© Antoine Tempé
Critiques Danse Musique

#PUNK 100%POP *NIGGA

Inaugurant l’an neuf, le temps fort Les Soli à Orléans verse dans le performatif avec un show révolté au titre imprononçable tout droit sorti de la culture web. #PUNK 100%POP *NIGGA, de la chorégraphe New Yorkaise d'origine Zimbabwéenne Nora Chipaumire, voyage aux confins d’une transe musicale et martiale.

Par Nicolas Villodre publié le 25 janv. 2019

Entourée d’artistes de son affection, Shamar Watt, Aleva Ndavogo Jude, David Gagliardi, Atiyyah Khan et quelques invités surprise recrutés sur place, Nora Chipaumire offre un spectacle copieux, constitué de trois sets d’environ une heure chacun. Les deux premiers s’observent comme au milieu d’une piste de danse après mise au placard des fauteuils de l’orchestre, le dernier reprenant le vis-à-vis du théâtre à l’italienne, appelle à moins de participation.

Malgré l’usage du mot punk dans le titre, il ne paraît pas évident que le spectacle le soit tant que cela. Certes, le guitariste a, au bout d’un temps, commencé à saturer le son de ses enluminures mélodiques comme pour s’affranchir des basses ronronnantes et de la rythmique dub ou post-reggae diffusées en boucle. Mais pour le reste, difficile de dire que le show ressort de l’esthétique, de l’esprit ou du look associés à ce mouvement prolétaire blanc apparu outre-Manche pratiquement en même temps que le Hip-hop et le voguing.

 

#punk de Nora Chipaumire

 

Nous avions découvert la personnalité hors du commun de Nora Chipaumire en même temps que le court métrage flamboyant et poétique réalisé par Alla Kovgan et David Hinton, l’un des plus importants cinéastes de danse en Europe, tout simplement intitulé Nora, entièrement tourné en extérieur en Afrique du sud.

Les levers de jambe de la Nora font d’ailleurs penser à ceux d’un Johnny Clegg, compositeur et musicien jadis engagé dans la lutte contre l’apartheid. Les frappes au sol de la danseuse ou stamping rappellent certains pas de danse Zulu. Il faut dire qu’une minorité de cette ethnie peuple le Zimbabwe, l’ancienne colonie britannique de Rhodésie du sud d’où est originaire l’artiste aujourd’hui installée à Brooklyn. Cette région d’Afrique australe, qui vit actuellement des émeutes associées à une sanglante répression, a une tradition guerrière entretenue symboliquement par les danses religieuses et traditionnelles, du Dinhe au Jerusarema en passant par le Muchongoyo.

Après son incursion sur la scène et les rues new-yorkaises, Nora Chipaumire nous a donc été téléportée au centre de l’hexagone, en tenue de jogging noir siglée par trois bandes. Sa gestuelle est martiale et, paradoxalement, élégante. Sa technique et sa qualité de mouvement étaient déjà au point dans le portrait filmique qui date d’un peu plus de dix ans, on la retrouve ici quasiment inchangée, avec l’énergie débordante, sans chichi ni chiqué. Et, on a le loisir de l’observer de près, de la frôler, de humer son parfum au passage.

Il faut dire que Nora Chipaumire n’est plus du tout à l’état brut, bien au contraire : stylisée, sophistiquée, contrôlée. La prestation de la chorégraphe alterne chant, danse et tours de maîtresse de cérémonie comme de meneuse de bal : encouragement, exhortation, excitation du public. Un « concert rageur et festif » pour reprendre l’expression de la directrice du théâtre, Séverine Chevrier. La soirée fut ainsi tout sauf morose : joyeuse, dionysiaque, plaisante. Jusqu’aux limites de la transe.


> #PUNK 100%POP *NIGGA de Nora Chipaumire a été présenté les 18 et 19 janvier au CDNO dans le cadre du festival Les Soli