Outoungou de Kenji © JNE

Outoungou

Glissé dans la programmation du Break storming, nouveau rendez-vous urbain de L’Espace des arts de Chalon-sur-Saône, Outoungou porte un sous-titre lourd de sens : [sou(f)france]. En combinant sauts périlleux, équilibres précaires, et rituels athlétiques, les hip-hopeurs venus de Mayotte traversent ce territoire par le corps, entre enracinement et dissociation.

Par Nicolas Villodre publié le 8 avr. 2019

Le chorégraphe réunionais Cédric Saïdou - dit Kenji - a choisi de combiner allègrement, et adroitement, danses traditionnelles de l’archipel indien venues de Mayotte et routines connotées « urbaines ». Outoungou sous-titré [sou(f)france] traite, du moins au départ, de la condition humaine dans ce territoire fort éloigné de la métropole. La pièce débute à la manière d’un rituel, accompagnée d’un chant a cappella ; elle se poursuit par des amorces de breakdance, des sauts périlleux, le tout pulsé par des lignes de basse.

Cérémonieusement, les quatre officiants mahorais - Sasuke, Ankif, Seimoune et Yasser - coiffés à la dernière mode footballistique, mêmement vêtus d’un pantalon noir et d’une mini-tunique blanche sans manches brodée de motifs floraux rouges et bruns, font leur entrée l’un après l’autre, de façon hiératique. Ils portent ostensiblement entre leurs mains une panière conique qui ressemble à une mitre ou à une coupe renversée faite de feuilles de bananier tressées par d’habiles mandelières. Cet humble ustensile est, paraît-il, utilisé quotidiennement par les femmes ; il peut être pourvu d’une bandoulière et ainsi porté à l’épaule comme un sac à main où à provisions. Les jeunes athlètes soulèvent leurs fétiches tels des trophées puis les posent soigneusement. Les choses sérieuses – jeux de mains et parties de jambes – peuvent dès lors commencer.

Après une assez longue période d’immobilité sans doute propice à la méditation, les garçons s’animent en chœur, puis démarrent les hostilités. Le plus agile d’entre eux est soulevé. Un frère ou un camarade exécute un saut sans la moindre prise d’élan. Les cabrioles, les roues, les équilibres sur une main ou un avant-bras leur paraissent naturels, habituels. Aux envolées synchrones succèdent les passes et passements des membres inférieurs à ras de terre, les gels de mouvements, les pauses dans les positions les plus inconfortables.

Le meilleur, est gardé pour la fin. L’originalité de Outoungou ne réside pourtant pas dans ce moment d’apothéose tout à fait virtuose, mais plutôt dans le subtil mixage de danses vernaculaires et des passages que nous qualifierons de « contemporains », faute de mieux.


> Outoungou de Kenji a été présenté du 2 au 5 avril dans le cadre de Break storming en Bourgogne