<i>School of Moon</i> d'Eric Minh Cuong Castaing, School of Moon d'Eric Minh Cuong Castaing, © Marc Da Cunha Lopez.

École du 3ème type

Eric Minh Cuong Castaing

L’équipage de School of moon d’Eric Minh Cuong Castaing branche l’enfance sur le courant du rêve et de la post-humanité en faisant danser de concert hommes et robots.  

Par Audrey Chazelle

Alunissage d’une nouvelle population sur le plateau du KLAP, après celui du Ballet National de Marseille. La compagnie Shonen, autour d’Eric Minh Cuong Castaing, croque au plateau le dessein de nos enfants. Les « ères de jeu »  s'animent de réalisme et d’anticipation, de traditions et de symbolisme, à la manière d'un conte philosophique.

Les tableaux vivants, comme des « vignettes rupestres », font le lien entre un système d'existence et un mode de représentation, entre la science et l’art. Le récit est porté par cette esthétique hybride qui influe sur les comportements de l'acteur, autant que sur les perceptions du spectateur. Danse classique, danse robotique, lumière lunaire et son complexe : le chorégraphe Castaing, les compositeurs Alexandre Bouvier et Grégoire Simon, et Sébastien Lefèvre à la lumière, travaillent leur savoir-faire avec une technique d'orfèvre, modulant en direct les éléments de fabrication de l'œuvre.

Photo : D.R. 

Les danseurs sont immergés dans un dispositif d'expérimentation, composé de capteurs et de signaux, qui conditionne une confiance et une attention réciproque. Sur le plateau, circule un champ magnétique muté en une véritable force poétique. Les robots en piste, NAO et Poppy, jouissent d’une bienveillance collective pour accompagner leur verticalité, leur équilibre, leurs premiers pas, et leur potentiel de danseur à l’occasion d’une première arabesque. Corps inertes et corps vivants s'embrassent, se soutiennent, se portent, chutent, se relèvent... Au centre de ce tourbillon, la divine danseuse brésilienne, Ana Pi, se connecte au désarticulé Gaétan Brun Picard (embarqué lui depuis le début dans les propositions du chorégraphe). Avec eux, les enfants de CM2A de l'école Bellevue de Marseille, et ceux de l’Ecole nationale supérieure de danse. Ces collaborations mixtes offrent d’ailleurs une belle vue sur un public à l'image du plateau. Tous, nous nous tenons au diapason devant l'avènement d'une nouvelle ère. Cette mise à l'échelle globale, de chaque élément scénographique, enfante l’unité de cette alter-humanité.

À l’intérieur de cette coexistence, la dualité subsiste, en balance entre le noir et le blanc, le yin et le yang, insufflant une douce mélancolie au récit. Quand les enfants retirent la couche obscure sur laquelle ils ont marché, couru, dansé, c’est pour ouvrir une nouvelle page de l'histoire, dépolluée, blanche. Les présences organiques ou artificielles s'incorporent dans l'image, dans la lenteur du mouvement, la précision du geste. La danse se repense langage, en quête d'une nouvelle codification. Par mimétisme, la mixité entre ses populations opère gracieusement. La figure de la pietà, et sa construction triangulaire, s'intègre au paysage comme un lieu sacré, une aire intermédiaire entre passé, présent et futur. La violence et la mort ne sont plus que des symboles de cet arrière-monde où l'existence était limitée. Les vestiges osseux et capillaires, traces de notre civilisation, jonchent le sol. Le robot ferait-il figure du Salut ?

On quitte progressivement la temporalité de la fiction pour retrouver celle du réel.Une fois la rencontre produite, la séparation s’envisage dans une dernière vignette aux couleurs spectrales, qui invite à se projeter au delà du rêve.  

 

School of moon de Eric Minh Cuong Castaing  a été créé du 27 au 29 janvier au Ballet national de Marseille et présenté du 2 au 4 février au Klap, Marseille.

Tournée : le 16 avril au CDC Toulouse, du 21 au 24 mai à la Tanzhaus NRW, Düsseldorf.