Mouvement.net
accueil kiosque critiques vrac abonnes ressources liens
critiques
 
 
agrandir la taille de la police réduire la taille de la police imprimer ce document
COMPTE RENDU
Villette Sonique dans tous ses éclats
Un festival riche en surprises

date de publication : 08/06/2010 // 11862 signes

Pour son édition 2010, Villette Sonique avait choisi la voix comme cri de ralliement. Une voie plus consensuelle, qui a offert quelques timbres rares – comme ceux d’Owen Pallett et surtout Diamanda Galas – mais qui n’a pas fait taire le rugissement des expérimentations soniques et décibéliques du festival. Yeah !

Le succès de Villette Sonique est quelque chose qui ne se dément pas. En cinq ans et autant d’éditions, le festival a réussi à s’imposer comme l’un des événements incontournables du calendrier parisien. Utilisant au mieux les espaces extérieurs et intérieurs d’un Parc de la Villette qui prouve par ce biais toute sa pertinence urbanistique et culturelle, il continue d’ouvrir une fantastique passerelle vers les musiques défricheuses, expérimentales, ouvertes, pour un public d’initiés mais aussi et surtout de curieux. Retournez-vous ne serait-ce que cinq ans en arrière et imaginez des groupes tels que Fuck Buttons et Oneida jouant devant plusieurs milliers de personnes pique-niquant ou déambulant dans l’un des espaces publics les plus agréables de la capitale et vous pourrez prendre conscience du chemin parcouru.

Cette prise de conscience, justement, des choix à faire pour amener un festival de « spécialistes » vers le public le plus large possible est véritablement l’un des points essentiels du projet Villette Sonique concocté par Etienne Blanchot et son équipe. Cette année, l’orientation mise en avant reposait indéniablement sur la voix, dont les multiples dimensions – expressives et immersives – trouvaient une résonance toute particulière. Ces dernières années, le spectre vocal a semble-t-il marqué de nouveaux points dans des sphères musicales rock et électroniques où les modes techno mentale et post-rock instrumental avaient partiellement étriqué son espace d’expression. Aujourd’hui, par le truchement d’un mélange stylistique qui fait de plus en plus côtoyer électro, rock et musiques expérimentales dans une mouvance indie débridée, donner le micro à de véritables vocalistes ne fait plus peur. On s’en était déjà aperçu l’an dernier avec la programmation d’Ebony Bones, mais des choix comme ceux de These Are Powers cette année, avec cette chanteuse qui n’hésite pas à citer Sade pour traduire son côté soul quand la musique du groupe évoque davantage The Liars ou This Heat, le confirme encore.

Du coup, il était amusant de constater comment cet impact vocal transparaissait de façon indéniable dans cette large catégorie foisonnante noisy /électro qui a toujours donner le la de la ligne musicale de Villette Sonique. Emmenée par le génial Kevin Martin (The Bug, Techno Animal, Sidewinders, Ice, God, etc.), la performance de King Midas Sound était ainsi très attendue. La nouvelle pépite de la galaxie dubstep et du label Hyperdub de Kode 9 a rendu une copie intéressante, notamment du fait des extravagances soniques, à la limite des musiques industrielles parfois, que Kevin Martin a fait planer au-dessus de la Prairie du Cercle. Mais si le chanteur Roger Robinson a été efficace, la chanteuse japonaise Kiki Hitomi a malheureusement était moins convaincante. Portée par le groupe Programme, la scansion était également à l’affiche et laissait regretter qu’un choix de programmation plus ouvertement spoken word n’ait été également retenu. Le groupe de l’ancien Diabologum Arnaud Michniak a démontré de vrais possibilités dans cet étayage de guitare rock saturée et de bandes sonores suggestives, mais les textes ne semblent pas toujours à la hauteur de l’élan que le duo sait donner à sa musique, notamment dans les moments les plus tendus et triturés. Une critique qui ne risquait pas d’atteindre des groupes comme Wolf Eyes ou Fuck Buttons, où le chant ne se conçoit que hautement trafiqué. Dans ce registre, les premiers, pionniers du harsh-noise le plus convulsif qui soit, mettent désormais davantage en valeur les exactions vocales de Nate Young du fait d’une musique beaucoup plus contenue et introspective qu’à leurs débuts, ce que leur performance a encore démontré. Chez les seconds, il est intéressant de constater que le chant caractéristique du duo Andrew Hung /Benjamin John Power, reste particulièrement agressif alors que l’évolution plus mélodique du groupe entre le fantastique premier album, Street Horrrsing, et le plus récent Tarot Sport, paru également sur ATP Recordings, est indéniable. Certes, il est dorénavant moins utilisé, mais comme leur concert – clôture du festival, excusez du peu – l’a montré, il n’a rien perdu de son action subversive lorsqu’il est subitement déclenché. De façon plus évanescente, il est à noter également la place du chant dans le travail de nappes de Daniel Lopatin alias Oneohtrix Point Never, qui a su éclairer les films subaquatiques de la Géode d’une touche à la fois personnelle et confidentielle. Un chant susurré, noyé dans les circonvolutions ambient, mais que la visualisation de la performance permettait d’apprécier dans toute sa candeur live. Même la désormais traditionnelle soirée électro partenaire, la très ostentatoire We Love Sonique, semblait répercuter cette même préoccupation vocale à travers les programmations de Vitalic ou de Cassius, chez qui l’utilisation de gimmicks vocaux samplés est plutôt habituelle.

Bien entendu, au-delà des configurations vocales dans les registres habituels du festival, l’occasion était aussi donnée, par cette dimension vocale réévaluée, d’ouvrir le festival à des approches moins diamétralement soniques. La folk et la pop se voyait ainsi largement conviées à l’occasion des deux premières soirées. Un choix qui offrit sans conteste de nouvelles perspectives, même s’il est permis de s’interroger sur la préciosité exagérée de la prestation de la néanmoins charmante Joanna Newsom. Dans cette approche plus feutrée, les concerts d’Arto Lindsay, des Young marble Giants et même d’Owen Pallett furent largement plus convainquants. Familier de la no-wave new-yorkaise qu’il a contribué à façonner avec son groupe DNA au début des années 80, Arto Lindsay a depuis longtemps renoué avec ses racines brésiliennes, mais n’en a pas perdu pour autant son goût pour les guitares excentriques. Son live fut un constant combat entre l’approche bossa-lounge jazzy progressive, dicté par son chant et le groupe qui l’accompagnait, et ses interventions électriques radicales et inopinées. Un tel artiste, capable de basculer la noise-music dans un cadre intimiste et sophistiqué est véritablement une bénédiction. Concernant Young Marble Giants, rien ne semble avoir changé depuis la parution de Colossal Youth à l’aube des années 1980 (si, un nouveau frère Moxham est arrivé à la batterie, dans un registre épuré je vous rassure !) et c’est tant mieux. La voix d’Alison Staton est toujours aussi droite dans la pop lo-fi minimaliste et spectrale du groupe gallois, où trônent toujours cette basse entêtante et cette esthétique cold-wave superbement surannée. Chez Owen Pallett, le talent est indéniable. Il confine même parfois à la facilité, tant le musicien, dépossédé de son nom de projet Final Fantasy pour d’évidentes raisons commerciales, semble enfiler les mélodies et les compositions comme d’autres les perles. Cependant, et au-delà de son registre vocal saisissant, il serait curieux de le voir s’éloigner un peu du formatage pop qui est encore trop le sien. Un avis que ses fans les plus ardus ne partageront sans doute pas, mais qu’un artiste si jeune soit capable d’approcher par moments, par la qualité de ses arrangements et de ses textures sonores, l’univers inextricable d’un Scott Walker a de quoi susciter une attente immense. Son concert démontra en tout cas son potentiel à aller dans ce sens.

Au final, la prestation vocale qui libéra le plus de force fut cependant à l’évidence celle de la diva Diamanda Galás. Au-delà de ses qualités vocales exceptionnelles – trois octaves et demi d’amplitude –, c’est l’approche incroyablement universelle – et étrangement accessible – de la chanteuse américaine d’origine grecque pontique qui ne cesse de fasciner. Une fois de plus, Diamanda Galás a prouvé sa capacité à réunir les auditoires les plus bigarrés (allant du corbeau gothique au féru de musique lyrique) dans un concert tournant autour de la thématique des réfugiés. De tout temps, cette volonté de défendre à travers ses partitions les victimes de l’existence (qu’il s’agisse de populations discriminées – homosexuels, malades du sida –, de populations déplacées, et plus symboliquement, ceux qu’on pourrait appeler les poètes et autres artistes maudits, de Baudelaire à Screaming Jay Hawkins) a fait partie de son approche artistique, et le concert de la Grande Halle de La Villette n’a pas dérogé à la tradition. Derrière son chant, successivement suraigu ou très grave, derrière les effets parfois presque assourdissants placés sur son micro, qui lui donnaient un relief supplémentaire, derrière un répertoire toujours aussi polyglotte, tendant même parfois à la glossolalie tant il semblait procéder d’un nouveau langage, inintelligible mais captivant, par instants, Diamanda Galás semblait réincarner les pièces qu’elle avait sélectionnées. Ses interprétations d’Exo Yunanli !/Get Out Greek !, et surtout d’un Lament For Marmara, hommage direct aux réfugiés politiques grecs, furent très fortes, mais le public français fut particulièrement touché par ses deux reprises de Jacques Brel. Amsterdam et surtout Fernand furent effectivement des grands moments d’intensité et de trouble, l’amplitude volubile et magistrale du chanteur belge se retrouvant d’un coup redimensionné dans le tortueux labyrinthe des respirations meurtries de Diamanda Galás. Un délice.

Mais que les puristes soient rassurés. Cette volonté de donner aux registres vocaux une dimension plus marquée dans cette édition 2010 de Villette Sonique n’a pas été pour autant une révolution de palais et, fort heureusement, l’axe guitare/synthétiseurs analogiques a gardé une certaine prévalence. La preuve, certaines des meilleures performances de cette semaine de Villette Sonique en ont été la conséquence directe. La palme de la révélation revient ainsi au duo Blues Control dont l’orientation fuzz supersonique traduisait bien davantage un goût pour le post-blues apocalyptique de Pussy Galore et le psychédélisme folk de la galaxie Ecstatic Peace que pour des intonations vocalisées bien rares. La performance la plus sauvage fut celle des Acid Mother Temple, qu’on ne voit malheureusement pas toujours fournir une telle énergie hardcore. Dopé par la présence du bassiste d’Univers Zéro et par celle du trio italien Stearica (dont le batteur et celui d’Acid Mother temple donnèrent un sacré coup de jeune au très seventies solo de batterie, version double et échange d’instruments à l’appui !), le groupe du guitariste Kawabata Makoto a tout bousculé sur son passage, recueillant – deux guitares cassées et plusieurs acouphènes déclenchées plus loin – une ovation générale. Enfin, mention spéciale pour Manuel Göttsching, ancien membre des pionniers de la space-music que furent Ash Ra Tempel – et dont le concert dans le cadre futuriste de La Géode oscilla sans cesse entre une proto-électronica intemporelle et une trance électrique et rêveuse, où sa guitare fureteuse prit un malin plaisir à réveiller les démons endormis de l’acid-rock le plus tonitruant (de Shamen à System 7) et des musiques répétitives électrifiées (Rhys Chatham en tête !). De quoi rassurer les fidèles cela va sans dire.

>Infos : Festival Villette Sonique du 31 mai au 6 juin 2010 au Parc de la Villette, Paris.

> Photos :
Une : Affiche du festival Villette Sonique
Article : Joanna Newsom, © Annabel Mehran

Laurent Catala
à visiter
Site de Villette Sonique
REPORTAGE / ENQUÊTE
Itinéraires Bis, rayonnement territorial en Côtes d’Armor
date de publication : 09/05/2012 // 15213 signes
Dans les Côtes d’Armor, le festival Objectif 373 donne à voir jusqu’au 17 mai le reflet d’une action culturelle de fond menée à l’année par Itinéraires Bis.
lire la suite
COMPTE RENDU
Le succès d'Emanuel Gat
Emanuel GAT
date de publication : 09/05/2012 // 5050 signes
Grand écart du Ballet national de Marseille au festival helvétique Steps : massacre pour Lucinda Childs, vivacité excitante pour le chorégraphe israélien Emmanuel Gat.
lire la suite
COMPTE RENDU
Quelques dizaines de mètres cube
COMPAGNIE KTHA
date de publication : 09/05/2012 // 4983 signes
Deux spectacles, trois containers. La compagnie Ktha se fond actuellement dans l’espace urbain parisien. Dans Est-ce que le monde sait qu’il me parle ?, pièce écrite en 2009 et Je suis une personne, création 2012, l’espace de représentation est réduit à quelques dizaines de mètres cube. Un théâtre au dispositif déroutant, qui oscille entre intimité et dérision.
lire la suite
ENTRETIEN
« On arrête de se calmer »
Bernard GARNIER
date de publication : 09/05/2012 // 32670 signes
Le collectif Troisième bureau œuvre depuis 12 ans pour faire découvrir les nouvelles dramaturgies d’ici et d’ailleurs, se situant au plus près de ces écritures plurielles qui s’inventent pour dire l’époque. Une invitation à ouvrir nos oreilles autrement.
lire la suite
ÉDITO / CHRONIQUE
Concitoyennes, concitoyens, chères électrices et chers lecteurs…
date de publication : 09/05/2012
Mauvaise nouvelle : le ministère de la Culture continue d’opérer des coupes sombres. Bonne nouvelle : maintenant, nous sommes le ministère de la Culture. Et aussi : le 14 juin, Mouvement tourne la page, change de...
lire la suite
le club
login  
mot de passe
s\'inscrire
s\'inscrire
newsletter
en kiosque
en kiosque
Gagnez des invitations pour les festivals Côté Cour à Pantin, Extension en région parisienne, Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Danse en mai aux Treize Arches de Brive, Les Musiques à Marseille organisé par le GMEM ainsi que Nouvelles à Strasbourg et Sonore à Brest. Au Manège de Reims, le week-end sera WAOUH. A La Gaîté Lyrique, suivez le cycle consacré à Myriam Gourfink. Et toujours, Musique Action près de Nancy au Centre André Malraux

  VOIR LES OFFRES EN DETAIL
"M" Megamix
I:CUBE
Producteur aussi discret que passionnant, I:Cube sort d'un long silence pour publier "M" Megamix, un disque insensé qui...
lire la chronique de ce CD

toutes les chroniques CD de la semaine
culture publique
team network
multimedia

Suivez la programmation des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis et rencontrez les artistesMouvement vous fait gagner des places pour le spectacle de DD Dorvillier le 15 mai à 20h au Forum du Blanc-Mesnil. 

infos abonnement newsletter contacts annonceur liens