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Critiques cinéma

Biarritz Amérique latine

La 28e édition du festival Biarritz Amérique latine qui célèbre les liens ancestraux entre le pays basque et une partie du Nouveau monde vient de s’achever. Sept jours de projections de films, de rencontres littéraires, de concerts, de cours de danse… mais aussi de repas dans les bodegas du village d’artisanat créé de toutes pièces pour l’occasion, face à l’océan, dans les belles salles du casino municipal. 

Par Nicolas Villodre publié le 8 oct. 2019

À l’honneur cette année : la Patagonie. Vaste région à cheval sur l’Argentine et le Chili, raison pour laquelle a été présenté El Botón de nácar (2015) de Patricio Guzmán, primé en son temps à la Berlinale, traitant de l’eau en... Terre de feu et établissant un lien entre l’extermination des Indiens peuplant cet archipel composé de centaines d’îlots et la répression massive des militants politiques sous la dictature de Pinochet. Pour autant, les films qui ont particulièrement retenu notre attention se dégagent de ce thème pour embrasser les traces de la guérilla du Sentier lumineux au Pérou : Canción sin nombre de la Péruvienne Melina León et La Búsqueda de Daniel Lagares et Mariano Agudo.

Le premier hybride les genres cinématographiques avec une grande finesse. En un premier temps, une touche expérimentale, l’auteure formée à New York optant pour le noir et blanc d’antan et ayant décidé d’enchâsser ses prises de vue dans un cadre 16mm aux bords arrondis. Les cadrages décrivent les paysages à la manière du cinéma soviétique des années 1920. Les personnages se perdent dans la brume et les grands espaces. Puis la réalisatrice délaisse le documentaire poétique et le film ethnographique avec d’émouvantes séquences de danses villageoises accompagnées de musiques aigrelettes comme celles de certains ensembles d’Europe centrale au profit d’un récit plus classique, autrement dit joué, bien que les rôles soient, à l’évidence, tenus par des comédiens amateurs.

Elle recentre alors son propos sur de jeunes mariés d’origine indienne, l’homme vivant d’expédients et sa femme, enceinte, vendant des pommes de terre sur un petit marché de Lima. Tout en dénonçant les conditions sociales qui sont le quotidien du couple de paysans obligés d’aller en ville pour vivoter, le film vire au thriller, s’inspirant, nous dit-on, de faits réels, à savoir d’une investigation journalistique ayant permis de démanteler un réseau de trafic d’enfants kidnappés immédiatement après leur accouchement dans des cliniques fantômes. L’époux s’engage dans la guérilla et participe à un attentat gâchant des festivités locales. Cette scène reste obscure pour le spectateur non au fait des pratiques terroristes du Sentier lumineux durant les années de plomb de la décennie 1980.

 

À la recherche des disparus

La Búsqueda de Daniel Lagares et Mariano Agudo a obtenu le prix du public dans la section documentaire. Comme annoncé par le titre, ce beau documentaire en couleur part à la recherche des disparus au sein de la population indienne, toujours au Pérou, après la période de guerre civile laconiquement évoquée par le film précédent, deux décennies marquées par la lutte armée du Sentier lumineux. Cette quête est décrite avec tact et humanité. La survivante d’un village lors d’un des nombreux massacres perpétrés, les uns, par l’armée, les autres, par une guérilla à la « discipline verticale », se voit remettre une plaque commémorant le « processus de violence ». Deux auteurs de récits, le premier ayant fait partie de la guérilla, le second ayant été enrôlé par l’armée, témoignent des faits qu’ils ont vécus et analysent les mécanismes de la terreur.

La première partie du film décrit le long cheminement de l’héroïne, marchant devant sa monture chargée de son paquetage, faisant halte dans divers villages, retrouvant des connaissances et des cousines, obtenant de la sorte des informations sur les circonstances des disparitions, ce, trente ans après les faits. Ces séquences montrent uniquement des personnages féminins. Suit le temps des excavations, de la mise à jour des ossements et des accessoires vestimentaires susceptibles d’aider à identifier les cadavres. En montage alterné, les anciens combattants font part de leurs souvenirs, exprimant avec pudeur doutes et contrition. Enfin, une cérémonie funèbre, des plus joyeuses, en tambours et trompettes, conclut le processus. Avec l’enterrement digne des victimes et, de la part des autorités, la reconnaissance de l’action entreprise par la protagoniste.

 

> Le festival Biarritz Amérique latine a eu lieu du 30 septembre au 6 octobre