© Ray Flex

Aurélien Richard

Dans le cadre des Nouvelles scènes du Collège des Bernardins, Aurélien Richard nous a présenté deux de ses pièces. Pulse, un solo créé et interprété par lui-même, et Paradis un duo dansé accompagné au piano à queue par l’auteur.

Par Nicolas Villodre

 

Le solo Pulse se déroule au son de l'œuvre du même nom, écrite par Steve Reich en 2015. En plus de faire référence au rythme cardiaque, le titre désigne dans le langage musical l’accent marquant le début de chaque temps, fixant le tempo de tout ou une partie de l’œuvre. Reich avait déjà conçu en 1969 un opus pour instruments mécaniques et informatiques ayant pour titre Pulse Music. Pour être plus complet, on se signalera que le mot a servi de titre à un double-album des Pink Floyd (sans Roger Waters), paru en 1995.

Aurélien Richard a conçu sa variation à partir de la gestuelle du chef d’orchestre. Il n’a du tout cherché de virtuosité particulière propre à la danse, comme on en décèle dans les arabesques mevleviques d’une De Keersmaeker.  Pas plus qu’il n’a souhaité la conduite extrêmement codée ou connotée d’un « maestro » – on pense à un Jerry Lewis annonçant les chorus du big band de Count Basie ou à un Xavier Le Roy se bornant à mimer en silence et en moins bien Simon Rattle dans Le Sacre du printemps. Dans le cas qui nous occupe, le chorégraphe a voulu « écrire un solo pour un musicien non danseur », qui puisse être exécuté sans connaissance technique spéciale. Pulse ne relève pas non plus de l’improvisation ; il nous est apparu structuré dans sa forme, net et précis dans ses plus infimes détails. Par sa durée idéale d’une vingtaine de minutes et sa progression en une série de déplacements inattendus, de manèges et de spirales brisés net, gelés, contrariés, le passage au sol et ses mouvements robotiques aux limites de la transe, le solo dansé est à la fois rigoureux et intense.

Paradis (2017) se présente comme un récital de musique assolé de danse. Cette alternance des deux expressions peut par moments les laisser coïncider sans que jamais l’une ne domine sur l’autre. De façon superbe, Aurélien Richard a interprété sur un Steinway traînant là à tout hasard, une de ses compositions, Paradis, suivie de quatre pages de son affection : La Mort d’Yseult, dans la transcription pour piano de Liszt ; le lied tardif, quasiment impressionniste, de Richard Strauss, Beim Schlafengehen ; Le baiser de l’Enfant-Jésus, la quinzième pièce du cycle de Messiaen et La Danse des ombres heureuses, tirée d’Orphée et Eurydice de Gluck.

Le duo formé par Nina Vallon et Philippe Lebhar a incarné et animé la fresque de Masaccio, Cacciata dei progenitori dall'Eden (Adam et Ève chassés de l'Éden), selon les indications chorégraphiques et dramaturgiques d’Aurélien Richard. Fidèle en cela aux expressions dépeintes par l’artiste de la Renaissance ornant un pilastre de l’église Santa Maria del Carmine de Florence, le couple s’est livré à une séquence doloriste avec force mimiques empruntées aux gargouilles et autres démons de la statuaire romane et gothique. Lui en costume contemporain mais dépoitraillé, elle en tenue de ville, pour partie translucide, en ce premier temps au ralenti, dans une apesanteur biblique. L’extraordinaire, selon nous, est arrivé ensuite, avec la variation inouïe de Nina Vallon, qui a enchaîné les poses les plus acrobatiques avec une aisance étourdissante, sur un tempo... endiablé.

 

> Pulse et Paradis d'Auréien Richard ont été présentés le 3 mai au Collège des Bernardins, dans le cadre du cycle Nouvelles scènes.