<i>120 battements par minute</i> de Robin Campillo 120 battements par minute de Robin Campillo © D. R.
Critiques cinéma festival

120 battements par minute

Lauréat du Grand Prix, 120 battements par minute de Robin Campillo incarne la lutte des militants d’Act Up contre le Sida dans les années 1990. Un film documenté, loin de se complaire dans le documentaire. 

Par Nicolas Villodre publié le 29 mai 2017

Le long métrage de Robin Campillo consacré à Act Up, 120 battements par minute, se réfère par son intitulé même au rythme cardiaque et au tempo allant du moderato à l’allegro. Il s’agit d’un film militant très documenté et non du tout d’un documentaire sur les « années Sida » du temps de la génération Mitterrand. Le parti pris fictionnel de Campillo présente des avantages certains mais aussi quelques inconvénients. Nous est en effet livrée une bande de facture académique, transparence par son esthétique, destinée à une diffusion télévisuelle qui ne réunit pas, d’après nous, tous les moyens de son ambition. En termes de production, s’entend.

Les manifestations reconstituées (celle, en particulier de la Gay Pride) rassemblent deux pelés et trois tondus, toujours la même quinzaine d’acteurs et de figurants peuplant le petit amphithéâtre qui fait office de lieu de RH (réunion hebdomadaire) des adhérents de l’association parisienne. Une console de jeu électronique portable, brocantée aux Puces du design et une allusion dans une réplique au prix du loyer estimé en francs suffisent au réalisateur à authentifier les années 1980. Les rôles principaux sont tous impeccablement tenus. La direction d’acteurs est, à cet égard, efficace. Le film a un caractère pédagogique. Il informe sur une période que l’on pensait connaître pour l’avoir vécue de loin. À ce titre, il présente des faits historiques.

Il propose une rapide formation au combat politique, suivant les méthodes préconisées par le fondateur américain de l’association mère, Larry Kramer, illustrée par un échantillon de modes d’intervention médiatiques, y compris en donnant la recette de fabrication maison de « faux sang » destiné à remplir des pochettes qui seront ensuite projetées sur des objectifs précis qu’on veut spectaculairement marquer ou des responsables qu’on cherche à ridiculiser devant les caméras. Cette reconstitution de la lutte contre le Sida et de la défense des personnes atteintes par cette maladie s’accompagne d’une Love story entre deux des militants, l’un en phase terminale, l’autre séronégatif, remarquablement campés par Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois.

Cette affaire sentimentale occupe la deuxième partie du film. Y est alors développée une thématique qu’aucun autre collectif, qu’il soit féministe, écologiste ou prônant la défense des minorités, n’a eu à gérer, celui de la mort imminente d’une partie de ses membres. Avec ce que suppose le quotidien des malades : prises régulières de médicaments, réveils nocturnes à cet effet, hospitalisation, mise sous perfusion, etc. L’affaire du sang contaminé fait d’ailleurs partie d’un débat animé au sein du forum hebdomadaire. La lente dégradation de la santé d’un des deux protagonistes est montrée dans tout son tragique en même temps qu’avec tact. Il faut dire que le film doit beaucoup à l’interprétation.

 

 

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