Clarisse Hahn,  <i>Rancheros 2</i>, Désert Wirikuta, Mexique, de la série "Boyzone" Clarisse Hahn, Rancheros 2, Désert Wirikuta, Mexique, de la série "Boyzone" © Clarisse Hahn. Courtesy de la galerie Jousse Entreprise, Paris et de l’artiste
Critiques arts visuels

Clarisse Hahn

Avec une exposition en dyptique, intitulée Nature, Jungle, Paradis, la vidéaste intègre des images faites par d’autres et observe les dynamiques à l’œuvre dans des groupes d’individus, le tout dans une compréhension sensitive de ce qui fait société.

Par Alain Berland publié le 3 avr. 2018

« Il est toujours difficile de photographier le corps, car avant d’être un objet d’observation, il est une relation inscrite dans l’expérience collective » me disais-je en déambulant dans la nouvelle exposition de Clarisse Hahn au CRP de Douchy-les-Mines. Là, dans les deux espaces qui constituent le centre d’art, d'une des dernières municipalités communistes, sont montrés plusieurs travaux représentatifs des recherches de l'artiste. Le premier, diurne, présente des photographies grands formats accrochées à différentes hauteurs. Celles-ci sont un choix d’images des nombreuses séries composées par Clarisse Hahn mêlées à d’autres, empruntées aux artistes qui ont constitué le très important fonds photographique du CRP, mais aussi à celles conçues par différents amateurs dans le cadre de concours. Parmi les œuvres signées Clarisse Hahn, on distingue celles réalisées par elle-même : des images de presse ou d'anonymes, que l’artiste s’est appropriée, a agrandi généreusement puis parfois coloré. Posée au sol et appuyé contre le pylône central du lieu, s’y ajoute une image gravée dans une pierre sombre de grand format. Il s’agit d’une photo de presse représentant des jeunes hommes qui défient du haut d’un mur, le photographe qui les enregistre. La stèle, rare sculpture de l'artiste, commémore, à la manière des pierres tombales, les multiples drames que les migrants doivent dépasser pour tenter de survivre.

Roland Lacoste, Usinor Trith, Habitations rue Gaston Griolet, Le Poirier. Collection du CRP

Le second espace, tout en longueur n'est éclairé que par la présence des écrans. Sur le plus grand, on observe l'un des plus beaux projets de l'artiste, Los Desnudos, tourné au Mexique en 2012. Il montre la lutte menée par un groupe de femmes qui refuse obstinément d'être dépossédé de sa terre et de se transformer en migrants ou en vendeurs ambulants. L'œuvre enregistre le défilé de protestation et l'entretien de l'artiste (hors écran) avec une des leaders du mouvement. Celle-ci explique qu'après une grève de la faim restée sans effet, les protestataires ont décidé de défiler dénudées dans la joie et avec orchestre. Les deux autres sont des écrans de télévisions qui reposent sur le sol. Ceux-ci diffusent deux fragments sans parole d'une série que Clarisse Hahn déploie depuis ses débuts et qu'elle nomme les Boyzone. Ce travail montre à distance et avec un minimum de mouvements de caméra, des groupes d'hommes qui s'agitent ou patientent en attendant on ne sait quoi ; des corps dans des dispositifs informels qui déchiffrent une réalité sociale plastique et qui mettent à jour les codes d'après lesquels se construisent nos identités.

Clarisse Hahn, Los Desnudos, série « Notre corps est une arme ». p. D.R. 

 

Les œuvres de Clarisse Hahn présentent une réalité sociale immédiatement donnée à l'observation, privilégiant la sensation contre le sens et la spontanéité contre le scénario, elles permettent d'observer les règles qui, dans une culture, déterminent l'apparition et la disparition de situations où les individus peinent à s'affranchir du regard des autres.

 

> Clarisse Hahn, Nature, Jungle, Paradis, jusqu’au 27 mai au CRP Hauts-de-France, Douchy-les-Mines.