<i>OIlinity</i> de Kat Valastur, OIlinity de Kat Valastur, © D. R.

Brut

Kat Válastur

L’idée de la chorégraphe Kat Válastur était de partir du roman fleuve, somme monument à une mort annoncée – qui plus est inachevé – de Pier-Paolo Pasolini. Et de faire autant que possible de ce Pétrole, paru en Italie en 1992, 17 ans après l’assassinat du poète, un objet ou un acte chorégraphique...

Par Nicolas Villodre publié le 8 juin 2016

Le trio de danseurs formé par Marysia Zimpel, Nitsan Margaliot et Enrico Ticconi, se démène sans compter, un peu moins d’une heure durant, devant deux planches de bois peint dans un style mi-op, mi-figuratif – la structure alvéolée évoquant le nid d’abeille ou la cage à lapins, le feuillage, ramage ou plumage en arrière-plan suggérant l’enfermement d’un volatile de type blanche colombe. Trois monticules de toile obscurs, modestes emballages à la Christo, délimitent le champ de bataille ou le terrain d’opération des jeunes gens. Le grillage hexagonal conçu par Laila Rosato se marie assez bien avec les motifs des treillis de Lidia Sonderegger camouflant le corps des danseurs, tous trois d’emblée en tenue de combat, prêts à en découdre.

La B.O. entêtante, sourde et sombre de Filippos Kavakas contraste avec l’éclairage neutre, franc, objectif de Martin Beeretz. L’atmosphère qui se dégage n’est pas des plus sereines. D’autant que les interprètes paraissent, sinon crispés, du moins tendus ou concentrés. Ils ne se contentent pas de bougeotter sur place (indifférents ou, en tout cas, tournant le dos au public) de débiter des suites gestuelles sans queue ni tête, de saccader de maniaques boucles façon danse de saint Guy – ou chorée de Sydenham. Ils jouent aussi, par endroits, un rôle. Un certain rôle. Et ne rigolent pas vraiment.



Photo : Dorothea Tuch. 

Les uniformes unisexe, plus ou moins seyants, à base de tee-shirt, sweat-shirts pour capucins, legging, chaussettes basses, bermudas et baskets, ne visent pas simplement à remplacer les académiques d’antan. En l’occurrence, ils doivent bien vouloir signifier – symboliser – quelque chose. Par exemple : rappeler que la crise du pétrole – qui coïncide avec la rédaction du prototype d’autofiction « postmoderne » pasolinien – a, par essence (si on peut dire), une dimension géopolitique tangible avec les complexes militaro-industriels et les guerres contemporaines qu’elle a engendrés.

Sans du tout recourir au texte, au récit ou à la voix du poète – on pense ici au déjà légendaire solo Stance II de Catherine Diverrès –, Kat Válastur a eu le mérite de proposer sa lecture du roman de Pasolini à l’aide des moyens expressifs propres à la danse.

 

Oilinity de Kat Valastur a été créé le 7 juin à l’Atelier de Paris (June Events).