A Hidden Life de Terrence Malick
Critiques cinéma

A Hidden Life

Se méfier des films, comme le dernier en date de Terrence Malick, prétendant illustrer une histoire réelle. Se méfier par la même occasion des longs métrages qui dépassent l'une heure trente - or celui-ci, Une vie cachée, fait quasiment le double.

Par Nicolas Villodre

La notice que l'encyclopédie en ligne consacre au héros caché hommagé par le film, Franz Jägerstätter, incarné à l'écran par l'excellent August Diehl, si elle n'est pas assez précise, nous apprend néanmoins que ce fut Benoît XVI, pape allemand et intellectuel de renom (passé comme toute sa génération par les jeunesses hitlériennes) qui le béatifia en 2007.

 Le fait même que cet irrédentiste eût droit à un jugement (pour être finalement condamné à avoir la tête tranchée) au lieu d'être exécuté sommairement illico presto montre que Hitler, Autrichien de naissance, de fraîche date naturalisé allemand, prenait des gants avec l'Église catholique, religion dominante en Autriche - d'autant que le père de Jägerstätter fut un héros de la Première Guerre mondiale. Axel Corti, l'auteur de Welcome in Vienna (1986), fut le premier, dès 1971, à consacrer une œuvre théâtrale et une émission de télévision, Der Fall Jägerstätter, au futur saint.

Les plus grands auteurs autrichiens, Thomas Bernhard et Elfriede Jelinek en tête, ont clairement montré de quel côté se trouvait l'Église catholique dans les villages alpins comme celui où se situe l'action, après l'accord entre le Führer et le Vatican. L'historiette contée par Malick ne concorde pas vraiment avec l'Histoire tout court, dans la mesure où elle contribue à refouler ou à réviser ce passé. Dans les années 80, le film-fleuve diffusé sous forme de série par la télévision allemande, Heimat, avait décrit la réalité historique d'entre les deux guerres et analysé la notion d'heimat, un attachement nostalgique ambigu à la terre natale.

Paradoxalement, Malick fonde l'esthétique sulpicienne de son film sur cette trouble notion. Tout de la réalité villageoise du bon vieux temps, conservée en son jus ou reconstituée (dans le Tyrol italien et dans les studios de Babelsberg) devient objet de contemplation. D'où un relatif étirement du temps comme du tempo du récit. D'où une série d'images pieuses repeintes en style hyperréaliste, cadrées comme des cartes postales, d'où ces personnages pris en 8K, en gros plan ou bien en grand angle, quitte à être anamorphosés, une fois laissés bord cadre. Le tout, accompagné de musique sacrée. D'où un film à la fois plaisant et complaisant.

 

> A Hidden Life de Terrence Malick, sortie prévue 2019