Ca ira (1) fin de Louis, de Joël Pommerat © Elisabeth Carecchio.
Critiques Théâtre

Ca ira (1) Fin de Louis (Joël Pommerat)

Joël Pommerat

Tournée : 

Du 13 au 16 octobre au Théâtre national de Toulouse

du 4 au 29 novembre au Théâtre Nanterre-Amandiers 

les 3 et 4 décembre à l’Apostrophe, Cergy-Pontoise 

les 10 et 11 décembre au Volcan, Le Havre

du 8 au 18 janvier au TNP, Villeurbanne (avec Les célestins, Lyon)

les 3 et 4 février à l'Espace Malraux, Chambéry

du 9 au 11 février à Bonlieu, Scène nationale d'Annecy

les 18 et 19 février à la Ferme du Buisson, Marne-la-Vallée

du 3 au 6 mars à la Mostra internacional de Teatro, Sao Paulo, Brésil

du 16 au 19 mars au Centre national des arts d'Ottawa, Canada

les 22 et 23 avril au Théâtre de la ville, Luxembourg

du 28 au 30 avril à la Filature, Mulhouse

du 10 au 14 mai au Théâtre du nord, Lille

du 18 au 27 mai à la MC2, Grenoble 

 

Lire la critique "Débats révolutionnaires"

 

Par Lucie Combes publié le 5 nov. 2015

 

DÉBATS RÉVOLUTIONNAIRES 

Ça ira (1) Fin de Louis est la première partie d'une épopée sur la Révolution française. Loin des reconstitutions historiques, Joël Pommerat opère ici une plongée dans la langue politique et questionne les ressorts de l'action individuelle et collective.

 

Août 1786, un ministre présente au Roi Louis XVI un projet de réforme des finances et ouvre ainsi un débat qui mènera à la réunion des États généraux de 1789. Ainsi démarre Ça ira (1) Fin de Louis, sauf que le roi et ses conseillers, réunis autour de la table, portent cravates, costumes et tailleurs ; et hormis Louis XVI et Marie-Antoinette, aucune des grandes figures de la Révolution n'est directement mentionnée. Pas de transposition historique, le metteur en scène fait vivre l'événement au présent. Comme à son habitude, Joël Pommerat crée un plateau sur lequel évoluent, à la lisière du réalisme, des personnages sculptés par la lumière dont les voix sont amplifiées par des micros HF. L'atmosphère est moins intime que dans ses pièces précédentes et les personnages, habituellement plutôt chuchotants, se font hurleurs, vociférant pour tenir leur place dans ces joutes verbales. Les quatorze acteurs qui jonglent entre les rôles, passent de la scène à la salle comme les parlementaires de la tribune à leur siège. Ils lancent des invectives, s'insurgent, puis descendent prendre la parole au micro. Le dispositif frontal –  va-et-vient de personnages entre la scène et la salle, débats lancés au milieu des spectateurs – crée un espace propice à l'immersion du public dans le chahut des assemblées politiques. Ces derniers se trouvent progressivement pris dans le jeu des positionnements idéologiques, vibrant de la violence des échanges. Certain-e-s se surprennent même à opiner, s'offusquer ou applaudir le discours de député-e-s en verve. Si une grande place est laissée à l'humour, c'est bien une attention critique qui est sollicitée à l'écoute des propos énoncés, des notions discutées et des discours bien huilés.

 

Ça ira (1) Fin de Louis, de Joël Pommerat. Photos de répétition, août 2015, Nanterre Amandiers. p. Elisabeth Carecchio.

Le fait que nous n'ayons accès qu'aux espaces des débats du tiers état, des conseils du roi, de ses élocutions publiques et non aux baïllonnettes, nous place dans la réflexion idéologique et questionne l'articulation des idées aux actes et des événements aux décisions politiques dans l'effervescence d'un moment historique. La prise de la Bastille est ainsi portée à la connaissance du public comme elle le fût au tiers état : par un messager parisien venu à Versailles. Nous ne voyons rien des affrontements mais entendons les discussions préalables aux décisions politiques. Pas de Mirabeau, ni de Robespierre, ce sont des corps anonymes qui portent les idées des icônes de la Révolution de sorte que notre imaginaire ne soit pas ramené aux livres d'Histoire mais que le verbe soit bien le cœur de la pièce. Le texte est un concentré d'idées et soulève des questionnements atemporels dans une langue qui flotte habilement entre les époques. Doit-on agir dans la légalité ou la légitimité ? Faut-il préférer l'ordre et la paix à la justice et la liberté ? Faut-il laisser de côté les discussions sur les fondamentaux que sont l'égalité, la liberté, le droit ou le bonheur, pour répondre à l'urgence de l'événement, aux émeutes et à la faim ? Doit-on accepter d'agir au sein d'un système inique, au risque de se compromettre, plutôt que de le combattre ? Au cœur des débats, la parole d'un député se détache pour dire le poids de l'euphorie générale, les influences des bons rhéteurs, la rapidité des décisions, la difficulté de prendre du recul, les tiraillements liés à la responsabilité politique et la fatigue. Quels sont les moteurs réels de la décision puis de l'action ? Les camps s'opposent des arguments sans âge et des adresses personnelles cent fois entendues à l'hémicycle.

En campant les événements révolutionnaires entre les époques et les décollant de leur imagerie, Joël Pommerat parvient à rendre intelligible la complexité des enjeux démocratiques et de la mise en action des individus. Il fait ressortir les tensions, entre la peur d'être touché par la violence, l'euphorie de l'action politique, l'émulation des idées, la confrontation des valeurs et le jeu des dynamiques collectives. C'est une pièce où s'éprouve le pouvoir du discours, l'importance des mots et qui résonne ainsi violemment à nos oreilles contemporaines trop remplies de langues creuses.

 

Ça ira (1) la fin de Louis de Joël Pommerat a été créé le 16 septembre à Mons (capitale de la culture 2015). 

Tournée : du 13 au 16 octobre au Théâtre national de Toulouse; du 4 au 29 novembre au Théâtre Nanterre-Amandiers ; les 3 et 4 décembre à l’Apostrophe, Cergy-Pontoise ; les 10 et 11 décembre au Volcan, Le Havre, du 8 au 18 janvier au TNP, Villeurbanne (avec Les célestins, Lyon); les 3 et 4 février à l'Espace Malraux, Chambéry; du 9 au 11 février à Bonlieu, Scène nationale d'Annecy; les 18 et 19 février à la Ferme du Buisson, Marne-la-Vallée; du 3 au 6 mars à la Mostra internacional de Teatro, Sao Paulo, Brésil; du 16 au 19 mars au Centre national des arts d'Ottawa, Canada; les 22 et 23 avril au Théâtre de la ville, Luxembourg; du 28 au 30 avril à la Filature, Mulhouse; du 10 au 14 mai au Théâtre du nord, Lille, du 18 au 27 mai à la MC2, Grenoble.