Cellule de Nach © Caroline de Otero

Cellule

Issue du krump, la danseuse et chorégraphe Nach ne se définit pas uniquement par cette danse de rage née dans les quartiers pauvres de Los Angeles. En clair-obscur, son premier et remarqué solo Cellule assemble avec finesse les styles et les forces soi-disant contraires : tension et relâchement, grimace et sourire, survet et sous-vêtement.

Par Nicolas Villodre publié le 23 sept. 2020

À l’issue des trois-quarts d’heure que dure Cellule, croisade en solitaire de Nach au festival Le temps d’aimer la danse à Biarritz, on se pose quelques questions : De quoi s’agit-il ? De quoi s’agite-t-elle ? Et si, pour une fois, on se fiait pour y répondre, à la note d’intention ? Au départ, il y a « une quête de soi », sous la forme d’un « autoportrait à fleur de peau », susceptible de se révéler par la violence du désir et la puissance de celui-ci. À l'arrivée, la danseuse issue de la danse urbaine krump apparaît dans un clair-obscur, accompagnée d’une musique bruitiste, d’un gospel a cappella, d’un monologue dans le style quelque peu suranné d’une « poésie de la résistance », d’images vidéotées fixes et animées, en noir et blanc puis en couleur. Le personnage, authentique ou non - peu importe - est duplice ou, si l’on préfère, ambivalent. Nach accouple les contraires : féminité et masculinité, survêt et sous-vêtement, aboulie et détermination, tension et relâchement, contraction et décontraction, lumière et pénombre, inspiration et expiration, vivacité et ralenti, animation et immobilité, faiblesse et rudesse, grimace et sourire, plaisant et déplaisant, laideur et beauté, habituel et spectaculaire.

Ces contradictions sont montrées par des techniques visuelles ou plutôt audiovisuelles. Un diaporama de photos de reportage est consacré à un camp de migrants. Puis, des suites de mouvements misent sur des effets d’ombres : l’un, étant exécuté en direct, l’autre étant projeté. La protagoniste ainsi se dédouble ou se démultiplie, souffle le chaud et le froid. On pense à ce vieux numéro cabaretier où l’artiste est, littéralement, coupé en deux : homme, côté pile, femme, côté face. Cette schize produit son effet mais n’a rien de vraiment drôle. Chez Nach, la crispation krump contamine jusqu’au sourire qui paraît forcé. L’alternance, on la trouverait plutôt dans la structure de la pièce, composée avec savoir-faire. Malgré des moyens scénographiques limités, la danseuse fait montre de toute sa virtuosité.

Tous les muscles de ce corps ambivalent sont mis en évidence à un moment ou à un autre, éclairés par des tubes de néons disposés verticalement sur des paravents ou fixés aux cintres, ainsi que par des spots de lumière rouge comme ceux d’un labo de photographe, voire des bars de nuit du quartier de Pigalle. Les poses fixes ou à peine animées, mettent en relief l’athlète comme dans une démo culturiste. La séquence d’auto-éclairage à l’aide de la fonction torche d’un smartphone est également réussie et crée une illusion d’optique qui laisse la trace de deux mouvements de nature différente : celui du corps de l’interprète, celui de l’écriture lumineuse dans le cube scénique obscurci. Dès lors, le sourire du “happy end” de l’héroïne se fond très lentement dans la nuit.

 

> Cellule de Nach a été présenté le 13 septembre au festival Le Temps d'aimer la danse à Biarritz. Le 1er octobre au LUX scène nationale de Valence ; le 27 octobre au Théâtre la Colonne à Miramas ; le 29 octobre au Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster à Luxembourg ; le 9 mars à la scène nationale d'Aubusson ; le 26 mars à la Mégisserie scène conventionnée de Saint-Julien ; le 30 mars à l'Empreinte scène nationale de Brive ; le 9 avril à Pôle Sud CDCN de Strasbourg dans le cadre du festival Extradanse