<i>The Last Tree</i> de Shola Amoo The Last Tree de Shola Amoo © D. R.
Critiques cinéma festival

Dinard film festival 2019

Entre une jeunesse en crise et les spectres bien réels des guerres passées, la programmation du 30e festival du film britannique de Dinard a été dominée par le réalisateur légendaire Mike Leigh et sa fresque historique sur la répression d’une révolte paysanne à Manchester.

Par Nicolas Villodre publié le 3 oct. 2019

Une fois encore, nous avons été davantage épaté par les films hors compétition que par ceux inscrits en rouge sur le planning. L’exception qui confirme la règle étant The Keeper qui, malgré quelque longueur, a été distingué par le jury présidé par Sandrine Bonnaire. Ainsi, VS. d’Ed Lilly, qui a obtenu le prix du scénario eût pu prétendre, selon nous, à celui de l’invraisemblance – l’acteur principal, ancien boxeur et rappeur occasionnel, Connor Swindells, faisant bien plus vieux que l’âge de son personnage (23 ans, ce qui est assez avancé pour incarner un ado pris en charge par une famille d’accueil), aussi mature que la comédienne qui joue sa mère, Emily Taaffe (de douze ans son aînée). Only You de Harry Wootliff a été à juste titre récompensé par le prix de la critique. Il eût mérité celui du scénario, une bluette qui vire assez vite au documentaire sur la fécondation in vitro, traité du point de vue de la femme – la réalisatrice, malgré son prénom ambigu, étant du sexe anciennement qualifié de... faible. L’image est un peu brouillonne, ce qui n’est pas plus dérangeant que ça, compte tenu du sujet abordé. La B.O. est enjolivée de chansons espagnoles, l’héroïne ayant, comme on dit, des origines.

 

The Keeper de Marcus Rosenmüller
 

The Last Tree de Shola Amoo dans le genre récurrent du film sur la jeunesse en crise, est quasiment un remake de Blackboard Jungle (1955) de Richard Brooks, qui était situé dans un quartier pauvre de la grande pomme. Ici, la banlieue déshéritée est londonienne, avec ses barres de HLM et sa population pluriethnique – le jeune homme, en l’occurrence, est d’origine nigériane. Une longue séquence de retour au pays ne permet au héros de retrouver son père biologique, devenu un riche tartuffe vivant dans un palais doré, mais de se réconcilier avec sa jeune mère. Cordelia d’Adrian Shergold, film « de genre », en l’espèce, un thriller, ne parvient pas à trouver une porte de sortie acceptable et, de ce fait, joue le coup de l’œuvre ouverte. Dommage, car la bande ne manque pas d’intérêt. Elle est, qui plus est, très bien interprétée, par le chanteur-acteur Johnny Flynn et par la comédienne Antonia Campbell-Hughes, qui campe à la fois le personnage principal et sa sœur jumelle. Official Secrets de Gavin Hood, le film d’ouverture, dénonce l’alliance entre Bush Jr et Tony Blair lesquels, c’est maintenant avéré, mentirent à leur population respective et au monde entier afin de déclencher l’intervention militaire en Irak en 2003 – guerre qui, à défaut d’avoir été évitée par la lanceuse d’alerte Katharine Gun et feu notre président Chirac et son premier ministre Villepin, continue à avoir les effets désastreux qu’on connaît au Proche Orient. Le film-dossier est réussi, extrêmement bien interprété, en particulier par une Keira Knightley en pleine maturité et un Ralph Fiennes aux petits oignons.

 

 

Peterloo de Mike Leigh

Coproduction germano-britannique oblige, la question de la culpabilité historique du peuple allemand et de son armée est posée avec insistance – et redondance : jusqu’à prolonger l’opus d’une demi-heure environ – dans le film primé par le jury comme par le public, The Keeper de Marcus Rosenmüller. La reconstitution de la fin de la Seconde guerre mondiale, telle que vécue outre-Manche et des années 1950 est sans faille. Le film est brillant dans toute sa première partie, traitée sous forme de comédie. Il s’obscurcit avec les flashes back du gardien de but au moment du penalty mais pas seulement, travaillé par le remords qu’est la question juive. L’épisode est basé sur le récit d’un goal célèbre de Manchester, s’égrène au son du swing, du boogie woogie et du chant celte. Il est finement interprété. Peterloo, fresque historique signée Mike Leigh, reste aussi à Manchester, où eut lieu en 1819 la répression sanglante d’une manifestation pacifique paysanne et ouvrière contre la misère découlant des Corn Laws (qui favorisaient les grands propriétaires), exigeant le droit de vote et une juste représentation parlementaire. Comme dans l’excellent film hors compétition, Mr Jones, d’Agneszka Holland déjà programmé à la Berlinale et Official Secrets supra cité, le très long métrage de Leigh met en évidence la fonction de la presse, qui est ou fut non seulement témoin de son temps mais qui, deux siècles plus tard, fournit suffisamment de grain... à moudre aux documentalistes de films.

 

> Le Dinard Film Festival a eu lieu du 25 au 29 septembre