couverture de <i>Midi-Minuit Fantastique Vol. 1</i> couverture de Midi-Minuit Fantastique Vol. 1 © D.R.
Critiques cinéma Livre

De l’autre côté du fantastique

Cinquante-trois ans après le dernier numéro de la revue, une intégrale augmentée revient sur l’histoire de Midi-Minuit Fantastique. En attendant les trois suivants, ce premier volume, très beau, offre une fascinante plongée dans le cinéma fantastique des sixties.

Par Maxime Delcourt publié le 15 mai 2014

 

Au cours des années 1960, il existait en marge des films de la Nouvelle vague de Godard ou de Truffaut quelques genres cinématographiques méconnus, voire méprisés : le fantastique, l’horreur et l’érotique. Que ces genres soient restés un moment dans les sous-sols des salles de cinéma francophones ne leur a pas empêché d’avoir une influence palpable sur quelques cinéphiles. En particulier sur Michel Caen, Jean Boullet, Alain Le Bris et Jean-Claude Romer qui, lors d’une rencontre dans la libraire parisienne Le Minotaure, ont l’idée de créer une revue pour transmettre ces œuvres et cet état d’esprit. Empruntant son nom à une mythique salle de cinéma située alors rue du Faubourg-Poissonnière à Paris, Midi-Minuit Fantastique tirait en effet le portrait de ce cinéma clandestin, offrant ainsi à la France un équivalent à Famous Monsters of Filmland, une publication américaine toutefois moins critique et nettement moins analytique et descriptive.

De juin 1962 à 1971, 24 numéros, édités par Eric Losfeld (directeur de la librairie Le Terrain Vague et éditeur de Positif, dont le format fut identique à celui de Midi-Minuit Fantastique) ont été publiés. Tous suscitent aujourd’hui un véritable culte de la part des amateurs de monstres étranges et d’érotisme vintage. Au point d’accoucher, 43 ans plus tard, d’une intégrale en quatre volume, dont le premier, sorti il y a un mois chez Rouge Profond, restitue non seulement une époque, mais aussi et surtout une iconographie mythique, une passion pour les films avec Barbara Steele, Béla Lugosi et Peter Cushing, et une qualité d’écriture évidente - Michel Caen, Jean Boullet, Francis Lacassin, Jacques Sternberg étaient à la rédaction.

Un parti pris esthétique et éditorial

Se plonger dans les pages de ce Midi-Minuit Fantastique Vol.1, dirigé par Michel Caen et Nicolas Stanzick (journaliste et auteur du seul ouvrage français entièrement consacré à la Hammer Films), c’est donc l’occasion de (re)découvrir les films mythiques de ce premier âge d’or du cinéma fantastique, mais aussi ceux que la revue a soutenu et défendu : King Kong, La Chasse du Comte de Zaroff, Le Voleur de Bagdad, La Nuit du Loup-Garou (auquel la revue consacra sa première couverture, reprise ici en couleur pour illustrer ce premier volume) et Dracula, qui fera d’ailleurs l’objet d’un double numéro en janvier 1963.

Au gré de ces 670 pages, parfois un peu confuses il faut bien l’avouer, l’on se réjouit également de trouver toute une sélection de photographies rares, de textes inédits ou cultes (les poèmes de Boris Vian publiés dans le second numéro en 1962, la lettre de Christopher Lee…) d’œuvres hétéroclites, entre épouvantes et érotismes – n’oublions pas que la revue était également reconnue pour ses photographies osées -, et de dossiers éblouissants de profondeurs et d’analyses : alors que le grand public et la critique se limitaient à l’époque à Dracula et à Frankenstein, Midi-Minuit Fantastique proposait en effet des thématiques sur les vamps du cinéma fantastique, sur l’érotisme et l’épouvante dans le cinéma anglais ou encore sur la filmographie de Terrence Fisher (réalisateur, entre autres, de Les Etrangleurs de Bombay, Les Deux Visages du Docteur Jekyll et de L’Homme Qui Trompait La Mort).

Fruit d’un travail de plus de dix ans, Midi-Minuit Fantastique Vol. 1 dessine ainsi page après page les contours d’une idéologie et donne irrémédiablement envie de se plonger dans les prochains volumes, dont le quatrième rééditera dans leur intégralité deux numéros jamais publiés. Quant on sait que ces publications devaient vraisemblablement traiter du mythe de Frankenstein, du maquillage dans les films d’horreurs ou encore de l’essor du cinéma fantastique au Japon et au Mexique, l’on peut d’ores et déjà trépiner d’impatience.

Nicolas Stanzick et Michel Caen, Midi-Minuit Fantastique Vol. 1, éditions Rouge profond, Paris, mars 2014, 672 pages, 58 €.