© Patrick Berger

BSTRD

Dès les premières mesures, l’interprète et chorégraphe grecque Katerina Andreou nous entraîne dans une balade rythmée qui s’immisce en nous comme une transe. BSTRD, son deuxième solo, galope entre les lignes de la musique, jamais tout à fait avec ni tout à fait à l’encontre.

Par Marie Pons publié le 8 janv. 2019

En voyant Katerina Andreou danser, on a toujours l’impression qu’elle est embarquée en pleine chevauchée. Cela tient à ses mains portées au-devant d’elle comme tenant des rênes, à ses épaules un peu rentrées et à ses petits bonds qui contrastent avec des ruades soudaines et autres sauts d’obstacles imaginaires.

Exigeante compilatrice de mouvements, elle s’engouffre dans une performance aussi physique qu’énergétique nourrie d’un vocabulaire gestuel qui avale à l’évidence d’autres corps, d’autres danses. Ici, elles sont puisées dans le territoire du club et de la house, des références qu’elle tisse avec une aisance assez rare pour être notée.

Au commencement de BSTRD, Katerina Andreou, tout en blanc et cheveux mouillés, descend les gradins d’un pas décidé et grimpe sur un rectangle noir flottant sur praticables surélevés. Là l’attendent une platine, deux enceintes et un vinyle. Une face A et une face B, la proposition est claire : il s’agit d’entrer au corps à corps avec la musique. Dès le diamant posé, sa danse explose à cheval sur un rythme puissant, martelé, tout en roulements de tambour entraînants, comme une nappe rock quasi martiale qui propage vite sa scansion contagieuse. Elle chemine à toute allure sur la pulsation pour mieux faire des pas de côtés. La musique court comme une ligne à haute tension, répétitive et évolutive. Elle électrise la danse alimentée comme un feu que Katerina Andreou entretient, mais dont elle s’affranchit d’un rien : par un sourire qui éclate, une pause comme en suspension, une fumée blanche qui émane lentement du plancher tel un oracle en cours de divination.

 

BSTRD de Katerina Andreou p. Patrik Berger

 

Déjà avec A kind of fierce, son premier solo, la danseuse et chorégraphe jouait sur une ligne de partage non évidente entre intensité énergétique, facéties et acceptation d’une structure. Car ce n’est ni danser contre ni danser avec la musique qui forme le point d’attraction de ce travail, mais tout l’exercice périlleux de sauter entre les lignes afin de créer une palette de nuances possibles. Ici, elle creuse, là elle cherche à chaque instant, en témoigne sa capacité à s’ouvrir sans cesse vers le public, à sonder et absorber. Composition exigeante illuminée par l’impact brut de la musique, BSTRD finit comme elle a commencé : dans une course, une disparition de prestidigitatrice qui sort dans un nuage de fumée blanc. Le calme plane après la tempête et un sas s'ouvre pour reprendre son souffle, avant la prochaine embardée.



> BSTRD de Katerina Andreou a été présenté au festival NEXT au Budascoop de Courtrai le 23 novembre 2018, les 15 et 16 mars au Centre Pompidou à Paris, les 30 et 31 mars au festival Programme Commun à Lausanne, le 6 avril au festival Spring Forward à Vitry-sur-Seine