AKZAK de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux © Laurent Philippe
Critiques Danse Musique

AKZAK

Un percussionniste et douze jeunes danseurs burkinabè, égyptiens, marocains, tunisiens et français unissent leurs forces sur scène dans un concert à contretemps et entraînant. Avec AKZAK, leur dernière création, le tandem de chorégraphes Héla Fattoumi et Éric Lamoureux nous autorise à oublier pour un temps le fracas du monde contemporain.

Par Léa Poiré publié le 30 août 2021

Un virus circule, les corps et les pays européens se referment sur eux-mêmes. Dans cette période, le maintien du spectacle AKZAK relève du miracle. Car sur la scène de la Maison des Arts et de la Culture à Créteil, en région parisienne, la dernière création du tandem Héla Fattoumi et Éric Lamoureux réunit un batteur et 12 danseurs venus d’Égypte, du Burkina Faso, du Maroc, de Tunisie – pays de naissance de Fattoumi – et de France – celui de Lamoureux. Si les danseurs internationaux sont tous présents pour cette représentation ouverte à un parterre rempli de professionnels, c’est qu’ils ont échappé de justesse à la fermeture des frontières françaises et séjourné pour certains à Viadanse, le Centre Chorégraphique National de Belfort que dirige le duo de chorégraphes.

De ces difficultés, la pièce ne souffle aucun signe. Au contraire, sa forme prône une horizontalité entre les individus. Six femmes et six hommes, tous jeunes et vigoureux, habillés de costumes colorés, égalitairement mis en avant, commencent en se présentant chacun à leur tour en quelques gestes, à l’appel de leur prénom par le reste du collectif. Sur un sol jonché de simili sable orangé, leur danse laisse des traces et développe une certaine homogénéité de mouvements, fluides, graciles, accentués et parfois ponctués de réminiscences de sports de combat. Côté geste pur, AKZAK ne révolutionne rien. Une fois encore, là n’est pas le cœur du sujet. La pièce se concentre plutôt sur une fonction essentielle de la danse : amplifier visuellement la musique, ses ondes et vibrations percussives. Car AKZAK, détournement du terme turc « aksak » signifiant « boiteux » ou « à contretemps » et désignant des rythmes irréguliers, est avant tout un concert chorégraphique – dont la B.O. est par ailleurs disponible sur Youtube.

 

 

Les pas sonores des danseurs, assemblées les uns après les autres forment, par accumulation, un morceau rythmique. Une couche de son s’ajoute lorsque le batteur placé à la droite du plateau, Xavier Desandre Navarre, virtuose de la scène Jazz et World, froisse un sac plastique ordinaire amplifié par un micro. Puis, avec tous les éléments de son instrument à disposition il engage son corps entier dans la pulsation. Le batteur-presque-danseur au sourire éclatant finit par rejoindre le reste du groupe qui s’est avancé en demi-cercle, pour nous danser un dernier tube. Armés sans violence de battons colorés, plus ou moins longs pour leur donner des sonorités différentes, leurs souffles puis leurs frappes percussives sur leurs cuisses torses ou bras, remplissent l’espace d’une mélodie aussi entêtante qu’entraînante. AKZAK séduit par sa maîtrise de la puissance conjointe du geste et du son. Ce groupe de treize corps, issus de cinq pays différents, qui fait bloc avec une grande vivacité, nous autorise, le temps d’un spectacle, à voir au-delà des fractures géopolitiques qui régissent les représentations du monde.

 

> AKZAK de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux a été présentée le 10 février à la MAC de Créteil (représentation professionnelle) ; du 14 au 16 septembre au CCN VIADANSE, Belfort ; le 18 septembre au Théâtre Louis-Aragon, Tremblay en France ; le 20 septembre au Festival On Marche dans le cadre de la Biennale de la Danse en Afrique à Marrakech, Maroc ; le 24 septembre à l'Institut Français d'Agadir, Maroc ; le 1er octobre au Théâtre, scène nationale de Mâcon ; le 11 octobre au festival D-Caf au Caire, Égypte ; le 13 octobre à La Bibliothèque à Alexandrie, Égypte ; les 26 et 27 octobre à la Halle aux Grains, scène nationale de Blois ; le 12 novembre au Théâtre Jean Arp, Clamart ; le 16 novembre à La Commanderie, scène nationale de Dole ; les 23 et 24 novembre au Théâtre Nebia, Bienne, Suisse ; le 18 janvier 2022 aux Scènes Vosges à Épinal ; le 22 janvier à l'Espace des Arts scène nationale de Chalon-sur-Saône ; le 26 janvier à L'Atalante à Mitry-Mory ; le 28 janvier au Théâtre Paul Eluard, Bezons ; les 1er et 2 février à Points Communs nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d'Oise ; le 1er mars à Châteauvallon-Liberté scène nationale Ollioules ; le 3 mars au ZEF, scène nationale de Marseille ; le 12 mars à l'Octogone Théâtre de Pully, Suisse ; le 3 mai au Dancing CDCN Dijon Bourgogne Fanche-Comté ; le 6 mai à la Faïencerie, Creil ; le 10 mai à l'Espace Sarah Bernhardt, Goussainville