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COMPTE RENDU
Voici Gina, the diva
Eugénie Rebetez livre un premier solo époustouflant
date de publication : 26/04/2010 // 3701 signes
Elle a 25 ans et est née dans un petit bled du Jura suisse : Eugénie Rebetez alias Gina. Son one-woman-show du même nom tangue entre le rire et les larmes, entre cabaret et art exquis.
Elle entre à reculons, fesses en premier, comme pour insister sur le fait que ce gros derrière, le sien, n’est pas là pour être caché, mais bien pour être montré, présenté, qu’il faut composer avec. Mais Eugénie Rebetez alias « Gina », accroupie dans la pénombre, n’est pas seulement la « fat diva » qu’elle rappe un peu plus tard. Elle est aussi clown, et enfant, mais quelle enfant ! Le monde entier trouve place dans le regard ébène qu’elle adresse au public à la fin de son one-woman-show, la tête renversée en arrière. Présence pure. Tout au long de ce premier solo, la jeune danseuse et chorégraphe suisse virevolte ainsi entre rire et larmes, entre cabaret et maladresse, guidée par son sens aigu de la composition et du dosage. Gina, c’est une heure de spectacle « at its best ».
Gina cause, danse, chante et fait le pitre. Eugénie, elle, a 25 ans seulement et est née à Mervelier, une commune de 500 âmes à peine dans le Jura suisse. A 15 ans, elle quitte sa famille pour devenir danseuse. Fait ses classes en danse-études en Belgique, puis à l’artEZ, Haute Ecole d’Arts à Arnhem, Hollande. Danseuse acrobate délicieuse dans Öper Öpis de Zimmermann & de Perrot, elle fait parler d’elle depuis quelques mois. Décroche un Prix Premio, prix suisse d’encouragement pour les arts de la scène pour une première version courte de Gina, puis, depuis le mois de mars, tourne partout en Suisse avec la Gina définitive. Bref, une entrée fulgurante dans le monde du spectacle. Gina, elle, laisse les projecteurs de sa pièce s’éteindre sur un bâillement à la fois satisfait et inquiet devant un miroir de loge, cerné d’ampoules.
« Regardez-moi, sinon je n’existe pas, écrit-elle. Je danse pour me sentir vivante. Tous les jours je doute de moi, et de mon métier. Je veux tout faire très bien. Je ne sais pas si j’ai le corps que je devrais avoir mais j’ai appris à aimer mes rondeurs car j’aime l’abondance. » Alors elle meuble l’espace de sa simple présence, une table, une chaise, un sac à main, une trompette et un micro feront l’affaire. Dans sa petite robe noire au ras des genoux et talons aiguilles, elle traverse la scène d’un pas déterminé. Pour soudain chuter, ou fondre dans un rire. Et Gina de s’asseoir, un carnet noir à la main, et de commencer une conversation avec un interlocuteur imaginaire : « Mais voià ! Mais… mais voilà ! », lance-t-elle en mille intonations différentes dans son dialecte d’origine.
Et elle finit de séduire lorsqu’elle se lance dans un solo éperdu sur un air de Norma, chanté par la Callas. C’est que le vilain petit canard se transforme en cygne noir, infiniment plus beau que le cygne commun. Elle s’élance comme pour atteindre les hauteurs de l’art, embrasse l’air et tournoie, empreinte de maladresse mais si gracieuse ! Son corps suit, entraîné semble-t-il aux airs classiques, mais il la lâche tout aussi net pour simple cause de sa silhouette, hors moule. Pourtant, la beauté se niche là, précisément, dans cet instant d’envolée humaine vers l’absolu, brutalement freiné par la force de gravité. Oubliées ses disputes avec l’énorme bande de tissu de rideau noir, ses frasques sur talons, son chant de « je suis la plus nulle, la plus bête ». Ne reste que ce visage ébloui, à la fois si proche et si lointain. Car nous sommes tous comme elle, si imparfaits et si avides d’atteindre l’inatteignable ; humains, quoi.
> Gina, le 30 avril à Saint-Imier, le 2 mai Delémont, le 15 mai Aarau, les 14 et 15 juillet à Neuchâtel.
Photos: Premio Schweiz 2008, Bernhard Fuchs.
Anna Hohler |
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