<i>Andromaque (un amour fou)</i> mes par Matthieu Cruciani Andromaque (un amour fou) mes par Matthieu Cruciani © Nicolas Marie
Critiques Théâtre

Andromaque (un amour fou)

Pour sa dernière création, la Cie The Party a tenté le pari (un peu fou) de mettre en scène la tragédie classique de Racine entrecoupée de scènes inspirées du film L’amour fou de Jacques Rivette sur fond de début de XXIe siècle.

Par Flora Moricet publié le 6 mars 2018

Dans un décor moderne réaliste, Oreste et son confident Pylade font leur apparition en maniant l’alexandrin avec autant de souplesse que leur tenue est décontractée. Le vers racinien cède rapidement la place à un échange dans un parler libre autour de la pièce à monter : Andromaque de Jean Racine. C’est en fait L’amour fou de Jacques Rivette qui est en train de se rejouer ici. Le roi Pyrrhus devient le Sébastien du film, metteur en scène en couple avec sa comédienne Claire, jouant Hermione, et amoureux de celle qui interprète Andromaque. La salle de répétition et la tapisserie florale de la chambre au fond de la scène renvoient directement au long-métrage réalisé à la fin des années 1960. L’alternance des registres surprend mais le dispositif de mise en abîme s’installe et trouve un équilibre judicieux. 

L’amour à sens unique est le drame d’Andromaque, dans le contexte de deux peuples qui se déchirent, les Troyens et les Grecs. En résumé : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui reste fidèle à son mari Hector assassiné par Achille, le père de Pyrrhus. Figure du deuil et de l’exil, Andromaque, incarnée en pure tragédienne par Lamya Regragui, avance sur les ruines de sa patrie défaite – ce qui n’est pas sans effet dans cette majestueuse église du Parvis Saint-Jean où se situe le théâtre Dijon-Bourgogne. Si la multiplication des cris frise parfois la caricature, la performance générale des acteurs emporte l’adhésion. En particulier l’alexandrin gouailleux, incisif et mélancolique d’Oreste campé par Matteo Zimmermann. 

On regrette que la mise en scène pourtant sobre et minimale se soit autant préoccupée de faire du théâtre « contemporain ». Les images vidéos de Stéphane Castang diffusent en simultané des gros plans de personnages visant une nouvelle fois à rappeler Rivette sans ajouter grand chose, sinon un brin de romantisme. Certains accessoires, comme ce néon en forme de « v », paraissent également superflus. Mais la réserve s’en tient là, car face à la fragile combinaison entre théâtre et cinéma de la Nouvelle Vague, le metteur en scène Matthieu Cruciani choisit avec brio de servir le texte de Racine et son interprétation galante. Soutenue par une musique juste, composée en direct par Clément Vercelleto, la dernière création de la Cie The Party finit par absorber le spectateur tout entier dans ces déchirures amoureuses.

 

 

> Andromaque (un amour fou) mes par Matthieu Cruciani a été présentée au Théâtre Dijon-Bourgogne du 30 janvier au 3 février