Butterfly de Mickaël Le Mer © Nathalie Vu Dinh

Butterfly

Présentée au festival Suresnes cités danse, Butterfly, la dernière création de Mickaël Le Mer, est un spectacle réjouissant, rondement mené par un groupe de neuf danseurs tous unis par l’esprit Hip-hop. Chacun y entretient à sa manière le mouvement perpétuel, la métamorphose animale.

Par Nicolas Villodre publié le 30 janv. 2020

Les trois danseuses, Andréa Mondoloni, Naïma Souhaïr et Naoko Tozawa sont gracieuses, mais pas seulement. D'origine japonaise Naoko Tozawa nous a administré, en deuxième partie de soirée, un numéro circassien de haut niveau. Dara You et Bruce Chiefare sont des danseurs polyvalents et expérimentés, ce dernier étant, en outre, passé par le circuit de la danse contemporaine. Noé Chapsal nous a paru tout à fait convaincant au sol, avec ses rotations en toupie et debout, avec de surprenants sauts périlleux. Les deux barbus de la distribution, Wilfried Ebongue et Dylan Gangnant, sont probablement les plus costauds, avec leur mélange détonnant de souplesse et de force. Le numéro inaugural de Maxime Cozic eût pu, eût dû clore les ébats et débats, défiant la gravité par les seuls moyens corporels, sans le recours aux vieux trucs du théâtre à l’ancienne. On pense ici au finale décidé par le chorégraphe, qui exploite le filin pour faire évoluer un danseur quasiment en apesanteur, façon elfe ou sylphide du ballet romantique.

Malgré la scénographie de Guillaume Cousin avec ces cases ou cages à l’arrière-plan ici délimitées par des cordages tombant des cintres - qui se démarque des panneaux miroitants en dur d'Umwelt de Maguy Marin - d’où sortent, tour à tour, les danseurs ; malgré quelques temps faibles ; malgré l’absence d’évolution ou d’approfondissement des motifs – les pas de deux, à peine esquissés, sont esquivés, jamais il n’est fait usage du porté – la pièce fonctionne d’un bout à l’autre. Ce, précisément grâce à sa légèreté, sa simplicité géométrique, son absence de théâtralité. La manie qui consiste à tester l’élasticité et la résistance des t-shirts des danseurs, agaçante à la longue, fait songer aux tirages de maillots de certains footballeurs pratiquant l’anti-jeu. Elle rappelle la règle jadis énoncée par Jean Cocteau, l’auteur du Jeune homme et la mort, selon laquelle un mouvement, pour être perçu comme intentionnel ou chorégraphique, doit être exécuté trois fois : « La première fois, on le voit, la seconde, on le regarde, la troisième, le public le retient. »

Mickaël Le Mer a peut-être voulu ainsi justifier le titre de sa pièce - Butterfly - en évoquant la métamorphose, le changement de peau animalière, le passage de larve à chrysalide puis la mue de celle-ci à lépidoptère. Il faut dire que la Danse du papillon, qui a été l’un des premiers numéros mis au point par la danseuse Loïe Fuller pour ses spectacles aux Folies Bergère à la fin du XIXème siècle, symbolise aussi la danse dans son éphémérité même. En tous les cas, la composition d’ensemble de Butterfly est euphorisante, rythmée par la B.O. électro-acoustique d’Erik Sevret et François Baron. Elle bénéficie en outre des éclairages atmosphériques de Nicolas Tallec qui, pour une fois, n’abusent pas du tout de fumigènes, et créent ce qu’il faut d’expositions ponctuelles valorisant les danseurs, de clair-obscur fusionnant solos et travail choral, contribuant visuellement au perpetuum mobile, le mouvement perpétuel.


> Butterfly de Mickaël Le Mer a été présenté du 24 au 26 janvier au Théâtre André-Malraux, Rueil-Malmaison dans le cadre du festival Suresnes cités danse