<i>Caverne</i> et <i>Cadavre </i>de Makenzy Orcel Caverne et Cadavre de Makenzy Orcel © p. La Contre allée
Critiques poésie

Caverne et cadavre

Caverne est un recueil croisé au hasard de dérives, dans les librairies de Marseille. Son auteur, Makenzy Orcel : une découverte, une rencontre. Critique de deux propositions poétiques et topologiques.

Par Nox publié le 13 juin 2017

Qu'importent les prix littéraires décernés pour ses nombreux romans tels que Les Immortelles (2012), ou L'Ombre animale (2016) – tous deux édités chez Zulma. Il faut savoir consacrer du temps à un huis clos rétrospectif et donner un peu d'attention à ce que dévoile le titre de ce recueil. Deux propositions topologique : celle d'un territoire géographique, Caverne. Et celle d'un territoire corporel qui inclut une déterritorialisation de la mort : Cadavre. Le reste s'entre-choque dans sa lecture, démonstration.            

Makenzy Orcel n'est pas un poète qui gravite autour de mes terrains balisés, ceux où je gratte quelques miettes à cet immense tas – que certain ont fini par nommer Culture. Ce dernier, pour savoir de qui l'on parle, est né à Port-au-Prince en 1983. Sous une couverture rouge et quelques lignes rappelant les lignes de dénivelé des cartes I.G.N : Caverne. Suivi de Cadavre, résonnant dans la ligne des élaborations à huis-clos. Les bras tendus vers les morsures d'un repli-sur-soi qui présume de la gamberge, des réclusions psychologiques, entre 4 murs, là où ceux qui expérimentent l'écriture ont bien trop souvent pris le risque de rompre la corde.

Une poésie funambule qui délivre les manques et les carences que peuvent infliger l'affect lorsqu'il est dans le vif du sujet. Mots, vers et strophes sont agencés dans cette quarantaine de pages, qui donne l'impression d'une rengaine vouée aux vanités des souffrances de l'humain.

La topologie et les suites de ses affects sont, en quelque sorte, celles d'un gouffre sans retour en arrière : Rétrospectives des marques que le corps et la pensée du protagoniste semblent encaisser, jamais elles ne larmoient autour d'un égocentrisme maladroit.

La complainte est esquivée sans que l’on doute une seconde de la ténacité abrupte de cette poésie qui mérite l'efficacité du minimalisme. Le vide autour des mots rend tout aussi bien compte de la violence de ceux encrés sur la page.

La maladresse se trouve là où les failles sont mises à découvert, celles d'une mémoire et d'un isolement qui rappellent les espaces littéraires de solitaire comme Blanchot, la conscience de cette honteuse condition humaine dont Primo Levi nous faisait part il y a quelques décennies.

Ascète ou écrivain qui s'acharne sur les mots ? Quelles significations pour l'agencement de cette littérature, qui déverse sur l’œuvre une sémiologie égocentriste ? Le poids des souvenirs scandés par la phonétique et les impressions de sensibilité, font d'un vers ou d'une strophe autre chose que ce que l'on attend des règles en poésie classique : du style alexandrins et consort. Le déluge n'est pas sens-unique puisque loin d'être à l’abri de ses propres introspections. Le flux de sa poésie est une démonstration de lucidité, qui laisse Orcel face à ce que l'écriture nomme, une fois le processus d'écriture renversé. Le phénomène est sans doute substituable à la finalité que l'on pourrait attribuer à l’œuvre.

Les temps et les rythmiques qu'il met en page ne sont pas disposés aux rallonges qualitatives de quelques adjectifs alléchants. Les enchaînement se veulent prompt, raccord d'une violence qui tire la narration vers son rythme plus que vers la ligne de fond qu'on déterre au fur et à mesure que l'obscurité laisse place à Cadavre. Pour ne pas laisser le lecteur dans un flou séducteur – puisque minimaliste mais à l'impact saisissant – on retrouve à la fin des deux recueils de quoi situer les moments déclencheurs de cette poésie cathartique, pour ce qui tend vers l'hypothèse d'un devenir de la mémoire. 

 

> Caverne et Cadavre de Makenzy Orcel, éditions La Contre-allée