Vincent Garanger, <i>Docteur Camiski ou l’esprit du sexe</i> - épisode 1 Vincent Garanger, Docteur Camiski ou l’esprit du sexe - épisode 1, © Jean-Louis Fernandez.
Critiques festival

Coït interrompu

Si le sexe fait vendre, il peut aussi rendre malade. Quoi de mieux, donc, pour parler de sexe qu’un sexologue ? C’est le pari de Docteur Camisky ou l'esprit du sexe, feuilleton théâtral lancé par la Comédie de Valence lors du festival Ambivalence(s).

Par Eric Demey publié le 27 mai 2014

 

Ce feuilleton théâtral comptera huit épisodes. Lancé par le CDR de Vire, en collaboration avec les CDN de Colmar, Montluçon, Poitiers, et Saint-Étienne, il verra chaque artiste directeur de lieu ajouter la saison prochaine la mise en scène d’un épisode au numéro zéro concocté pour Ambivalence(s) par Richard Brunel. De leur côté, quatre mains, deux plumes, et pas des moindres, font avancer le script de ce feuilleton théâtral basé autour du docteur Camisky, sexologue de son état : un homme et une femme – Fabrice Melquiot et Pauline Sales  –  qui se sont en outre adjoints les conseils d'une sexologue et thérapeute de couple, Michèle Boiron.

Depuis quelques années, le théâtre essaye de s’inspirer du succès des séries télévisées pour inventer de nouvelles formes théâtrales. Nicolas Kerszenbaum avait monté un séduisant S.O.D.A qui a malheureusement fort peu tourné. Au Nouveau théâtre de Montreuil, Mathieu Bauer a lancé Une Faille, un feuilleton dont le personnage principal est la ville de Montreuil, et après avoir assuré la mise en scène de ses premiers épisodes, a passé la main pour une mise en scène tournante assumée en ce moment par Pauline Bureau, qui par le passé a pu déstabiliser. 

Teaser de S.O.D.A de Nicolas Kerszenbaum :

 

Plus facile, lorsqu’on dirige une structure de faire vivre ce dispositif sériel. Peut-être encore davantage lorsqu’on s'associe entre  artistes dirigeant des structures. C’est en tout cas le pari du Docteur Camisky qui, outre son intérêt théâtral, offrira aussi l’occasion d’expérimenter d’une nouvelle manière la pertinence de ce format de la série au théâtre.

La thématique du sexe pourrait contribuer au succès de la chose, comme elle le fit par exemple à la télé pour le désormais célèbre Sex and the City. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’édition de ce festival Ambivalence(s) consacrée à la ville et à la chair s’intitulait «  (no) sex, (no) city ». Avant que de pénétrer  le cabinet du docteur Camisky, nous aurons d’ailleurs visité les  zones érogènes de Valence guidé en cela par deux Marion, Aubert et Guerreiro. Leur compagnie Tire pas la nappe a imaginé un système de rendez-vous qu’elles ont déjà promenés à Brest, Saint-Etienne, Sarrebrück mais aussi San Francisco. Le principe ? Une intervention rapide dans une ville suivant des rendez-vous donnés par la puissance invitante à la compagnie. Marion Aubert écrit, Marion Guerreiro photographie et met en scène. Et au terme de ces journées où la création du texte relaie en direct la découverte de la ville, la compagnie monte un spectacle avec des amateurs locaux autour du thème porté par ces rendez-vous. 

A Valence, Richard Brunel avait donc choisi comme sujet les zones érogènes de la ville. Vite fait, bien fait, le spectacle nous entraînait dans un magasin de lingerie, à la sortie des lycées, dans les zones interlopes du bord de Rhône quand soudain une comédienne se retrouva le doigt coupé !

Moment de flottement, de trouble. Evanouissement feint ? Une impro ?! Quelle théâtralité ! Puis on évacue la salle et on appelle les pompiers.

Étonnement et inquiétude. Aujourd’hui, on est rassuré. Le doigt de Capucine Ducastelle est sauf. Il nécessite certes une opération, mais pourra encore saisir, gratter, s’enfoncer, tapoter, tripoter…

Premier coït interrompu. Direction le cabinet du docteur Kaminsky où attend Yann Delay, chanteur français qui vient de vendre un million de disques, et qui couche avec qui il veut grâce à sa notoriété. Malheureusement, depuis peu, il a un problème : il ne parvient plus à bander. Eric Massé qui interprète la pop star a le physique de l’emploi. Beau gosse bien bâti, il en rajoute peut-être un peu dans le côté odieux excité sous coco. Face à lui, le docteur Camisky impassible, interprété par Vincent Garanger, paraît maîtriser son sujet, mais l’édifice de sa vie commence à se lézarder avec l’irruption de la pop star.

Deuxième coït interrompu. 45mn, c’est le format standard d’un épisode de cette série. Si bien qu’on reste sur sa faim, un peu frustré, avec le désir d’en savoir plus. C’est le principe des séries. Des fils sont lancés. Derrière l’impénétrable sexologue se cache un homme qui pourrait réserver bien des surprises. Quelques réserves également : ce premier épisode prend son temps. Un huis-clos entre le docteur et le chanteur auquel succède un récit onirique mêlant concert et burlesque.  C’est tout. Comme dans Io e lui de Moravia, Delay parle à son sexe, qui lui répond. C’est assez drôle mais pour ce qui est de l’entrelacement des histoires qui fait le charme de bien des séries télé, le personnage du Docteur Camisky est encore mince.

A suivre. Le programme annonce « Camisky et une religieuse (trop) comblée par Dieu » pour l'épisode 2. « Camisky et un instituteur contraint à la chasteté et ouvert au coup de foudre » pour le 3. Les interlocuteurs du docteur changeront. Mais c'est certainement dans la capacité à créer à ce sexologue une histoire propre que se jouera – en partie – la réussite de cette série.

«  I'm so excited »  par The Pointer Sisters :

 

L'excitation monte à Valence

A la Comédie nous attend ensuite le groupe de Girl Next Door. Sur des textes écrits par Lancelot Hamelin, auteur associé à la Comédie de Valence, et avec quelques membres de la compagnie des hommes approximatifs, dont, au chant, Caroline Guiela N’Guyen, justement révélée comme metteur en scène avec Elle brûle cette saison. Dans ce groupe créé en 2013, on retrouve également Pierric Plathier qui jouait le rôle de l’amant d’Emma, et côté chant, quatre chanteuses toutes également comédiennes. Quelques refrains canailles  entêtants et rigolos, des reprises réussies comme celle d’I’m so excited des Pointer Sisters, une guest star Richard Brunel qui fait valoir son bel organe, et au premier plan des chanteuses une Caroline Arrouas enceinte, hilarante aux intonations surprenantes et  maîtrisées  délivrent le plaisir que depuis notre arrivée à Valence on sentait monter.

Retour à l’hôtel.

Coït interrompu. Ici. Par liquidation...judiciaire.

 

Dans le cadre du festival Ambivalence(s) de la Comédie de Valence ont eu lieu : 

De l'infra-ordinnaire à l'extraordinnaire, de Marion Aubert et Marion Guerrero, du 22 au 24 mai. 

Docteur Camisky ou l'esprit du sexe, de Pauline Sales et Fabrice Melquiot, du 23 au 27 mai. 

Peut-être une nuit (psaumes électro-érotiques), de Lancelot Hamelin et les GirlNextDoor, du 22 au 17 mai.