<i>Somos</i> de El Nucleo Somos de El Nucleo © p. Sylvain Frappat
Critiques cirque festival

Cirques dans un écrin

En revers d’Avignon qui bouillonne quelques arrêts de TER plus loin, on goûte ici au temps, on retrouve du silence et l’on découvre de subtiles pépites émergentes. Comme une grande déambulation à ciel ouvert, le Festival de cirque d’Alba-la-Romaine vise juste.

Par Sophie Puig publié le 26 juil. 2017

De la place du village au théâtre antique, le festival, conçu en partenariat étroit avec La Cascade – Pôle national du cirque Ardèche-Rhône-Alpes – se fait écho de spectacles d’une grande qualité, souvent emmenés par une jeunesse circassienne talentueuse.

 

Talents du CNAC

Il est de tradition que le théâtre antique accueille chaque année des circassiens fraîchement diplômés. Cette année, la 27e promotion du CNAC, mise en scène par Alain Reynaud, a offert un spectacle distingué, que l’on voudrait voir rejouer La Grande suite. À la lumière du soleil déclinant, 17 artistes s’inventent un monde imaginaire, palace à ciel ouvert, accompagnés par un orchestre, joué par eux-mêmes. Dans ce spectacle réunissant sangles, mât chinois, mât indien, bascule coréenne et cadre aérien et mains à mains, quelques figures fortes se distinguent, dont Gabi Chitescu et Garance Hubert-Samson, que l’on peut suivre au travers de leur projet personnel Les Quat’fers en l’air et Florian Bessin, Simon Cheype, Antoine Cousty, Hugo Moriceau et Lluna Pi, à la bascule coréenne, désormais organisés sous le nom de Collectif contrebande.

 

Gang juvénile et acrobatique

La nuit a fini de tomber, les chiens sont devenus loups… Après avoir emprunté un chemin taillé à travers roches, la compagnie El Nucleo – emmenée par Wilmer Marquez et Edward Aleman, diplômés de la 22e promotion de l’école du Cnac de Châlons-en-Champagne – nous offre le sensible Somos. De l’obscurité jaillissent des tatamis, comme des briques, et six jeunes hommes. Une lumière jaune, comme une lumière de ville éclaire la scène et des projectiles, des boules de magnésie, fendent l’espace : la pièce s’ouvre en forme de guérilla.  

Quand les danseurs-acrobates évoquent des figures de street fight, l’histoire dans laquelle le spectacle s’ancre au loin : la Colombie des cartels et une jeunesse fougueuse qui cherche (et trouve) le moyen de composer et proposer autre chose, est habilement suggérée. Somos, repose sur un univers masculin qui s’affirme fort, mais ne se défait jamais d’une immense sensibilité. El Nucleo c’est le noyau : à plusieurs on s’émule, on se transforme, on est plus grands. Et de la hauteur, ils en prennent. Aux sens propre et figuré. C’est toute une sensibilité juvénile (jamais brouillonne) qui s’exprime dans ce qui ressemble à une parade rituelle faite de transe et de poésie :  une fougue, une énergie qui fait bloc, en solidarité, avec une grande maturité. Parfois, ces agrippements, ces corps qui tombent, montent et se relèvent, nous attrapent à la gorge. Maturité aussi, avec cette trouvaille, de faire de la langue des signes – hommage à leur ami sourd-muet resté en Colombie – une danse.

 

Incursion dans la fabrique du cirque

Léger démêlé, spectacle porté par le collectif À sens unique revient sur les problématiques inhérentes à la vie d’une troupe et par extension, sur celles de la vie, tout court : des joies, des réussites, des tentatives, drames et prises de risques. Corde, mât chinois, vélo acrobatique, jeux icariens : un groupe se fait et se défait, se porte et se supporte, réussit d’improbables équilibres, rencontre des déséquilibres, compose avec tensions, ruptures et relâches. Tout en simplicité et avec beaucoup de fraîcheur, le collectif nous réconcilie même avec la corde grâce au magnifique numéro d’Hélène Leveau.

 

> Le Festival d'Alba-la-Romaine au eu lieu du 11 au 16 juillet