Arche de Myriam Gourfink, © Laurent Pailler.

Arche

La nouvelle création de Myriam Gourfink, Arche, a été offerte à un public restreint au Générateur de Gentilly dans le cadre du festival Faits d’hiver. Duo soutenu par une B.O. électro-acoustique jouée et mixée live par Kasper T. Toeplitz, cette pièce est essentiellement à base de tact. La délicatesse fait vite oublier la technique.

Par Nicolas Villodre publié le 23 févr. 2021

En un premier temps, tout est symétrique, miroitant, bi-frontal. Aussi bien le musicien Kasper T. Toeplitz, assis devant ses écrans et pupitres, armé de sa prototypique basse, en vis-à-vis de Zak Cammoun, le régisseur qui a remplacé au pied levé le co-compositeur Pierre Alexandre Tremblay retenu à Montréal pour cause de virus, veillant au grain sonore et/ou répondant à ses courriels ; que le public, disposé des deux côtés de l’espace vide destiné à la danse, délimité par trois bandes de PVC immaculé posées à même le sol en ciment ; ou encore que les danseuses (Deborah Lary et Véronique Weil) qui s’observent du plus loin de ce plateau virginal avant de se rapprocher, de se frôler, de se toucher.

La pièce, il faut dire, est essentiellement à base de tact. Les deux jeunes femmes, identiquement vêtues – de débardeurs gris clair et de jeans très élégants, de la même teinte – passent insensiblement de la position debout à des poses reliées entre elles par d’infimes mouvements, de subtils attouchements, de furtifs contacts. Le mot contact étant sans doute trop fort, trop connoté, car associé à la danse contemporaine dite « contact-improvisation ». Ici, peu de pression, et encore moins, dirait-on, d’impondérable. La légèreté, la délicatesse, qui ne sont pas synonymes d’éthéré ou d’évanescent, l’emporte sur toute autre notion largement commentée comme celle de la langueur, de la longueur, de la dilatation temporelle ou de la décomposition gestuelle ou du contraire, l’agrégation, l’organicité, l’assemblage. Le mouvement n’a néanmoins rien de lisse, rien de très poli, rien d’attendu. Le ralenti n’est jamais flou. Il est précisément estimé par les deux actantes qui se connaissent parfaitement mais semblent se découvrir sous nos yeux.

 

 

 

Le regard en effet entre en jeu. En ligne de compte. L’aspect paisible de l’union est contredit par des signes qui ne trompent pas, comme le passage progressif des deux protagonistes à un état second. Les pupilles se dilatent, les prunelles se focalisent sur un point qui nous semble hors du champ, l’émotion à ce stade n’est pas feinte. On oublie la technique, les grands ponts, les déséquilibres permanents, le vocabulaire basique – qu’il soit yogique ou post-labanien. On apprécie la moindre vibration corporelle, la palpitation du souffle, le rougeoiement des joues, l’ébouriffement de la chevelure de ce duo, aussi sensible que sensuel.

 

> Arche de Myriam Gourfink a été présenté les 1er et 2 février au Générateur, Gentilly, dans le cadre du festival Faits d’Hiver. Prochaines dates au festival NEXT 2021