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COMPTE RENDU
Les métamorphoses de l'objet
Simon Starling expose en parallèle au Mac/Val et au Parc Saint Léger

date de publication : 26/10/2009 // 5350 signes

Le musée du Mac/Val s’associe au Parc Saint Léger pour présenter le travail de l’artiste anglais Simon Starling (né en 1967) dans l’exposition « Thereherethenthere » (œuvres de 1997-2009) jusqu’au 27 décembre 2009.

Avec Simon Starling, l’histoire et l’histoire de l’art, plus encore est une question de redites. Ses œuvres sont des reprises d’objets ou de pièces méconnues d’icônes de l’art anglais (Henry Moore ou Francis Bacon) que l’artiste se plaît à bricoler et à métamorphoser. Ainsi fait-il de la structure aluminium d’une chaise signée Charles Eames et du cadre de vélo Marin Sausalito des éléments interchangeables. Le produit (Work, Made-Ready, Kunsthalle Bern, 1997) de cette « mutation génétique » opérée de la main de l’artiste inverse la notion de ready-made. Il n’est plus question d’un simple geste artistique mais au contraire d’une réaffirmation de l’empreinte de l’artiste sur l’objet.

Simon Starling pose comme fondement de son travail un principe de recyclage à l’infini à partir des éléments constitutifs de l’objet. D’une cabane Shetboatshef (Mobile Architecture) trouvée sur les rives du Rhin, il fait un radeau qu’il démonte pour reconstruire dans son état initial à la Tate Britain de Londres. Couronnée par le célèbre Turner Prize en 2005, cette œuvre suggère une dérive à l’infini née de la forme première. Dans la série des trois bureaux Three White Desks (2008-2009), trois reproductions du pupitre conçu par Francis Bacon pour l’écrivain australien Patrick White vers 1932, le meuble est le point de départ d’une narration qui lui échappe. Il sert également d’appui à la démonstration finale. Simon Starling rejoue ici les principes d’équivalence de Robert Filliou (1926-1987) « Bien fait, mal fait, pas fait ». Si ce n’est qu’ici tout est faussé d’avance. Les trois artisans auxquels a été commandée cette reproduction du bureau ont travaillé à partir de documents en basse résolution envoyés depuis un téléphone mobile ou par mail. Toutes ces interprétations cultivent l’insatisfaction de Patrick White. C’est rongé de remords, juste après avoir cédé ce meuble aux enchères, qu’il décida d’en commander une réplique à un ébéniste. Mais on s’en doute, aucune reproduction ne pourrait égaler l’original.

A quoi bon se donner tant de mal pour des actions qui ne mènent à rien. ? Pourtant Simon Starling ne semble pas se résigner à ce que « Sometimes doing something leads to nothing » (1997) pour parodier une des œuvres de l’artiste belge Francis Alÿs. Se compliquer la vie, complexifier les activités les plus banales, reproduire de manière analogique le fonctionnement du tout premier ordinateur de 172 octets de mémoire dans le film D1-Z1 (22,686,575 :1) (2009) qui a demandé pour sa réalisation 3992837240 octets d’information, soit 22 millions de fois la mémoire du Z1. Sans doute est-ce une alternative possible au tarissement d’une création enfermée dans les principes de redites et de réappropriations post-duchampien. Seul le déplacement vis-à-vis du réel, ce léger décalage entre la réalité et sa transposition dessine une alternative possible. Pour le philosophe Merleau-Ponty, « la perspective classique est une des manières inventées par l’homme de projeter devant lui le monde perçu et non pas le décalque du monde. » Les œuvres présentées dans l’exposition opèrent ce déplacement vis-à-vis de la réalité, travaillent sur l’écart produit entre une chose réelle et sa traduction ou sa reproduction. Toutefois l’artiste peut-il se contenter de recréer à l’identique un mur de pierres sèches Mirrored Wall Head (2008) ? Que gagne-t-on à ce jeu de vraisemblance entre réalité et simulacre ? Qu’apporte cette mise en abîme perpétuelle entre l’objet original et sa reproduction qui perd en qualité au fur et à mesure de sa déclinaison ? L’histoire du process artistique peut-il devenir en soi prétexte à création artistique ? Son œuvre complexe soulève en effet de nombreuses critiques. Certains lui reprochent son hermétisme, d’autres son élitisme. Chaque œuvre nécessite un décryptage préalable pour accéder à l’histoire qui en est à l’origine. L’art se situe alors dans les marges, à la périphérie de l’objet. Le récit qui lui est attaché prend autant d’importance que l’œuvre elle-même comme dans ce voyage improbable d’une pierre charriée sur plusieurs kilomètres lors de la grande marée de 2008 (Rockraft). A son arrivée à Bristol, la pierre a effectué un autre périple entièrement virtuel cette fois. Ses formes ont été scannées et reproduites à l’identique à l’aide d’une fraise à commande numérique de pointe. Le cheminement intellectuel qui exploite tous les domaines des possibles à partir d’un seul et même objet le rend unique. Simon Starling insuffle ainsi dans des objets déjà morts dans la conscience de chacun, un supplément d’âme.

L’artiste semble se débattre dans une société tournée vers le numérique avec des procédés parfois archaïques. Ses attributions factices, ses possibles métamorphoses inventent d’autres fonctionnalités en déjouant les principes de la machine comme le faisait en son temps Jean Tinguely.

"Thereherethenhere", du 18 septembre au 27 décembre 2009 au Mac/Val, et du 20 septembre au 20 décembre au Centre d'Art du Parc Saint Léger.

Alexandra Fau
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