 |
 |
 |
 |
|
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
|
 |
 |
COMPTE RENDU
La tragédie manquante
Victoria, à la Friche la Belle de Mai à Marseille
date de publication : 02/02/2010 // 4918 signes
Victoria, pièce écrite par Félix Jousserand et mise en scène par Nathalie Garraud et Olivier Saccomano s’apparente à une tentative audacieuse pour revisiter la tragédie théâtrale et lui donner une forme contemporaine. Mais si les protagonistes trafiquent toujours avec l’horreur, leurs actes n’arrivent plus à nous étonner. Le cynisme aurait-il définitivement remplacé le deinos ?
Avec Victoria, la compagnie Du zieu dans les bleux vient de clore son cycle de recherche sur les formes théâtrales tragiques. Entamé en 2006 par la création d’Ismène (à partir d’Eschyle et Sophocle), ce projet s’est ensuite confronté à l’écriture d’Howard Barker. Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, les deux directeurs artistiques de la compagnie, ont, à cette occasion, proposé l’adaptation d’Ursule, une ½uvre du dramaturge anglais encore inédite en France. Victoria, le troisième et dernier épisode de cette trilogie, nous offre une approche encore plus contemporaine puisque cette pièce a été écrite par Félix Jousserand, considéré comme l’un des auteurs historiques de ce que l’on a depuis appelé la scène slam parisienne. Ce cheminement du tragique grec à une écriture d’aujourd’hui, de la tradition à son actualisation, pose bien évidemment la question de l’épuisement ou non d’un genre théâtral qui est apparu et s’est renouvelé dans des contextes historiques et politiques radicalement différents avec ce que nous vivons aujourd’hui.
La dramaturgie proposée par Félix Jousserand reprend quelques-unes des contraintes de la tragédie classique. La pièce est construite en cinq actes et dès le début la catastrophe est annoncée. Point de suspens. Les protagonistes sont condamnés à assumer leur destin. Les rôles étant écrits d’avance, ce déterminisme renforce la dimension archétypale des personnages. Jusqu’à la caricature parfois. Les détours géographiques (l’action se déroule en Asie Centrale) et historique (l’époque post-soviétique et sa dilution dans le capitalisme planétaire) n’y changent pas grand chose, cette histoire nous apparaît plus proche de la farce que de la tragédie. L’auteur revendique d’ailleurs des emprunts à l’univers du conte et de la féerie. Voici donc le récit d’une enfant de dix-neuf ans qui porte le nom de la bombe-à-cent-mille-mort, « Little Boy ». Présidente d’un improbable pays, elle porte la responsabilité de vendre ou non une tête nucléaire « que l’Histoire a laissée en dépôt à la petite république ». Son entourage, Victoria la conseillère, Gadget la science, le Général Mike et Ivan le Marchand, loin de l’aider à prendre la bonne décision, ne font qu’augmenter sa confusion. Car, bien évidemment, chacun ne défend que ses propres ambitions… Quant au ch½ur, devenu « démocratique », il ne se contente plus de commenter, il participe, lui aussi, à cette vaste entreprise de déstabilisation. N’est-on pas plus proche du Docteur Folamour que de l’impitoyable mécanique tragique ?
Le mélange des genres est typiquement une posture contemporaine. Ici, l’écriture apparaît comme un masque, un leurre, qui explore l’artifice des rapports humains pour mieux dissimuler les nécessités intérieures. Mais du coup, les forces qui animent les protagonistes semblent trop univoques et linéaires. D’autant plus frustrant parfois que la langue est emprunte d’une indéniable musicalité et que les comédiens prennent un malin plaisir à se l’approprier. Les actes de langages s’enchaînent sans qu’il n’y ai jamais rupture de sens. La mise en scène et la scénographie accentuent tous les points de contradictions et de dissensus. Le plateau ressemble un grand loft où les signes de richesses et de pouvoirs s’accumulent et sont autant interchangeables que les espaces de vie. Les figures qui peuplent la pièce, héros comme figurants, avancent à découvert. En fond de scène, une « boîte » semble faire office de sas de décompression. C’est aussi visiblement là que l’Histoire se construit et des images projetées nous rappellent l’épaisseur de l’événement historique et sa capacité à se graver dans notre imaginaire collectif. Par moment, on se croirait presque dans les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard. Mais le cinéaste recompose et réinvente un art dont il ne cesse pourtant d’annoncer la mort, alors que dans Victoria, la destruction est plus effective, définitive. La déflagration est censée tout emporter sur son passage. Pourtant, ce n’est pas l’impression de nihilisme qui domine. Ni l’espoir d’une improbable renaissance. Mais le sentiment d’être face à une impasse. En ce sens, Victoria est une ½uvre profondément désorientante. Bien que spectaculaire, elle évite tout effet de fascination pour, dans la droite ligne du théâtre tragique, problématiser les abyssales contradictions de la nature humaine.
>Victoria a été crée du 19 au 30 janvier et propose un stage à destination d’amateurs et de professionnels, du 25 au 28 février à Marseille au Théâtre Massalia, la Friche la Belle de Mai. Rens : 04 95 04 95 70. Crédits photos: Compagnie du zieu dans les bleux
Fred Kahn |
 |
 |
 |

le site du Théâtre Massalia
|
|
|
 |
 |
|
 |
|
 |
 |
 |
|
|
|
 |
|
|
|
 |
|
 |
|
 |
 |
Gagnez des invitations pour les expositions de Michel François à Villeurbanne et de Thierry Kuntzel-Bill Viola à Lille, les festivals Etrange cargo à Paris, Spring en Basse-Normandie et Danse d’ailleurs à Caen, deux expositions à Nantes et le spectacles de Svetlana Alexievtich à Ivry. Et toujours pour les Rencontres du court à Montpellier, Dorian Rossel à Nantes, de nombreux spectacles à Annecy, le festival 360° à Saint-Brieuc, le concert d’Esma Redzepova à Caen, le festival Archipel à Genève, Allio-Weber, Arkheion à Paris. Victor Slavkine à Chateauroux et Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre à Lausanne.
VOIR LES OFFRES EN DETAIL |
 |
 |
|
 |
|
 |
|
|