<i>Café society</i> de Woody Allen Café society de Woody Allen © D. R.
Critiques cinéma

Café society

Cannes 2016 (2/15)

Nouvelle année, nouvel opus, le prolifique Woody Allen réalise cette année Café Society, une plongée dans le Hollywood des années 1930. Conversation imaginaire sur la croisette. 

Par Nicolas Villodre publié le 22 mai 2016

- C’est un bon Woody Allen !

- Parce qu’il y aurait les bons et les mauvais Woody Allen?

- Disons, que certains sont quand meme plus réussis que d’autres…

- Par rapport à quoi ?

- Aux Woody Allen, tiens !

- Et l’histoire du cinéma, qu’est-ce que tu en fais ?

- Il fait partie de cette histoire ! Depuis les années soixante, et même avant, si l’on compte ses années de scénariste et de gagman.

- Justement, ses films ne sont-ils pas toujours du théâtre filmé?

- Pour la plupart, oui, mais dans celui-ci, la plupart des scènes sont tournées en extérieur. Et les intérieurs ne donnent pas l’impression d’avoir été préfabriqués en studio. On est, disons, plus ou moins, dans le réel. Avec des personnages, sinon quotidiens, du moins plausibles.

- À propos de retour de réel – et de refoulé –, la presse cannoise a largement commenté la mise en boîte d’Allen par le présentateur de la cérémonie d’ouverture, le comédien Laurent Lafitte qui lui a lancé cette vanne : « Ces dernières années, vous avez beaucoup tourné en Europe alors que vous n'êtes même pas condamné pour viol aux États-Unis. »

- Ronan Farrow, fils de Mia Farrow et, selon toute vraisemblance, de Frank Sinatra (les physionomistes débutants auront du mal a reconnaître en lui le moindre trait de Woody Allen), a enfoncé le clou en rappelant dans The Hollywood Reporter les accusations de sa jeune sœur Dylan à l’encontre de son cinéaste de père.

- Ah! cette part maudite qui est en chacun de nous, ou, comme dans cette fiction, à l’intérieur d’une même famille.

- Parlons peu, parlons bien. Je crois en effet qu’on retrouve dans ce film l’humour de Woody, qui va du comique de situation à la répétition et passe par des répliques efficaces et des mots d’auteur quelquefois, il est vrai, un peu attendus. Allen est représenté par le jeune acteur Jesse Eisenberg, un gars de type nerveux.

À la Sarko?

- Oui, mais en rouquin et en sympa.

- Tout aussi pragmatique.

- Certes. Sans grand scrupule, mais sans cynisme.

- La revisitation du Hollywood des années 1930, le Hollywood Babylone de Kenneth Anger, est sans illusion. Rien n’y est tu. L’oncle du protagoniste, agent “artistique”, se trouve, comme par hasard, au centre des manigances et des dictats des studios.

- On reste en famille, comme il se doit, dans une saga issue du Bronx. Mais Hollywood vient de New York, et non l’inverse. Il est donc idiot d’opposer l’usine à rêves à l’industrie de l’entertainment que représente Broadway. L’une n’a cessé d’alimenter l’autre. D’ailleurs, Allen ne déteste pas Los Angeles, simplement il n’aime ni le soleil en permanence ni la dépendance à la bagnole.

- Ce côté incestueux revient tout le temps sur le tapis. Comme dans la bible, il y a une fratrie avec ses Caïn et Abel, un patriarche dépassé par les événements, etc. On y retrouve bien sûr la figure de la mère juive, celle du mari honnête et poltron, le seul intellectuel du lot et le gibier de potence. L’oncle d’Hollywood justifie son attrait pour la tendre jeunesse et on a la nette sensation d’entendre, à travers lui, Woody Allen.

- Qui, jusqu’ici était resté muet sur cette question. Pour moi, la réussite du film vient de la poursuite de la réflexion du vieil homme sur le spectacle en général (à ses débuts, Allen était, artistiquement du moins, quasiment... situationniste) et sur le cinéma en particulier. Il a, comme avant lui Bertolucci et Coppola, fait confiance au chef opérateur Vittorio Storaro qui l’a convaincu de tourner en numérique.

- On échappe à la nostalgia du sépia. Le film est un enchaînement et un enchantement de couleurs franches, aux tons contrastés, une suite de mirages et de compositions picturales nettes et précises, proches de l’onirisme dalinien.

 

Café Society de Woody Allen, sortie française le 11 mai 2016.