Mouvement.net
accueil kiosque critiques vrac abonnes ressources liens
critiques
 
 
agrandir la taille de la police réduire la taille de la police imprimer ce document
ENTRETIEN
Féminin masculin
Rencontre avec MEN, groupe d’électro-punk gay et progressiste
JD SAMSON / Michael O’NEILL

date de publication : 28/03/2011 // 7151 signes

Après avoir agi (et rugi) avec Le Tigre, JD Samson poursuit le combat électro-clash avec son nouveau projet, tout simplement baptisé MEN. Manifeste gay et progressiste, Talk About Body, le premier album du groupe, ne connaît aucune baisse de régime et affirme avec courage ses positions.

Talk About Body, le premier opus de MEN, mêle le punk et l’électro sans peur de l’incohérence ni des conventions génériques – semblable en cela au quotidien des membres du groupe, à commencer par JD Samson, icône queer de la scène alternative. Femme d’apparence volontairement masculine (moustache incluse), la chanteuse et multi instrumentiste proche de Peaches est déjà connue pour son investissement dans Le Tigre aux côtés de Johanna Fateman et Kathleen Hanna. Elle et Michael O’Neill – seul élément masculin du groupe – nous dévoilent les dessous de MEN.


Comment est né MEN ?
JD Samson : « C’est un jeu de chaises musicales… MEN est né de deux projets. D’un côté, il y avait Johanna (Fateman, ndlr) et moi, qui avons créé MEN afin de nous aérer du phénomène du Tigre. De l’autre, le groupe de Michael, Hirsute, qu’il menait avec Ginger Brooks Takahashi. L’artiste et écrivain Emily Roysdon s’y était aussi investie. Cela ne ressemblait pourtant pas à grand-chose, je ne savais même pas si Michael souhaitait réellement en faire un disque…
Michael O’Neill : « Moi non plus !
JD S. : « C’est alors que Johanna est tombée enceinte. Il fallait qu’elle se ménage, ses priorités étaient autres… J’ai donc demandé à Michael de remplacer Johanna, celle-ci continuant à écrire des morceaux, bien sûr. Il a accepté, fort heureusement. Puis Ginger s’est greffée à MEN avant de se consacrer à d’autres choses. Nous avons alors pris une autre musicienne, Tammy, pour notre tournée 2011. Nous ne fonctionnons pas comme un groupe, plutôt comme un collectif : chacun vient avec ce qu’il veut ou ce qu’il peut offrir, et s’en va lorsqu’il le souhaite.


Qui a eu l’idée de ce nom, MEN, que l’on imagine doublé d’un message féministe ?
JD S. : « C’est Johanna, qui aime s’imaginer dans la peau d’un homme, et pouvoir ainsi constater à quel point c’est plus facile. MEN fait évidemment référence à l’inégalité des genres, qui demeure une question toujours aussi cruciale en 2011. Même en musique ! D’où les lettres majuscules…


Talk About Body s’inscrit clairement dans une revendication libertaire, du moins hédoniste...
JD S. : « Il y a définitivement quelque chose qui relève du domaine de la célébration. L’album évoque aussi le stade où nous en sommes actuellement aux Etats-Unis, en tant que peuple et en tant qu’individus. Nous essayons de nous situer dans la revendication, que ce soit par les paroles ou par les mélodies. Ce qui n’est pas si facile en pop music… et j’arrive vite à me battre avec les instruments, à me battre avec la production, pour qu’il n’y ait aucun moment de faiblesse.


Avec un morceau tel que « If You Want Something », et des théories telles que la « newborn gay création », peut-on considérer Talk About Body comme un album emblème du gay power ?
JD S. : « L’album devait avant tout faire résonner un espoir très entraînant et exprimer une vraie lucidité… donc un certain pessimisme ! Cela étant, nous sommes tournés résolument vers le futur. Nous espérons que chaque individu aura bientôt le libre choix d’être un homme, une femme… ou les deux. Et d’élever son enfant en toute confiance.
M. O’N. : « Etant un collectif majoritairement homosexuel, ne pas affirmer un engagement nous aurait privé de cet album. Nous nous serions sentis vides.


JD, vous êtes engagée depuis longtemps…
JD S. : « J’ai toujours rêvé d’un changement profond et pérenne de la société. Je me souviens encore des premières réunions pro-avortement auxquelles je suis allée, et le sentiment qui m’a saisie : celui de vivre avec des gens combattant ensemble pour quelque chose de valable, de juste. J’ai eu le sentiment que cet engagement correspondait exactement à ce que je voulais faire de ma vie. C’est pour cette raison que je n’ai jamais pu évoluer ailleurs que dans un environnement créatif, quel qu’il soit. Je m’y sens forte, pleine de possibilités, mais aussi vulnérable, souvent remise en question. Si l’on est trop sûr(e) de soi, on ne peut plus lutter efficacement… Il doit y avoir une mise en danger intellectuelle dans n’importe quel engagement.


Quand vous parlez d’Orange Juice ou de Gang of Four, vous faites référence aux groupes britanniques ?
JD S. : « En effet, le morceau traite essentiellement de nos influences, aussi éclectiques et étonnantes soient-elles. Nous aimions cette idée que chacun apporte un groupe avec lequel il avait grandi : Orange Juice, Gang of Four, Talking Heads… Quand on écrit un disque, on s’inspire forcément d’autres, alors pourquoi s’en cacher ? Evidemment, notre manager n’a que peu apprécié que nous exhibions à ce point nos influences. Or, nous ne pouvions pas ne pas faire cette déclaration d’amour.
M. O’N : « C’est un combat d’imposer son style, et d’assumer qu’il soit aussi inspiré par d’autres artistes. Mais qu’importe : la récupération, ou du moins la citation, est monnaie courante en art...


De qui pourriez-vous aujourd’hui vous inspirer ?
JD S. : « Chantal Akerman, sans aucune hésitation. Elle sait réaliser des films de dix minutes sans rien, ou presque, au point que le public en est gêné. C’est ce que j’apprécie le plus, c’est ce genre de démarche qui m’influence.


Vos concerts s’apparentent plus à des performances. S’agit-il d’un parti pris artistique ?
JD S. : « Nous obéissons à une philosophie de l’hybridation. Nous sommes des artistes avant d’être des musiciens. Je me suis retrouvée dans l’industrie musicale comme j’aurais pu me retrouver dans un autre type de support artistique. Si l’on prend suffisamment de recul sur sa musique, il paraît évident, voire nécessaire, d’en dégager une autre dimension. Sur scène, nous mettons nos costumes pour nous débarrasser de notre apparence quotidienne, de notre allure urbaine. Et il faut que ce soit chaque soir différent : il n’y a rien de pire qu’un concert trop rôdé. Rien ne doit être trop calibré, préparé… Nous sommes dans l’échange permanent, car il s’agit de ne laisser personne seul.


Dès vos débuts, Peaches vous a parrainé. Vous naviguez dans les mêmes sphères musicales. Quelles sont vos relations avec elle aujourd’hui ?
JD S. : « Depuis le jour où j’ai assuré sa première partie, à Berlin, nous sommes devenues très proches. Elle m’a soutenue en me proposant de tourner avec elle, aujourd’hui on joue aux DJ ensemble… C’est une artiste fascinante, une éponge qui arrive à apprendre de tout et partout. Ensemble, nous parlons souvent de notre principal point commun : notre honnêteté artistique. Nous voulons que nos rêves se réalisent, mais sans faire de compromis. Jamais. »


> MEN, Talk About Body (IAMSound, 2011).


Crédit photo : MEN © D.R.

Sophie Rosemont
à visiter
Le site de MEN
lire aussi
BRÈVE / NOTICE
Foison d’images et de sons
source : Les éditions du mouvement // date de publication : 24/05/2011 // 4731 signes
Du 31 mai au 5 juin, la Gaîté lyrique, à Paris, va vibrer au rythme de Filmer la musique, festival s’attachant à concilier plaisir des yeux et des oreilles par le biais d’une ligne artistique passionnément transversale. Documentaires rares ou inédits, concerts détonants et performances connexes composent le très alléchant menu de cette cinquième édition.
lire la suite
le club
login  
mot de passe
s\'inscrire
s\'inscrire
newsletter
en kiosque
en kiosque
Gagnez des invitations pour les festivals Côté Cour à Pantin, Extension en région parisienne, Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Danse en mai aux Treize Arches de Brive, Les Musiques à Marseille organisé par le GMEM ainsi que Nouvelles à Strasbourg et Sonore à Brest. Au Manège de Reims, le week-end sera WAOUH. A La Gaîté Lyrique, suivez le cycle consacré à Myriam Gourfink. Et toujours, Musique Action près de Nancy au Centre André Malraux

  VOIR LES OFFRES EN DETAIL
"M" Megamix
I:CUBE
Producteur aussi discret que passionnant, I:Cube sort d'un long silence pour publier "M" Megamix, un disque insensé qui...
lire la chronique de ce CD

toutes les chroniques CD de la semaine
culture publique
team network
multimedia

Suivez la programmation des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis et rencontrez les artistesMouvement vous fait gagner des places pour le spectacle de DD Dorvillier le 15 mai à 20h au Forum du Blanc-Mesnil. 

infos abonnement newsletter contacts annonceur liens