<i>5es hurlants</i> de Raphaëlle Boitel 5es hurlants de Raphaëlle Boitel © Sophian Ridel

5es Hurlants

Inspirée du ténébrisme de Caravage, la pièce de Raphaëlle Boitel les 5es Hurlants, est présentée tout le mois de juillet à la Scala de Paris. Individuellement virtuoses, les sept interprètes démontrent que c’est dans l’union qu’ils trouvent leur force et dans leurs fragilités qu’ils provoquent le rire.

Par Nicolas Villodre publié le 8 juil. 2019

Dans la famille Boitel, je voudrais la sœur. Raphaëlle est son prénom. Contorsionniste depuis sa tendre enfance par vocation, formée à l’Académie Fratellini, elle évolue comme son frère Camille dans le champ artistique du nouveau cirque. Un domaine où, dès les années 80, se redistribuent les cartes des disciplines, des corps et, pour citer Raphaëlle Boitel, du « rapport à l’agrès ». Après avoir travaillé, entre autres, avec James Thierrée, d’origine et esprit chaplinesque, la jeune femme est passée du statut d’interprète à celui d’auteure de spectacles. De responsable et coupable à part entière : conceptrice, metteuse en scène, chorégraphe et scénographe. Tristan Baudoin l’a aidée dans ses tâches, notamment sur la scénographie et pour la matière immatérielle qu’est la lumière.

Dans les 5es Hurlants, ce dernier apparaît d’ailleurs en plein jour, sur le plateau à ras de sol de la boîte noire, exécutant à vue un programme exigeant une précision mathématique. Une expérience de premier de cordée, un juste dosage des projecteurs permettant aux artistes – Julieta Salz, Salvo Cappello, Alejandro Escobedo, Loïc Leviel, Nicolas Lourdelle – de réaliser leurs prouesses sans être aveuglés. Loïc est fil-de-fériste, en somme funambule ; Alejandro jongle à un moment avec cinq balles et, le reste du temps, avec une seule ; Julieta est experte en cerceau, forcément trapéziste sur les bords infinis du cercle vicieux ; Salvo se raccroche aux branches en se pendant à deux sangles comme sorties de séances sado-masochistes – il s’avère d’autre part, excellent danseur. Clara est novice mais déjà multitâches en matière d'acrobaties. « Ils tirent, ils serrent, ils grimpent, ils volent. raconte Raphaëlle Boitel à leur sujet Ils chutent. Se relèvent. » Sans filets, naturellement.

La réussite du spectacle ne résulte pas, selon nous, de la virtuosité individuelle mais plutôt de la fusion, l’union faisant la force, de tous et de chacun. Les sept mercenaires sont présents sur scène plus d’une heure durant. La poésie naît de l’humour très fin dont ils font preuve, ensemble ou appariés, en saltimbanques et comédiens aguerris des tréteaux – c’est dans la rue où les Boitel firent leurs premiers pas. La chute, selon le philosophe français Henri Bergson, déclenche toujours le rire. Dans le cas présent, c’est le risque de celle-ci, la possibilité du déséquilibre, donc aussi le sens de l’équilibre, qui engendre le sourire du spectateur.


> 5es Hurlants de Raphaëlle Boitel du 4 au 20 juillet à la Scala, Paris