© Jean-Louis Fernandez
Critiques Théâtre

Cléopâtre in love

Et si l’ancienne reine d’Égypte, égérie politique et amoureuse, s’adressait à nous aujourd’hui, que nous dirait-elle en tant que femme moderne ? C’est le sujet du nouveau livret de Christophe Fiat, auteur et performeur, qui poursuit son travail sur les figures féminines et les icônes, parfois mal connues.  

Par Aurore Osellame publié le 4 mars 2019

Nouveau théâtre de Montreuil, en fond de scène, un homme assis à une table, derrière un micro, a des allures de conférencier. « Nous avons retrouvé le tombeau de Cléopâtre. L’accès de cet emplacement est rendu impossible par l’existence de sons électromagnétiques. » Dans la peau d’un historien, Christophe Fiat, observe quelques documents, et partage au public auditeur quelques éléments biographiques de la reine de l’Égypte antique.

Côté cour, derrière un voile transparent, paraît la comédienne Judith Henry, enveloppée dans du papier doré métallisé. Un micro sur pied l’attend elle aussi au-devant de la scène. « Dans 2000 ans, les amoureux nous prendrons comme modèle. Dans 2000 ans, nous serons pour eux, deux étoiles dans le ciel ! À qui la faute si nous allons mourir, à qui la faute ? » Plus que jamais vivante, séductrice et amoureuse, la reine s’adresse ici à Marc-Antoine. Se servant comme fil conducteur, du film réalisé par Mankiewicz, et qui l’a remis à la mode, la comédienne enchaîne les anecdotes et réfute les théories qui entourent cette femme stratège, et déjà avant-gardiste en - 40 avant JC.

Résolument moderne, la mise en scène de Christophe Fiat fait déambuler cette Cléopâtre dans un décor minimaliste, au milieu de ventilateurs posés à même le sol, tandis qu’un peu plus loin, un poste de télévision diffuse des diapositives de temples égyptiens. Un canon à confettis éclate, et une pluie de petits papiers dorés tombe sur l’héroïne de péplum. Sur scène, la comédienne qui oscille entre une Elizabeth Taylor fantasmée, et une héroïne plus moderne, change et troque son drapé pour une robe en lamé. Un claquement de doigts pour appeler la musique, et la voilà dansant le twist sur une série de morceaux, ne faisant références qu’à elle. Un peu plus tard, ce sera un Christophe Fiat guitariste, qui accompagnera les mots de la reine égyptienne, leur apportant, sous une lumière pop, une lecture nouvelle.

Alternativement solitaire, gai, agacé, et toujours tourmentée par son propre mythe, le soliloque de Judith Henry/Cléopâtre s’apparente parfois à du stand-up, par sa fraîcheur, sa façon de se mouvoir, ainsi que ses interactions avec le public, nous, spectateurs du futur, qui interrogeons sans cesse son image et son histoire. Ainsi, et sans jamais vraiment interagir, le duo va construire et déconstruire, tout au long de la pièce, les légendes qui entourent Cléopâtre à travers le temps, et tenter de modifier avec légèreté, féminisme et humour, l’image qu’on a d’elle aujourd’hui.

 

> Cléopâtre in love de Christophe Fiat a été créé du 30 janvier au 22 février au Nouveau Théâtre de Montreuil