectateur l'invite d'un geste à parler. A mi-parcours de la vidéo (ou en passant de l'autre côté de l'écran), on sort du quartier sécurisé pour se promener entre des habitations anarchiques, sur des routes de terre parsemées de trous et d'objets épars. Là, les visages sont plus nombreux et souriants, la vitalité fait contraste avec l'austérité silencieuse de la société protégée. Alexandre Maubert parvient avec Monade à associer la force immersive de l'interactivité, la puissance d'images aux grandes qualités esthétiques et la pertinence d'un regard sur un monde où l'isolement ne libère pas de paroles. Seul le spectateur a cet étrange pouvoir, isolé dans son cône technologique, à s'immerger par moments dans le réel représenté et à rencontrer par son écoute active le jeune homme qu'Alexandre Maubert a, lui aussi, croisé sur son chemin.
> En transit, Panorama 13, jusqu'au 24 juillet au Fresnoy, Tourcoing.
Crédits photos :
Une : Damassama, Léonore Mercier. Installation, 2011.Courtesy Le Fresnoy © Léonore Mercier.
Article : Monade, Alexandre Maubert. Installation cinéma interactive, 2011.Courtesy Le Fresnoy © Alexandre Maubert.
Mathilde ROMAN |
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Le site du FRESNOY, Studio national des arts contemporains
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COMPTE RENDU Matérialiser l’image
Robert CAHEN
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 28/02/2008 // 4757 signes
La Kunsthaus Baselland consacre une exposition monographique à l’artiste Robert Cahen. Grâce au choix de cinq installations vidéo réalisées entre 1997 et 2007, elle met en évidence un aspect de l'œuvre du vidéaste: la concrétisation de données immatérielles et les saisies, toujours fugitives, de réalités intangibles
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ENTRETIEN L'image dans l'espace
Robert CAHEN
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/09/1998 // 19059 signes
Robert Cahen est un maître du temps. Compositeur de formation, élève de Pierre Schaeffer, Cahen a choisi l'outil vidéo dans les années 70. Compositeur, il l'est toujours, mais l'image est sa partition, son chant, sa plénitude.
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BRÈVE / NOTICE Le vidéaste et les vidéophiles
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 01/01/1998 // 4520 signes
Le succès du Vidéomesnil, en région parisienne, et de Tram'vidéo, à Lyon, atteste de l'intérêt public pour l'art vidéo.
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