Coexistence de Rocio Berenguer © Hector di Napoli
Critiques Danse Performance

Coexistence

Que se passera t-il après l'Anthropocène, cette ère où l'écosystème Terre est menacé par l'activité humaine ? Au Centre des Arts d'Enghien-les-Bains, l'artiste Rocio Berenguer planche sur la question. Sans jamais nous faire la morale, sa performance théâtrale et dansée d'anticipation Coexistence lance le tout premier « G5 inter-espèces ».

Par Belinda Mathieu publié le 18 oct. 2019

 

Derrière un pupitre transparent, se tient une femme légèrement éclairée. Sur l’écran derrière elle, des images d’espèces animales et végétales se succèdent frénétiquement. Son visage anguleux, ses cheveux, blonds platine, courts et rangés sur un côté rappellent l'allure androgyne de l’actrice Tilda Swinton. Son débit de parole, ses gestes millimétrés sont scandés selon un rythme robotique, rapide, presque futuriste. Cette femme c’est Rocio Berenguer, artiste transdisciplinaire espagnole, adepte des rapports entre « dramaturgie des corps et des nouveaux médias », nous dit la feuille de salle.

 

Après l’Anthropocène ?

« Je fais une minute de silence pour toutes les espèces disparues », lance Rocio Berenguer. À l’heure où la biodiversité est en danger, au même titre que notre survie sur la Terre, cette question résonne particulièrement sur le plateau sombre. Comment enrayer le recul progressif des ressources qui nous permettent la vie sur notre planète ? À cette question, la dramaturge répond : « peut-on imaginer un monde où l’humain n’est plus au centre ? »

Pour matérialiser cette réflexion, elle imagine alors un G5 inter-espèces, où les différents règnes - animal, végétal, minéral, humain et machine – sont amenés à négocier des conditions de vie plus égalitaires sur Terre. On découvre seulement les prémices du sommet dans cette performance, concentrée autour du dialogue, parfois comique, d’une humaine et de l’intelligence artificielle, entités complémentaires malgré quelques désaccords.

Sur scène, se succèdent des individus de différentes espèces, plus atypiques les uns que les autres. Un « individu machine », qui  revendique sa volonté de s’émanciper de l’humain et son refus d’être utile. Puis, on croise un « individu végétal » qui profite de sa tribune pour faire la promotion de son album et esquisser quelques pas de danse aux allures hip-hop. Enfin on écoute le poème amoureux d’un « individu minéral », qui, par l’intermédiaire des canaux de transmissions de la machine, déclare sa flamme à la planète Vénus. Une invitation à sortir d’une vision anthropocentrique du monde, qui nous propose de mieux considérer les formes d’intelligence autres qu’humaines, dont la science commence à peine à pointer les spécificités. 

Cette série de digressions poétiques piquées d’humour est portée avec virtuosité par Rocio Berenguer, seule interprète sur scène. À cela, s’ajoute une mise en scène soignée, renforcée par une iconographie singulière - comme les symboles géométriques qui désignent chaque espèce – et d’images de synthèses tantôt stylisées et magnétiques, tantôt sorties toutes droit des années 90. La metteuse en scène déploie son univers fascinant, qui avec humour et sans moralisme, nous invite à reconsidérer notre place et notre impact sur Terre.

 

> Coexistence de Rocio Berenguer a été présenté le 8 octobre au Centre des Arts d’Enghien les Bains ; le 3 novembre à l'Espace Louis Aragon, Ollainville dans le cadre du festival la science de l’art ; le 3 décembre au Théâtre de la Reine Blanche à Paris dans le cadre du festival la science de l’art ; le 15 décembre au Théâtre intercommunal d'Etampes dans le cadre du festival la science de l’art ; le 14 mai au Cube, Issy-les-Moulineaux 

> G5 de Rocio Berenguer le 9 février au 104, Paris dans le cadre de la biennale des arts numériques NEMO ; les 11 et 12 février à l'Hexagone scène nationale de Meylan à Grenoble dans le cadre de la Biennale Expérimenta